Transport aérien

12 octobre 2017 10:13; Act: 12.10.2017 17:49 Print

Lufthansa récupère 3000 salariés d'Air Berlin

Lufthansa va reprendre une grande partie de la compagnie en déconfiture Air Berlin, soit 81 avions et 3000 salariés.

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Photo d'illustration. (Photo: AFP)

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Lufthansa a annoncé jeudi s'offrir plus de la moitié des avions et un tiers du personnel d'Air Berlin, son concurrent en déconfiture. La compagnie aérienne renforce ainsi encore sa domination sur le ciel allemand.

Air Berlin, après trois semaines de négociations et l'éviction d'une longue liste de prétendants, avait fixé ce jeudi comme date limite pour répartir ses activités entre ses deux élus, Lufthansa et la compagnie britannique Easyjet.

Easyjet est restée muette sur ses intentions, comme depuis le début de la procédure. Air Berlin assure dans un communiqué qu'elle continue à négocier avec le géant du low-cost intéressé, selon la presse, par une vingtaine ou une trentaine d'appareils et en capacité de «créer des emplois».

Du côté de Lufthansa, on célèbre en fanfare un «grand jour», selon son patron Carsten Spohr, qui a officialisé l'opération devant notaire à midi. Cet arrangement correspond en effet au maximum de ce qu'il espérait: la reprise de 81 avions sur les 144 d'Air Berlin et de ses filiales Niki et LGW, ainsi que 3000 des 8500 salariés de la berlinoise.

Développer Eurowings

Le montant du chèque signé par Lufthansa, non rendu public, est de 210 millions d'euros (240,3 millions de francs), selon le journal Taggespiegel. Lufthansa indique pour sa part avoir l'intention d'investir 1,5 milliard pour se développer, notamment sa filiale à bas coût, Eurowings, après cette absorption.

Car Lufthansa est le numéro un allemand avec 34% du marché, quand Air Berlin était le numéro deux, une situation fustigée début septembre par l'irlandais Ryanair, qui s'était retiré de la course en dénonçant un «coup monté» pour privilégier Lufthansa.

Position de force

En termes d'appareils et de créneaux de décollages et atterrissages dans les aéroports allemands, Carsten Spohr a reconnu être à la limite «de ce que pourront accepter les autorités de la concurrence».

«La commission européenne se penchera dessus et nous allons également suivre ceci», a réagi sur Twitter Andreas Mundt, le directeur de l'office allemand anti-cartel. Car Lufthansa sera en position de peser sur les tarifs des billets d'avion allemands, sachant que la plupart des comparateurs proposeront désormais pour les vols locaux le choix entre Lufthansa et... sa filiale Eurowings.

«Dans notre industrie, cela fait des années que les prix ne cessent de diminuer et ils sont si bas que les compagnies aériennes» ont «du mal à survivre», a commenté Carsten Spohr auprès du Handelsblatt.

Lufthansa a multiplié la semaine dernière les annonces d'ouvertures ou de renforcement de lignes long-courriers, un créneau jusque-là occupé par Air Berlin. Les derniers vols Air Berlin, déjà réduits à peau de chagrin, atterriront le 28 octobre, et ses long-courriers cesseront de voler le 15 octobre, a prévenu la compagnie.

Sort des salariés incertain

Et ensuite? La période de transition et de réorganisation des vols au code «AB» vers ceux codés «LH» devrait prendre six à neuf mois, estime Lufthansa, et il faudra prévoir quelques turbulences.

Les réservations auprès d'Air Berlin effectuées après le 15 août pourront être remboursées, mais environ 100'000 clients ayant pris des billets pour des vols longs-courriers ne seront pas ou peu remboursés.

Après deux mois d'une attente éprouvante, le sort des 8500 salariés d'Air Berlin reste encore incertain.

Commission européenne attendue

«Aujourd'hui, nous avons fait un grand pas en avant. Ce contrat crée de nouvelles opportunités de travail pour une grande partie de nos collègues», a déclaré jeudi dans un communiqué le patron d'Air Berlin, «mais nous ne pourrons pas respirer tant que la Commission européenne n'aura pas finalisé la transaction».

Les pilotes d'Air Berlin, qui avaient manifesté leur inquiétude en septembre par une vague coordonnée d'arrêts maladie, vont bénéficier d'une procédure de recrutement prioritaire chez Lufthansa et Eurowings, mais devront accepter des coupes. «Nous ne pouvons plus payer les salaires que nous payions il y a 20 ans, c'est la triste réalité du transport aérien aujourd'hui», a prévenu le patron de Lufthansa.

Pour les autres, personnel commercial, de maintenance ou de cabine, plusieurs grandes bourses de l'emploi, sorte de cellule de reclassement express, sont organisées cette semaine dans les locaux de l'entreprise insolvable.

(nxp/ats)