Entreprises suisses

25 avril 2017 21:19; Act: 26.04.2017 07:11 Print

Les affaires douteuses avec l'EI, l'or et les armes

Sur la sellette dans le cadre du financement indirect de groupes armés en Syrie, le CEO de LafargeHolcim va quitter le leader mondial du ciment. Ce n'est pas la première fois qu'une firme suisse est liée à des affaires sensibles.

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«Ma décision est guidée par la conviction qu'elle contribuera à apaiser les fortes tensions qui sont récemment apparues autour de la question de la Syrie. Bien que je n'ai été en aucune manière impliqué, ni même informé d'actes répréhensibles, je pense que mon départ contribuera à ramener de la sérénité à notre société», a déclaré lundi Eric Olsen. Le directeur général de LafargeHolcim, sur la sellette dans le cadre du financement indirect de groupes armés en Syrie, a décidé de quitter le leader mondial du ciment au 15 juillet 2017.

Nos confrères de «20 Minuten» rappellent ce mardi que ce n'est pas la première fois que des entreprises suisses soient mêlées à des scandales et des affaires douteuses à l'étranger. Voici une petite sélection.

Lafarge-Holcim
Le géant suisse des matériaux de construction a admis en mars avoir «indirectement» financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie, pays déchiré par la guerre civile, pour maintenir en activité sa cimenterie. Alors que le conflit prenait de l'ampleur, «la détérioration de la situation politique en Syrie a entraîné des défis très difficiles quant à la sécurité, aux activités de l'usine et aux employés», avait alors expliqué le groupe dans un communiqué. Aussi, entre les «menaces pour la sécurité des collaborateurs» et les «perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l'usine et distribuer ses produits», la filiale locale de Lafarge a tenté d'amadouer les diverses «factions armées» qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie. Elle a donc «remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions», détaillait LafargeHolcim.

Selon «Le Monde», qui avait révélé l'affaire en juin dernier, ces arrangements ont profité à l'organisation État islamique (EI). Le quotidien indiquait que Lafarge avait missionné un intermédiaire pour obtenir de l'EI des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. Le siège de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts, selon le journal. Si tous ces événements se sont produits avant la fusion de Lafarge avec le concurrent suisse Holcim, ils ont néanmoins poussé le CEO de LafargeHolcim, dont le siège juridique se trouve à Rapperswil-Jona (SG), à quitter l'entreprise.

Panalpina
Le groupe bâlois de transport et logistique était actif durant des dizaines d'années au Nigeria. L'entreprise a avoué avoir versé, entre 2002 et 2007, des pots-de-vin d'une valeur de plusieurs millions de francs afin de faire accélérer des processus. Toute cette affaire a coûté près de 300 millions de francs à Panalpina, qui avait par la suite décidé de se retirer du Nigeria.

Trafigura
Le négociant en matières premières Trafigura se trouve à la base d'un des plus graves scandales écologiques d'Afrique, écrivent nos confrères. En 2006, le cargo Probo Koala, affrété par Trafigura, avait dispersé près de 500 tonnes de résidus toxiques à Abidjan, la plus grande ville de la Côte d'Ivoire. Les déchets avaient atterri dans une décharge ouverte. Selon les autorités, ils ont causé la mort de plus de dix personnes. Des milliers d'habitants avaient dû être pris en charge médicalement. Si le groupe avait par la suite versé près de 200 millions de francs à la Côte d'Ivoire pour faire détruire les déchets toxiques, il avait également décliné toute responsabilité dans ce scandale écologique.

Trafic d'or en Afrique du Sud
Une série de banques suisses entretenaient de bonnes relations avec le régime de l'apartheid en Afrique du Sud...surtout pour des affaires liées au commerce de l'or. Le pays est en effet un des plus grands producteurs du monde de ce métal précieux. Au milieu des années 80, près de la moitié des importations d'or en Suisse provenait d'Afrique du Sud. Concrètement, notre pays importait chaque année pour près de 10 milliards de francs. Durant des années, les étendues de ce commerce avec le régime de l'apartheid sont restées inconnues. Le gouvernement a en effet maintenu sous le sceau du secret une grande partie de statistiques sensibles, concernant les liens économiques entretenus par le milieu des affaires suisse avec l’Afrique du Sud. Son but: éviter que des plaintes groupées ne soient déposées contre les banques helvétiques et d'autres entreprises suisses actives à l'époque dans le pays africain. Ce n'est qu'en 2009 que les chiffres ont été rendus publics petit à petit.

Oerlikon-Bührle
L'affaire Oerlikon-Bührle a éclaté en 1968. On apprenait alors que le groupe avait falsifié des certificats afin de pouvoir livrer des armes au Nigeria et cela malgré l'interdiction en vigueur. La guerre du Biafra a causé la mort de plus d'un million de personnes entre 1967 et 1970. Plus tard on apprenait que l'entreprise a non seulement exporté des armes au Nigeria, mais également en Afrique du Sud, en Israël ou en Arabie saoudite alors que cela était également prohibé. La firme s'était ainsi enrichie illégalement de près de 88 millions de francs. Son patron Dieter Bührle et trois autres personnes ont été condamnés en 1970. Dieter Bührle a écopé de 8 mois de prison avec sursis et d'une amende de 200'000 francs.


(lin/ofu/ats)