Agriculture

14 septembre 2017 10:38; Act: 14.09.2017 12:19 Print

Syngenta opposé à l'interdiction de pesticides

Le fabricant de produits phytosanitaires bâlois s'insurge contre la possible proscription de certains insecticides par l'UE.

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(Photo: Keystone/Archives/Photo d'illustration)

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Alors que l'Union européenne examine l'interdiction totale de trois pesticides, Syngenta, tout comme l'allemand Bayer et d'autres s'y opposent. Très utilisés, ces insecticides, appelés néonicotinoïdes, sont soupçonnés d'être à l'origine de la mort des abeilles.

Directeur général de Syngenta, Erik Fyrwald juge une telle interdiction en Europe contre-productive. Elle entraînerait une diminution des récoltes et les agriculteurs utiliseraient d'anciens produits phytosanitaires dommageables à l'environnement, explique-t-il dans un entretien accordé à l'ats.

«Il s'agit d'une mauvaise décision», poursuit M. Fyrwald. Convaincu de la dangerosité des néonicotinoïdes pour les abeilles, le spécialiste de la question, Peter Neumann, partage l'avis du patron du groupe agrochimique bâlois.

De l'avis du professeur à l'Université de Berne, «une interdiction totale n'obtiendrait actuellement pas le succès escompté, l'agriculture nécessitant plutôt des alternatives». Dans une étude publiée en 2016, le scientifique a prouvé que les néonicotinoïdes rendaient les abeilles mellifères moins fécondes et réduisait leur longévité.

Renoncer aux pesticides

Les organisations de protection de l'environnement, comme Pro Natura et Greenpeace Suisse, soutiennent quant à elles l'interdiction totale envisagée par Bruxelles. Elles jugent déplacé l'argument selon lequel une interdiction totale entraînerait une réduction des récoltes et l'utilisation des produits plus dommageables pour l'environnement.

«Il est du devoir de l'industrie de développer des substances pour la protection des plantes respectueuses de l'environnement», relève Marcel Liner, de Pro Natura. Le mieux serait de renoncer autant que possible aux pesticides.

Actuellement, des agriculteurs peuvent travailler sans utiliser de produits de synthèse chimique, comme le démontre l'agriculture biologique. L'interdiction envisagée par l'Union européenne (UE) concerne les néonicotinoïdes thiamétoxame de Syngenta ainsi que le l'imidacloprid et le clothianidin de Bayer.

Depuis 2013, ces substances sont partiellement interdites en Suisse et dans l'UE. Elles ne peuvent ainsi pas être utilisées pour certaines applications, comme pour l'épandage au sol dans les cultures de maïs et de semences de colza. Le traitement sur les feuilles n'est pour sa part autorisé qu'après la floraison.

Feu vert des Etats nécessaire

Désormais, la Commission européenne entend franchir une étape supplémentaire en interdisant totalement l'utilisation de ces produits en plein air. Selon une porte-parole, l'exécutif européen veut présenter une proposition en ce sens d'ici quelques semaines.

Pour autant qu'elle reçoive l'approbation des Etats membres, une telle interdiction pourrait entrer en vigueur au début de l'an prochain. Mais ce feu vert n'est pas acquis. A Berne, l'Office fédéral de l'agriculture indique pour sa part attendre la décision de Bruxelles.

Syngenta et Bayer s'étaient déjà opposés en 2013 à l'interdiction partielle et avaient déposé une plainte auprès de la Cour de l'UE. S'appuyant aussi sur des études, les deux multinationales estiment qu'il est difficile de juger des dangers que font peser les néonicotinoïdes sur les abeilles.

Les deux géants de la chimie reprochent également aux autorités européennes de ne pas s'être penchées sur les effets de l'interdiction sur l'agriculture européenne. Selon leurs propres études, l'actuelle interdiction partielle se solderait pour les producteurs et transformateurs de colza par des pertes annuelles de près de 900 millions d'euros (un milliard de francs).

Influence surestimée

A la tête du numéro un mondial des produits phytosanitaires depuis un peu plus d'un an, M. Fyrwald note encore que l'influence des néonicotinoïdes est surestimée. «De nombreux facteurs peuvent affecter la santé des abeilles», argumente-t-il. «Les pesticides en sont un et il est de ce fait surprenant que la discussion se concentre spécifiquement sur ces substances.»

Des données recueillies par l'UE dans le cadre d'études en plein champ et de rapports d'apiculteurs ont démontré que certaines maladies ou parasites sont aussi dommageables pour la santé des abeilles, rappelle l'Américain. A son avis, il convient d'aborder cette dernière thématique ainsi que celle d'une agriculture durable de manière globale.

Si les néonicotinoïdes représentent des produits importants pour Syngenta, leur interdiction totale n'aurait que des effets mineurs sur la structure bénéficiaire et la position de l'entreprise, ajoute son patron. «Nous disposons d'autres substances que nous vendons.»

Les néonicotinoïdes vendus dans l'UE représentent moins de 1% du chiffre d'affaires total de Syngenta, lequel se hisse à 12,8 milliards de dollars (12,03 milliards de francs).

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • Eric le 14.09.2017 11:09 Report dénoncer ce commentaire

    reveur

    j espere que pour une fois l europe sera forte et que les lobbys ne l emporterons pas ...

  • Geoffrey le 14.09.2017 10:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    non à ces horreurs

    On s'en fout de Syngenta mais avec les lobby attention seul. Une initiative pourrait les faire taire C'est comme des parlementaires qui voteraient pour abolir des privilèges. EUX mêmes ne le feraient pas

  • @Savigny le 14.09.2017 11:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mauvaise foi patente

    Si les nicotinoides ne sont que partiellement responsables de la mort ou de l'infécondité des abeilles, cela me semble suffisant pour arrêter de les utiliser! En attendant de traquer les autres raisons de mortalité. Ces Syngentistes et Monsantains sont d'une mauvaise foi crasse!

Les derniers commentaires

  • Gilles Best le 14.09.2017 16:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bouger au lieu de pleurer

    Se plaindre ne sert s rien...AGIR c'est mieux! qui fait frémir la Chimie et ses actionnaires! Le peuple aura le dernier mot!

  • Michel Duchemin le 14.09.2017 15:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le vrai visage des élus

    C'est là qu'on voit le vrai visage des élus, ils sont prêts à tout pour l'argent même à faire manger du chimique À tout le monde.

  • lezebreacarreaux le 14.09.2017 14:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    B.O

    Syngenta..lol. évidement qu'ils ne vont pas desherber sous leurs pieds... cette entreprise qui vend ses produits par la marque Maag, ne fait rien d autre que de polluer notre pays. Qu'ils aillent faire leur épandage massif en Chine vu qu' ils les ont rachetés. ..

  • Fritz Dagomel le 14.09.2017 14:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Scandaleux

    C'est sûr que si on interdit ça les petits lobbyistes de Berne ne toucheront plus leur dividendes, mais pour de l'argent les élus préfèrent nous faire manger du chimique plein de substances cancéreuse et j'en passe. De mieux en mieux de la part des élus, c'est dans leurs assiettes qu'il faut leur mettre cette nourriture là plein de pesticides. Comme ça ils arrêteront à jour.

  • remy le 14.09.2017 14:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mais voyons...

    clair! On va continuer de jouer avec notre santé si non les actionnaires de Syngenta ne toucheront pas un 13 eme salaire indécent. ..