Finance suisse

22 avril 2014 14:48; Act: 22.04.2014 15:44 Print

Une initiative pour réformer le système

Selon l'association Modernisation Monétaire (MoMo), il faut redonner le monopole de la création d'argent à la Banque nationale suisse (BNS).

Une vidéo mise en ligne par la MoMo pour expliquer ce qu'est la monnaie.
Sur ce sujet
Une faute?

La MoMo va prochainement lancer une récolte de signatures en faveur de son initiative «Monnaie pleine» («Vollgeld»). «Nous souhaitons redonner le privilège et le monopole de création monétaire, y compris scripturale, à la BNS. Nous voulons ainsi empêcher toute création illimitée de monnaie par les banques», a déclaré mardi à l'ats Kurt Specht, président romand de MoMo, confirmant des informations parues dans «Le Matin Dimanche».

Actuellement, seul l'argent liquide garanti par la BNS est «réel». En accordant des crédits, les banques créent constamment de l'argent fictif, appelé monnaie scripturale, et qui existe seulement sous forme électronique. Cet argent représente 90% de la masse monétaire en circulation.

Avec cette initiative, soutenue par des professeurs d'économie des Universités de St-Gall et Berne notamment, «les banques devraient posséder les fonds qu'elles mettent à disposition de leurs clients, en se procurant de l'argent «réel» auprès de la BNS ou du marché. Ce système éliminerait la pratique de la création monétaire par les dettes», a expliqué M. Specht.

«Le texte de notre initiative pour une «Monnaie pleine» est déposé auprès de la Chancellerie fédérale, nous sommes dans l'attente du feu vert officiel», a précisé le président romand de MoMo. Il a également indiqué qu'il «espérait débuter la récolte des signatures le plus vite possible, d'ici à la mi ou fin mai».

«Quatrième pouvoir»

La monnaie scripturale disparue, elle serait remplacée par la «Monnaie pleine». La monnaie ainsi nouvellement créée serait mise en circulation par les dépenses publiques ou d'autres moyens servant les intérêts généraux du pays, a détaillé M. Specht.

Cette masse monétaire serait définie et contrôlée par le pouvoir «monétatif». «La BNS deviendrait ainsi un véritable quatrième pouvoir, en sus de l'exécutif, du législatif et du judiciaire», a-t-il encore affirmé. De plus, «la monnaie mise en circulation soutiendrait l'économie réelle. Et le système financier deviendrait plus stable en évitant les crises financières», selon M. Specht.

L'octroi de crédits par les banques provoque en effet des crises financières récurrentes, l'endettement des Etats, et la récession, selon les défenseurs de la théorie de la «Monnaie pleine». Il oblige aussi les contribuables à venir à la rescousse des banques.

Sans couleur politique

L'initiative n'a pour l'instant pas de couleur politique marquée et transcende les partis. «Notre initiative est indépendante des partis politiques. Des membres de différentes mouvances politiques et économiques y sont représentés», relate ainsi M. Specht.

«Concernant la récolte des signatures, nous ne sommes pas encore soutenus par l'un ou l'autre des partis. Mais nous travaillons à communiquer et à les convaincre de soutenir notre initiative», a-t-il ajouté.

Caution du FMI

L'idée de la «Monnaie pleine», développée au cours de la Grande Dépression des années 30 par des économistes de renom aux Etats-Unis et soutenue par l'ancien président américain Franklin D. Roosevelt, a en tous les cas obtenu la caution du Fonds monétaire international (FMI).

Deux économistes du FMI, Jaromi Benes et Michael Kumhof, ont ainsi mesuré, sur la base de modèles modernes, les conséquences d'une telle réforme. Leurs conclusions, semblables à celles de leurs prédécesseurs des années 30: en plus de l'élimination des risques systémiques du système bancaire, les cycles économiques seraient mieux contrôlables.

Les dettes étatiques et privées diminueraient. Des gains de production seraient également générés grâce à l'abolition des distorsions, comme les risques liés aux taux d'intérêt notamment. De plus, l'inflation tomberait à zéro, toujours d'après les économistes du FMI.

Selon les opposants, au contraire, le système «Monnaie pleine» serait hautement inflationniste. Le «think tank» libéral Avenir Suisse s'était ainsi exprimé en mars dernier contre un tel système, arguant qu'il apporterait «plus de risques que de bénéfice» et menacerait l'ordre financier de «dégâts irréversibles».

(ats)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • B. Brunner le 22.04.2014 17:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo

    Voilà une bonne initiative! Elle redonnerait le contrôle et les bénéfices de la monnaie au peuple via sa banque nationale. Les banques qui impriment de la monnaie et collectent des intérêts parfois usuriers à leur seul bénéficie, c'est pas normal. Tout le système monétaire international a été bâti par les banques pour assurer une rente de situation. Ca suffit. Bravo à ces initiants et à 20min.ch de laisser la parole au simple peuple"qui y comprend rien" soit-disant. l suffirait ensuite de soumettre la banque nationale au droit d'initiative et de référendum. J'entends des politiciens s'étrangler à ces deux mots.

