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09 février 2012 09:13; Act: 09.02.2012 09:13 Print

Les chocolatiers jouent les peintres

par Marine Guillain - Des confiseurs misent sur la couleur pour séduire. Rencontre avec deux artistes qui cultivent cette technique.

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Les étapes de fabrication du chocolat. A la chocolaterie du Rhône, on rempli des moules en forme de cœur de chocolat fondu. Le beurre cacao est mélangé à du colorant spécifique pour colorer les douceurs. Grâce à cela, on peut obtenir à peu près n'importe quelle teinte. Quand les œuvres d'art sont prêtes, il reste l'emballage, une étape non négligeable. Et voilà les charmants chocolats de la Saint Valentin, prêts à être dégustés! Le maître-chocolatier Jean-Pascal Serignat ne se lasse pas de créer et de se réinventer. Dans la région parisenne, Virginie Duroc-Danner, chocolatière et artiste-peintre, vend ses créations dans le monde entier grâce au Net. L'artiste cultive un monde qui rappelle celui de la mode: vichy, papillons, cœurs et fleurs semblent tout droit sortis d'un manga. Les Japonaises sont d'ailleurs ses plus ferventes clientes... Et la chocolatière leur rend hommage avec sa dernière collection: Kawai Saint-Valentin. Aude et Blaise Poyet ont voyagé à travers le monde et sont revenus avec des saveurs plein la tête. . Leur propos: associer design et ganaches: des arabesques pour le «Marrakech» (pignon, harissa) ou des feuilles d'or pour le «Tom Yam» (noix de cajou, citronnelle, coco). Les feuilles d'or du «Tom Yam», justement, sont déposées sur les ganaches unes à unes, à la main. La technique utilisée par Poyet et celle des transferts: les motifs sont dessinés au beurre de cacao sur un film transparent. Celui-ci est ensuite appliqué sur le chocolat tout juste sorti de l'enrobeuse. Une fois le transfert retiré, reste le dessin. Chez Pascoët aussi on utilise cette technique. L'artisan propose plus de quarante bonbons en chocolat. Chacun est décoré en fonction de son contenu. Chez So Chocolate!, les barres de noir à la menthe poivrée et à l'orange sont tachetés. La marque genevoise s'est positionnée dans un ségment arty. Ce travail rappelle celui du peintre américain Jackson Pollock. Autre spécialité de la maison: une carte du monde en relief sur les tablettes. Et une ligne spéciale pour les bambins. Dernier exemple à retenir: le chocolatier Jacot a imaginé créations personnalisées, allant de l'ordinateur portable au iPhone en passant par un chalet et un morceau de fromage.

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Toujours plus de confiseurs jouent les peintres et proposent de véritables œuvres d’art multicolores, surtout à l’approche de la Saint-Valentin.

A Genève, la Chocolaterie du Rhône s’est engouffrée dans ce créneau depuis longtemps. En vitrine, on trouve des cœurs géants rouges et or, des escarpins vermillon, des flacons de parfum violets: le tout en cacao.

«Différentes techniques de peinture existent, explique le maître-chocolatier Jean-Pascal Serignat. Pour obtenir la teinte désirée, on mélange du colorant en poudre spécifique à du beurre de cacao. C’est ce dernier qui confère un fini brillant et irisé. Je pulvérise ensuite ce mélange avec un pistolet. Pour que ça fonctionne, la préparation doit être pile à la bonne température.» Les décors plus fins (les caractères japonais, les pétales de rose) sont, eux, tracés à l’aide d’un petit pinceau. «On vend du luxe, reconnaît l’artisan. C’est ce que recherche la clientèle.» La pigmentation ne change pas le goût du produit. Pourtant, les fabricants évitent les teintes jugées peu appétissantes comme le bleu et privilégient le rouge, l’orange, le jaune, le rose ou le vert. En Suisse romande, des pros teignent même leurs délices dans la masse. La gamme au thé vert, couleur menthe, de Tristan Carbonatto à Bougy-Villars (VD) est fameuse.

Dans la région parisenne, Virginie Duroc-Danner, chocolatière et artiste-peintre, vend ses créations dans le monde entier grâce au Net. La jeune femme imagine plusieurs nouveaux motifs chaque année, inspirés par «des tissus et des images piochées ça et là», dit-elle. Selon la créatrice, les habitudes culinaires ont encore la dent dure. «La notion du beau et bon à la fois reste encore difficile à accepter par le grand public.»