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03 février 2010 22:33; Act: 03.02.2010 21:02 Print

Le porno ébranle le monde culturelLe porno ébranle le monde culturel

par Emmanuel Coissy - De l’opéra à la pub, l’esthétique des films hard s’invite dans tous les domaines artistiques.

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Jeudi soir, il y aura deux premières au Grand Théâtre de Ge­nève. Celle de «Lulu», un opéra d’Alban Berg, et la projection d’un film pornographique sur le plateau. L’œuvre lyrique expressionniste (1935), montée par Olivier Py, sue le sexe. Au troisième acte, le sulfureux personnage de Lulu achève sa vie en se prostituant et se fait assassiner par Jack l’Eventreur. Py situe cette scène dans un sordide cinéma érotique dans lequel est projeté le film X. Un communiqué sur le site de l’opéra déconseille «Lulu» aux moins de 16 ans.

Quelques moments de nudité et d’érotisme cru ne doivent pas occulter un spectacle très réussi. Son metteur en ­scène en rappelle l’enjeu dans «Libération»: «Lulu, c’est l’Antéchrist. (...) C’est le sexe, bien sûr, mais c’est aussi la pulsion de mort, la violence aveugle. C’est un opéra de l’Apocalypse, mais une Apocalypse joyeuse.»

Les parties fines entre le sacré, le porno et l’art sont anciennes. Pour s’en convaincre, il suffit d’admirer les milliers de sculptures qui ornent les églises romanes sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle...

En 2005, Olivier Py avait embauché le hardeur HPG pour un coït dans la bacchanale de «Tannhäuser», de Richard Wagner. Bien que l’histoire de l’opéra soit indissociable de l’exaltation de la sexualité («Poppée», «Salomé», «La Traviata», «Manon Lescaut»), il est encore rare que l’imagerie des films pornos soit récupérée comme un élément scénique.

D’autres domaines artistiques ont, eux aussi, connu cet épanchement de l’esthétique pornographie en leur sérail. De la danse à la pub en passant par la musique, découvrez nos exemples préférés:

- La danse laisse tomber ses voiles et fait place aux (d)ébats

En 2004, le chorégraphe Dave Saint-Pierre provoquait une onde de choc avec «La pornographie des âmes», premier volet d’une trilogie («Un peu de tendresse, bordel de merde!» et «Over My Dead Body») consacrée aux relations humaines. Cette pièce montrait des actes sexuels dont la gestique reprenait celle du X. Ses audaces ont ouvert des perspectives chorégraphiques vertigineuses. Ses créations tournent dans le monde entier et font de lui un acteur majeur de la ­danse d’aujourd’hui.

- Les gorges chaudes font les grands écrans

Les liens entre la pornographie et le 7e art sont étroits. C’est donc tout naturellement que des réalisateurs «classiques» ont glissé vers cette esthétique. Les scènes de sexe non simulées de «Baise-moi» (2000), de Virginie Despentes, explorent la limite des genres. La cinéaste Catherine Breillat a dirigé le hardeur Rocco Siffredi dans deux fictions: «Romance X» (1999) et «Anatomie de l’enfer» (2004).

- La musique n’adoucit pas les mœurs

En 1989, les clubbers se déhanchaient sur les gémissements lascifs et féminins de «French Kiss», un tube de Lil’Louis. La génération précédente s’émouvait du «Je t’aime... Moi non plus» de Gainsbourg (1967), qui simulait la bande-son d’une copulation. La musique classique contemporaine ignore superbement ce type de matériau. En revanche, la musique populaire en raffole, mais au travers de ses clips. «Protège-moi», de Placebo, réalisé par Gaspard Noé, regorge de séquences sexuelles explicites. En 2009, «Pussy», le clip porno de Rammstein, enfonçait le clou et suscitait la polémique.

- Racoleuse, la pub!

Les années 1970 ont vu la naissance du porno chic. En matière de film, Perrier a ouvert la marche avec la «masturbation» et l’«éjaculation» d’une bouteille. Le style est devenu un classique de la publicité, en particulier pour les produits de luxe (les campagnes Charles Jourdan par Guy Bourdin). ­Depuis, toutes les marques ont décliné ce modèle. En 2009, Diesel compilait des films pornos dans «Safe for Work» et les détournait en une suite d’images de dessin animé burlesques.

- L’art plastique en mode hard

«La sexualité, c’est l’objet principal de l’art», a dit Jeff Koons, l’un des plus fameux artistes contemporains, dans un entretien accordé au «Monde». Le plasticien a fait couler beaucoup d’encre, entre autres en épousant en 1991 la Cicciolina, star du porno à la retraite. Il a mis en scène leurs relations sexuelles dans une série de photos intitulée «Made in Heaven», puis de sculptures reprenant tous les codes du porno. «Il s’agit moins d’un propos sur le sexe que d’un propos sur l’amour. Mon dialogue avec les objets vise réellement à trouver une grâce dans le monde qui nous entoure», a expliqué Jeff Koons.