  • Salomon le 22.04.2014 17:33 Report dénoncer ce commentaire

    la fin de la curée des fauves

    Le système bancaire actuel a permis ce développement extraordinaire des sociétés actuelles dans tous les pays développés. Par contre, s'il permet un enrichissement fantastique de certains, il en ruine une beaucoup plus grande quantité. C'est la classe pauvre et la classe moyenne condamnée à la rejoindre. C'est les pays pauvres qui s'appauvrissent de plus en plus et les pays du Sud. Il est urgent de réformer le système bancaires actuel ou notre civilisation actuelle disparaîtra.

  • lionel le 22.04.2014 15:56 Report dénoncer ce commentaire

    C'est le moment de faire quelque chose!

    Je suis pas expert financier, mais fondamentalement, ça a l'air d'être une bonne chose. Quand on a pas quelque chose, on ne le prête pas! Et si on prête quelque chose qu'on a pas, on ne reclame pas des intêrets dessus! Il est grand temps de remettre les pendules à l'heure dans ce monde de la finance!

Les derniers commentaires

  • cool le 23.04.2014 07:22 Report dénoncer ce commentaire

    Fausse bonne idée

    Inutile si la contrepartie de la monnaie est une monnaie étrangère. Avec cette initiative, on ne fait que mettre les banques nationales hors-jeu en favorisant les emprunts en devises étrangères. On ne fait que déplacer la source de dettes. Il faut un standard or ou composite de différentes valeurs réelles et concrètes comme contrepartie au CHF. On nous enfume encore!

  • Floooo le 23.04.2014 00:57 Report dénoncer ce commentaire

    La blague

    "Le «think tank» libéral Avenir Suisse s'était ainsi exprimé en mars dernier contre un tel système, arguant qu'il apporterait «plus de risques que de bénéfice» et menacerait l'ordre financier de «dégâts irréversibles»." Allez dire ça aux grecs, aux français, aux portugais, etc... Ils appliquent votre politique en fermant les yeux depuis 30 ans. Cadeau.

  • le svizzer le 22.04.2014 22:41 Report dénoncer ce commentaire

    20 minuten

    Sujet complexe et pas du tout intéressant. je constate que la liberté d'expression dans le 20 minuten.ch et les sujets sont bien plus libres d'expressions qu'en Romandie !

  • Axel Jacques le 22.04.2014 22:04 Report dénoncer ce commentaire

    C'est le moment d'essayer de comprendre!

    Cet initiative sera peut-être une des plus importantes sur lesquelles on aura jamais voté! A l'école, on nous a appris un tas de choses parfois passablement abstraites, mais jamais comment le système monétaire fonctionne, marrant non? C'est pourtant fondamental! Le pouvoir sur la monnaie est un pilier du pouvoir politique! Je ne vais pas donner mon avis ici, faites-vous le votre. Je recommande à tous la lecture d'un livre tout public, court, simple, bon marché, éloquent: "La dette publique, une affaire rentable. A qui profite le système?" de André-Jacques Holbecq. Très bon résumé sur le sujet!

    • Axel Jacques le 23.04.2014 00:52 Report dénoncer ce commentaire

      ou encore...

      Si vous n'aimez pas lire, voici un court documentaire sur la création monétaire et le crédit (10mn, et qui concerne plutôt l'UE, mais bon...): Ou un plus long (50mn, passe bien avec une pizza):

  • Gilles le 22.04.2014 21:35 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    red is dead

    Allez jeter un coup d' oeil sur leur site avant de poster s v p. Il n ' y a pas beaucoup d ' info mais en résumé j ' ai compris qu ils veulent interdire le crédit privé. Sans vouloir polémiquer avec si peu d' info, donner tout le pouvoir financier à l ' état... c ' est le communisme. Les banques qui prêtent ont des normes de fonds propres à respecter ainsi que des réserves à conserver auprès de la BNS. Durcir les normes si la population le veut ok, mais ça jamais de la vie.

    • Le Pragmatique le 22.04.2014 22:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      Les incontinents de la finance

      Effectivement on a vu le résultat avec les crapules de l'UBS: bilan 60 milliards au frais du contribuable. Et maintenant on change de scandale, parlons de celui du Libor qui est déjà oublié puisque on a déjà passé à celui des taux de change. Et croyez-moi c'est des créatifs, on attend d'ores et déjà le suivant. Plus d'état chez les incontinents de la finance : y'a bon

    • Silversoul le 23.04.2014 03:04 Report dénoncer ce commentaire

      @red is dead

      J'avoue ne pas comprendre grand chose, mais ne serait-ce pas là le premier pas vers une économie planifiée où l'état à son mon à dire contrairement à l'économie libérale, donc le système actuel? Si c'est ça je serai plutôt 100% pour car le libéralisme avec les grandes entreprises et les grosses banques véreuses qui dictent leurs conduite à l'État et après, le contribuable qui doit payé les pots cassés, je pense que le peuple en a assez soupé...

    • Gilles le 23.04.2014 07:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      Des chiffres please

      60 milliards au frais du contribuable ? 1.2 milliard pour la confédération et 3 pour la BNS ( source économiesuisse.ch). Quand je vois comment certains calculent je prends peur. Et le libor n'a rien à voir dans le débat. Le MoMo veut tirer sur tout ce qui bouge. Imaginer le prix de votre hypothèque sans concurrence !!