Japon

19 avril 2017 07:18; Act: 19.04.2017 07:43 Print

Les heures sup' plafonnées à 100 heures/mois

Le gouvernement aimerait limiter le temps de travail pour éviter des centaines de décès par année.

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(Photo: AFP/Archives/Photo d'illustration)

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Pour la première fois, l'Etat japonais projette de limiter le nombre d'heures supplémentaires des travailleurs qui triment sans compter mais le plafond, «outrageusement» fixé à 100 heures, ne résoudra rien au problème, selon ses détracteurs.

Pire, dénoncent-ils, il scelle dans le marbre des pratiques nées dans l'après-guerre, où la valeur attribuée aux «salarymen» dépend de leur endurance, une situation responsable du décès de centaines de personnes par an.

Le mois dernier, en présentant les conclusions d'un comité spécial mis en place en septembre 2016 pour lutter contre les risques de mort par excès de travail (karoshi), le Premier ministre Shinzo Abe s'est félicité d'«une étape historique pour réformer la façon de travailler au Japon».

Car la durée excessive de labeur est un problème qui dépasse le domaine de la santé. Il freine la productivité (certains ralentissent le rythme pour gagner plus d'argent grâce aux heures sup payées) et dissuade les mères de travailler alors que le Japon manque cruellement de main-d'oeuvre.

Que font les syndicats?

Actuellement, la durée légale est de 40 heures par semaine, complétée par un plafond théorique de 45 heures supplémentaires par mois qui vole en éclats quand existe un accord d'entreprise.

Si la réforme est adoptée, les compagnies qui ignorent les dispositions légales seront passibles de sanctions. Mais elles pourront quand même demander à leurs salariés d'oeuvrer jusqu'à 100 heures supplémentaires par mois en période d'activité intense, ce qui réduit la portée du changement.

Dans le cas où cette exception se prolongerait plus de deux à six mois, le cap descendrait alors à 80 heures (en moyenne), selon cet accord, résultat de négociations ardues entre l'exécutif, la fédération patronale Keidanren et la Confédération japonaise des syndicats de travailleurs (Rengo).

Pour le Keidanren, accepter un plafond était dans un premier temps inconcevable tandis que Rengo s'est d'abord opposé à la proposition de 100 heures, jugée inacceptable, avant que tous deux ne cèdent sous la pression du gouvernement, a rapporté la presse.

Aujourd'hui, Rikio Kozu, patron de Rengo, veut y voir «la première avancée vers l'élimination des cas de karoshi»... Et ce, même si la barre des 80 heures marque l'entrée dans la zone à risque, selon la définition même des autorités.

«A l'heure actuelle, de nombreux employés des grandes compagnies font 100 heures supplémentaires ou plus par mois. Donc Rengo peut donner l'impression d'avoir contenu les heures sup'» en fixant le quota à moins de 100 heures, explique Shigeyuki Jo, consultant en ressources humaines.

Un pas en arrière

Si les pays occidentaux peuvent difficilement comprendre un tel dévouement, au Japon, les salariés «acceptent de travailler plus, en contrepartie de la protection de l'emploi», rappelle-t-il.

Dans le pays, des voix se sont cependant élevées pour protester contre le projet. «Nous ne pouvons pas accepter cela. C'est scandaleux», lance ainsi Emiko Teranishi, qui représente un groupe de proches de victimes de karoshi. Son mari s'est suicidé en 1996, éreinté par d'interminables heures du travail, sans aucun week-end de repos.

Gérant d'un restaurant de soba à Kyoto, il était sous pression de sa direction pour doper les ventes. «Il était déprimé. Il me disait qu'il ne pouvait ni dormir ni manger. Tous les matins, je lui demandais de prendre un jour de repos mais il allait quand même au travail», raconte-t-elle à l'AFP.

Une association d'avocats spécialisés en droit du travail s'est elle aussi indignée de ce plafond, le jugeant «tout à fait inapproprié» et «impossible à soutenir». Cela équivaut à une approbation tacite par le gouvernement d'une limite« qui peut mettre en danger la santé des salariés, estime son président, Ichiro Natsume.

»Je pensais que le gouvernement allait enfin s'attaquer au problème. Le Premier ministre l'avait promis«, souligne Mme Teranishi. »Mais au final, il a fait un pas en arrière, plutôt qu'en avant«, soupire-t-elle. Dans une tribune de presse, Hifumi Okunuki, présidente du syndicat Tozen, a dit sa »tristesse«. »Combien d'autres travailleurs devront mourir avant que notre pays se réveille?".

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • François le 19.04.2017 07:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Monde de fou

    Mon Dieu... esclavagisme moderne... Vivre uniquement pour travailler... Pas pour moi. Travailler ok, mais vivre surtout. Une fois mort, nous sommes vite oubliés, surtout par les entreprises. A bon entendeur !

  • Yukikaze le 19.04.2017 08:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    des heures supp. ok mais si c'est pas payé. ...

    les heures supplémentaires sont un vrai problème au Japon surtout qu' elles ne sont jamais payé...ça ne me dérange pas de faire des heures supplémentaires mais si on n'est pas payé....En gros si l'économie japonaise arrive encore à tenir le coup c'est grâce aux milliard de milliard de Yen jamais payé au salariés. Les japonais sont conditionné depuis leur plus jeune âge pour être de parfait robots qui serviront leur patrie sans aucun état d'âme. Le suicide est le seul échappatoire. Si le pays tout entier be change pas de mentalité, les japonais vont se détruire eux même et finiront par disparaître d'ici 200 ans. Triste Japon

  • Michael-from-the-world le 19.04.2017 08:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    De la poudre aux yeux

    Bonne chose, les suicides seront 1% de moins

Les derniers commentaires

  • Liberland le 19.04.2017 16:16 Report dénoncer ce commentaire

    Aucune reconnaissance créve

    Dans l aviation et le ferroviaire voir la sécurité 80 h voir 100 assez rare toutefois tout dépend des retards ... c est normal combien de brulés et on nous reprochait de faire trop d heures en sous effectif certains mois, et si tu refusais blâme avec préavis de licenciement !

  • Patron occidental le 19.04.2017 15:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pays de subjectivite

    C est une mentalite tres particuliere que je n admire pas du tout. Quand on est carthesien l equation est tres simple. Masse de travail (x) en un temps donne (y). Le moindre ecart veut dire qu il y a un probleme de gestion. J ai interdit les heures sup chez moi, apres faut les payer ou elles sont a recuperer et vous avez toujours des experts pour en faire meme qu il n y a pas plus de travail.

  • chantal le 19.04.2017 13:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ...

    du n importe quoi. ..se tuer à bosser,le jour où tu tombes malade ils ne se souviendront de rien. c'est une honte qu un pays puisse agir ainsi .j appelle ça de l esclavage.

  • Lapins Crétins le 19.04.2017 13:25 Report dénoncer ce commentaire

    Suivons l'ancien exemple

    Apparemment en Suisse, même si on n'arrive pas à de tel chiffre, nous faisons tout pour y parvenir. Les lois du travail sont comme toutes les lois, elle sont faites pour être contournées, surtout par les entreprises. Et le taux de suicide en Suisse, nous sommes à combien ?

  • Christian le 19.04.2017 11:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Heures sup = lents

    Heures supplementaires ? Mdr quand je vois mon solde en negatif de 15h depuis plusieurs mois je me dis surtout qu ils travaillent lentement.

    • Nipon le 19.04.2017 13:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Christian

      Allez là-bas et vous vous rendrez compte qu'ils sont bien plus au taquet que nous et surtout bien plus avancé niveau rapidité et exécution dans leurs tâches contrairement à nous.