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Mondial 2010
02 juillet 2010 11:32; Act: 02.07.2010 11:39 Print
«Il m'a traitée de lesbienne, de sale singe»
«La Coupe du monde en Afrique du Sud, ça ne change rien pour notre équipe de foot homosexuelle», lance Tshidiso sur le terrain vague de Johannesburg où elle s'entraîne avec ses coéquipières.
La semaine dernière, une défenseure des «Chosen Few» a été battue par un homme dans son township, en banlieue.
«Il m'a traitée de lesbienne, de sale singe. J'étais par terre, en sang», raconte la jeune femme de 22 ans, avant de baisser la tête pour essuyer ses larmes au col de son maillot.
«Etre lesbienne, c'est comme être soldat, on ne dort pas la nuit», confie Tshidiso Mofokeng, effrayée à chaque fois qu'elle sort le soir à l'idée de subir un de ces viols dits «correctifs», censés la «soigner» de son homosexualité.
Une pratique répandue, qui s'incrit dans une société généralement violente envers les femmes: près de la moitié des Sud-Africaines seront violées au moins une fois dans leur vie.
La haine envers les lesbiennes va plus loin, parfois jusqu'au meurtre. La Constitution post-apartheid défend pourtant les droits des homosexuels. Mais «sur le papier seulement», souligne la militante Emily Craven, pour qui la police, le gouvernement et la justice n'en ont que faire.
Cette coordinatrice du Joint Working Group, regroupant 26 associations de défense de l'identité sexuelle, a recensé au moins dix lesbiennes tuées ces cinq dernières années. Deux hommes seulement ont été condamnés: les meurtriers d'Eudy Simelane, une footballeuse professionnelle victime d'un viol en réunion en 2008.
«Avec la Coupe du monde de foot, tout le monde paraît uni, réconcilié, mais dans les faits, la violence et l'homophobie sont toujours là», regrette Mme Craven.
La même passion
Dans ce contexte, la passion commune du football sert de refuge aux «Chosen Few». La vingtaine de joueuses de l'équipe, tout comme celles formées au Cap (sud-ouest), à Durban (sud) ou à Pietermaritzburg (sud), s'y sentent en sécurité et militent activement pour leur cause.
Ces jeunes femmes noires sans emploi, issues des townships, tentent de retrouver confiance en elles après avoir abandonné l'école en raison des discriminations.
«J'étais dans une équipe de filles, il y avait des lesbiennes mais elles se cachaient. Ici, je suis libre et fière», lance Pinky Zulu, 23 ans, la capitaine de l'équipe qui dispute deux matches par mois.
Les footballeuses y trouvent aussi une certaine ouverture sur le monde grâce aux Gay Games auxquels elles seront présentes pour la troisième année consécutive. Après Chicago et Londres, elles s'envoleront vers Cologne fin juillet grâce à une bourse étrangère.
«Elles vont voir comment les autres vivent leur homosexualité en Allemagne et d'autres pays», se réjouit leur entraîneur Dikeledi Sibanda.
Une petite victoire face au manque de reconnaissance patent en Afrique du Sud, aussi bien envers le foot féminin que des homosexuels.
«On n'a pas de moyen localement, on n'est pas pris au sérieux», s'énerve Thsidiso, désignant le terrain inégal et poussiéreux du quartier malfamé de Hillbrow où les filles s'entraînent, avec en guise de but de simples cônes en plastique.
«Ce qui nous motive, ajoute la jeune femme, c'est l'amour du foot et surtout de jouer pour toutes celles qui n'ont pas fait leur 'coming out', pour leur dire qu'elles ne sont pas seules.»
(afp)














