Travail

02 octobre 2017 12:02; Act: 02.10.2017 19:37 Print

Syndicats en faveur d'une «numérisation sociale»

Unia et l'Union syndicale suisse réclament une réglementation adaptée spécifiquement à la numérisation du travail.

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Les syndicats veulent que la vie privée soit plus respectée. (Photo: Keystone)

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Les syndicats prônent une «numérisation sociale»: des salaires équitables, la sécurité sociale et des temps de travail réglementés. Face à la numérisation galopante qui remet en question les modèles économiques, il faut agir.

Faire en sorte que l'évolution technologique profite aussi à l'individu et pas uniquement au capital: c'est l'objectif d'Unia et de l'Union syndicale suisse (USS), qui ont tenu une conférence de presse lundi à Berne. «La numérisation peut être aménagée», affirme Vania Alleva, présidente d'Unia. Elle réclame un débat et un «pilotage politique».

Uber pointé

Pour que les salariés bénéficient aussi des progrès de la productivité, des conventions collectives de travail (CCT) plus fortes sont nécessaires, selon Vania Alleva. Il faut aussi lutter contre les nouveaux modèles de dumping social «qui font des employés des pseudo-indépendants et les privent de leurs droits».

La présidente d'Unia évoque notamment les sociétés de services en ligne comme Uber «qui veulent faire porter tous les risques aux salariés». L'entreprise ne paie aucune cotisation aux assurances sociales, pas d'assurance-accident, pas de vacances et ne verse pas de salaire en cas de maladie, déplore Vania Alleva. «C'est illégal», ajoute-t-elle.

Bénéfices pour les employés

Parallèlement à une extension des CCT, Unia réclame un droit à la formation continue «et à la réorientation professionnelle lorsque les branches et les profils professionnels changent». En outre, les employés doivent bénéficier des gains de productivité, par des augmentations de salaire ou des réductions du temps de travail.

Autre enjeu important, selon le syndicat, le respect de la vie privée: «avec le travail à domicile et la connexion constante, la frontière entre travail et loisirs tend toujours plus à s'estomper». Il faut des règles claires pour le temps de travail et une saisie systématique des heures travaillées, «seule manière de garantir la conciliation entre vie professionnelle et privée».

Contrat ou pas contrat

Le secrétaire central de l'USS Luca Cirigliano s'est lui penché sur la notion de contrat de travail, car certaines sociétés prétendent qu'elles ne sont pas des employeurs et qu'elles ne font que fournir des services. Après une analyse des contrats, de l'organisation du travail et des structures de ces entreprises, M. Cirigliano indique que les rapports de travail sont tout à fait ordinaires.

«Souvent, les modèles de travail qu'encourage la numérisation sont des phénomènes de précarisation connus depuis longtemps: indépendance fictive, travail sur appel et location de services», poursuit le secrétaire central de l'USS.

D'après Luca Cirigliano, les décisions prises par les autorités - contre le service de taxis Uber ou celui de livraisons notime - montrent que les bases légales peuvent être appliquées aux rapports de travail du numérique.

Pour le syndicat, il n'y a donc pas lieu de légiférer en la matière. Mais il faut que la législation actuelle soit mieux appliquée et davantage de contrôles effectués pour lutter contre le travail au noir que cache la numérisation. A cet effet, il demande au Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) de davantage se focaliser sur les branches numériques lors d'inspections du travail.

Un million d'individus en Suisse

L'USS exige aussi une nouvelle réglementation concernant le travail à domicile, où il existe des lacunes au niveau de la protection du salarié. L'organisation syndicale souhaite aussi que soient instaurées des CCT avec des salaires minimaux et des possibilités de formation dans les branches à risques comme celle des taxis. L'USS requiert par ailleurs des impôts sur le bénéfice des sociétés adéquats, qui permettent de financer la formation. Enfin, le syndicat demande une meilleure protection de l'emploi pour les salariés âgés.

De son côté, syndicom revendique un droit au travail pour tous. L'organisation syndicale propose aussi de transformer les caisses de chômage en caisses de formation. Selon une étude du syndicat, un million de personnes en Suisse ont déjà eu une expérience professionnelle en lien avec les plates-formes numériques. Et plus de 100'000 individus tirent leur principal revenu de ces plates-formes.

(nxp/ats)