Snowboard

09 février 2018 15:05; Act: 10.02.2018 13:57 Print

«J'ai la tête comme celle d'une victime de coma»

par Oliver Dufour, Yongpyong - Le champion olympique de halfpipe, Iouri Podladtchikov, a annoncé vendredi à Pyeongchang qu’il ne pourrait défendre son titre. Avec une sérénité déconcertante.

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«Je viens vous annoncer une nouvelle triste…» Il fallait du courage pour ne pas se défiler et laisser à Swiss Olympic la tâche d’annoncer la mauvaise nouvelle par simple communiqué. Iouri Podladtchikov en a à revendre, lui qui était revenu au meilleur niveau cette saison après avoir pourtant subi une déchirure ligamentaire au genou lors des derniers Mondiaux de snowboard, voici onze mois. Une guérison éclair qui devait beaucoup à l’exceptionnelle force mentale du médaillé d’or de Sotchi. Et voici deux semaines, une lourde chute aux X-Games, dans le Colorado avait mis à mal ses espoirs de défendre son titre olympique sur le halfpipe coréen.

«Ça a été mal communiqué, principalement pour me protéger, mais ma fracture du nez ne s’est pas seulement accompagnée d’une commotion cérébrale. Je suis resté inconscient quelques instants après ma chute, dont je ne me souviens pas, bien que je me rappelle très bien l’envol pour cette figure.» Les médecins américains parlent de «traumatic brain injury», soit une lésion au cerveau avec traumatisme. «En Europe, la dénomination et l’approche sont un peu différentes, reprend Podladtchikov. J’ai vécu des jours très, très difficiles à Los Angeles. J’étais fâché contre le monde. Les médecins américains ont simplement fait ce qu’ils devaient, mais ils ne voulaient pas être impliqués là-dedans. On m’a dit que si je remontais sur une planche et que je tombais à nouveau, je pourrais ne plus jamais me relever. Ça a été un violent choc émotionnel. Avant ma chute, j’avais à moitié envie de revenir à la maison, parce que les conditions d’entraînement étaient meilleures. Quand j’étais étendu dans l’ambulance, je me suis demandé pourquoi diable je ne l’avais pas fait.»

Je n'abandonne pas, j'ai tout essayé

Malgré tout, l’état général de l’inventeur du YOLO-flip s’est graduellement amélioré. De quoi l’inciter à croire jusqu’à la dernière minute à une participation à l’épreuve de Pyeongchang. «Mon a priori était assez négatif avant de prendre l’avion, raconte le rider de 29 ans. Mais dès que je suis arrivé en Corée, il a viré à 180 degrés. Je me suis dit que tout était possible, que l’espoir n’était pas mort. Je voulais sentir les réactions de mon corps. Prendre en compte tous les paramètres en restant optimiste.» Vendredi matin, I-Pod a même chaussé sa planche pour prendre contact avec la neige du parc de Bokwang. Mais une tenue aux couleurs de ses propres sponsors, pas ceux de l’équipe nationale. Sa décision était déjà prise, la mort dans l’âme.

«C’est lourd de renoncer aux JO. Mais je ne vois pas ça comme un abandon. J’ai vraiment tout essayé. Mais il faut savoir être professionnel et ne pas prendre de risques dangereux», poursuit Podladtchikov avec assurance. «Pour concourir, je devrais être à 200%, alors que je ne peux même pas être à 100%. Mon cerveau est toujours enflé. Sur les IRM on voit encore des taches de sang. Il ressemble au cerveau d’une personne dans le coma. J’ai mon équilibre et je suis entièrement là, rassurez-vous. Mais pour l’heure je vais devoir prendre du repos, profiter de soigner mon corps entier (ndlr: il souffre toujours de l’absence d’un ligament à un pied). La santé est toujours prioritaire. C’est dur à dire combien de temps ça prendra pour que je récupère complètement. Certains patients prennent un mois, d’autres un an… Je me fixe une fourchette de 3 à 6 mois, mais c’est très incertain. Ce que je peux garantir à 100%, c’est que je reviendrai. Ce n’est pas la fin de ma carrière.»