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27 décembre 2010 11:34; Act: 27.12.2010 14:56 Print

Chefs-d'oeuvre oubliés dans des greniers

par Sandra Imsand - Il n’est pas rare que des créations majeures apparaissent dans des endroits insolites.

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Sous une croûte se cache parfois un trésor. (Photo: AFP)

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La découverte de 271 croquis et esquisses inédits de Picasso, en novembre, a mis le monde – et les héritiers du maître espagnol – en émoi. Comment ces trésors, qui ne sont répertoriés dans aucun catalogue de l’artiste, ont-ils pu rester cachés si longtemps? L’enquête en cours cherche à vérifier les déclarations de l’électricien français Pierre Le Guennec. Lequel affirme avoir reçu les œuvres en cadeau de Mme Picasso. L’affaire devrait trouver son issue juridique début 2011.

L’anecdote en rappelle d’autres. Des livres, des tableaux, des films et des partitions ont été découverts (ou redécouverts) dans les endroits les plus saugrenus. Depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte entre 1947 et 1956 dans des grottes de Trans­jordanie, il n’est pas rare que des documents importants ressurgissent dans des lieux insolites comme des poubelles, des caves ou en­core des marchés aux puces.

Et chacune de ces annonces fait fantasmer. Forcément, quand l’antiquaire genevois Jules Pétroz déclare avoir trouvé un authentique Manet au marché aux puces, tout le monde rêve d’en faire de même au détour d’une brocante. Retour sur les découvertes les plus spectaculaires de ces dernières années.

L’électricien gardait le trésor dans son garage
En janvier dernier, Pierre Le Guennec, un électricien français à la retraite, prend contact avec la famille de Pablo Picasso afin de faire authentifier plus de 271 dessins et carnets inédits. L’homme, qui a travaillé au domicile du génie espagnol les trois dernières années de sa vie, affirme les avoir reçus des mains de l’épouse du peintre. Pendant trente-sept ans, le «cadeau» est remisé au fond du garage. Des ennuis de santé survenus en 2009 rappellent à Le Guennec l’existence du don généreux des Picasso. Il déclare avoir fait la démarche de l’authentification de ces œuvres afin que ses enfants sachent d’où viennent ces croquis. La famille Picasso l’accuse de recel.

Un Renoir pour gratifier une truie
En 1995, un professeur d’une école agricole de Wagga Wagga, une ville perdue en Australie, remarque un tableau sur une étagère dans une de ses classes. Derrière les couches de poussière se cache en fait une gravure de l’impression­niste français Auguste Renoir! Le tableau, estimé à près de 50 000 francs, avait été offert dans les années 1950 par une certaine Mme McDonald, femme d’un agriculteur apparemment pas très fin connaisseur d’art. A l’origine, cette œuvre avait servi à récompenser l’éleveur de cochons dont la truie donnait naissance au plus grand nombre de femelles ­fertiles en une année.

Entre bibelots et verres ébréchés
Flâner dans une bro­cante peut s’avérer lucratif. Un chineur a acheté en 2002 un tableau de Maximilien Luce pour 5 francs. Et l’a revendu 85 000 francs. Ces dernières années aux Etats-Unis, des amateurs de puces ont dégoté un manuscrit inédit de Thomas Moore, et une copie rare d’un chant patriotique américain du XIXe siècle (à dr.). La palme revient à Jules Petroz, qui a carrément déniché deux ­œuvres majeures sur le marché aux puces de Plainpalais, à Genève. En 1997, l’antiquaire paie une «croûte» 15 francs. Sous la toile se cache une œuvre inédite d’Edouard Manet (ci-dessus). Rebelote en 2006, quand il tombe sur un visage qui pourrait bien être le 40e auto­portrait de Van Gogh.

Tableaux de maîtres jetés aux ordures
En 2003, Elizabeth Gibson, une habitante de New York, trouve une toile ­entre des sacs­poubelles prêts à être collectés. Même si elle n’y connaît rien à l’art contemporain, elle ra­mène le tableau chez elle. Grâce à une émission de télévision diffusée en 2005, elle découvre que sa «croûte» est en fait une œuvre majeure du peintre mexicain Rufino Tamayo, intitulée «Trois personnages» et volée en 1987. Après avoir restitué le précieux bien à Sotheby’s, Elizabeth Gibson a reçu 14 200 francs et touché un pourcentage (non divulgué) sur la vente du tableau. Celle-ci s’est faite pour 1 million de dollars en novembre 2007. Cette histoire n’est pas sans rappeler l’eau-forte trouvée par un portier de Christie’s dans une poubelle sise sur King Street,la rue des galeristes à Londres. Il s’agissait en fait d’une gravure de 1934 signée... Picasso.

Enfouies à la cave
Cette petite toile a été oubliée dans la cave d’un musée d’Emilie-Romagne (I) pendant de nombreux siècles. Elle a récemment été attribuée à Raphaël, un des maîtres de la Renaissance. Ce portrait de femme, de 30 x 40 cm, était considéré comme une copie réalisée au XIXe siècle. Il est désormais estimé à 37 millions de francs. C’est dans une autre cave, en Suisse cette fois, que la partition de la «Symphonie N° 2» de Sergueï Rachmaninov a été retrouvée en 2004.

Conservateurs têtes en l’air
Même les bibliothèques, où chaque pièce est répertoriée, égarent des textes précieux. Ainsi, une documentaliste a retrouvé en juillet 2005 à Philadelphie (USA) la partition de travail de Jean-Sébastien Bach alors qu’il composait la «Grande Fugue». C’est en dépoussiérant une vieille étagère de la bibliothèque qu’elle a retrouvé ce document perdu pendant 115 ans. Autre (re)découverte qui a fait couler beaucoup d’encre: un fragment du codex de Léonard de Vinci, sorti de l’oubli en novembre dernier à Nantes (F). Ce manuscrit, en rapport avec une étude sur le vol des oiseaux, date de 1504, époque où l’artiste peignait la fameuse «Joconde». La pièce avait été oubliée par des conservateurs et seule la ténacité d’un journaliste local a permis de remettre la main dessus. Sa particularité? Etre écrite de droite à gauche en vieil italien. De quoi exciter la curiosité de certains fans du «Da Vinci Code» de Dan Brown.


Ces perles qui reviennent sur le marché
De nombreuses œuvres ont refait surface, ces dernières années, au moment de leur vente aux enchères. Ainsi, un tableau du peintre Edgar Degas, volé en France en 1973, a été retrouvé en novembre dernier alors qu’il était sur le point d’être vendu chez Sotheby’s à New York. Fin 2009, un historien du cinéma a fait l’acquisition d’un film des Studios Keystone. Quelques mois plus tard, il découvre qu’il s’agit d’un des premiers courts métrages où apparaît Charlie Chaplin, «A Thief Catcher», datant de 1914. Une œuvre que tout le monde croyait perdue.