Expo à Paris

27 mars 2012 14:18; Act: 27.03.2012 15:31 Print

Les femmes nues et chics d'Helmut Newton

Quelque 200 tirages de photos de l'artiste australien Helmut Newton sont exposées au Grand Palais. L'occasion d'admirer la «puissance érotique» de certains clichés de «porno chic».

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

Sculpturales et dominatrices, les femmes d'Helmut Newton, habillées ou nues mais toujours chaussées d'escarpins, investissent le Grand Palais pour la première rétrospective parisienne consacrée au photographe depuis sa disparition le 23 janvier 2004.

L'exposition «Helmut Newton, 1920-2004», qui se tient jusqu'au 17 juin, réunit près de 200 tirages sélectionnés par Jude Newton, son épouse pendant près de soixante ans, devenue elle même photographe sous le pseudonyme d'Alice Springs. «C'est Newton par Newton», relève Jérôme Neutres, conseiller du président de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et co-commissaire de l'exposition.

Helmut Newton, l'expo (la bande-annonce)

Jude Newton, qui anime la Fondation Helmut Newton à Berlin, a commencé par être l'une de ces femmes qui peuplent l'oeuvre de l'artiste: c'est en posant comme modèle pour lui en 1947 que l'actrice australienne fait sa connaissance. Elle l'épouse un an plus tard. A l'époque le photographe vient d'acquérir la nationalité australienne après avoir servi dans l'armée de ce pays pendant la Seconde guerre mondiale.

Juif berlinois, né en 1920 dans une famille aisée, Helmut Neustädter a été contraint de fuir l'Allemagne nazie en 1938. Il gagne d'abord Singapour avant de rejoindre l'Australie. Il change son nom en Newton. Mais il n'oubliera jamais le Berlin de son enfance, celui du début des années 1930 «où il arrivait que l'on rencontre des femmes nues sous leur manteau de fourrure», selon Jérôme Neutres.

Rencontre avec une prostituée à 7 ans

Alors qu'Helmut n'a que 7 ans, son demi-frère, qui en a 10 ans de plus, lui fait rencontrer «Erna la Rouge», une prostituée aux cuissardes rouges et à la cravache: un souvenir relaté par le photographe qui y a vu un des éléments fondateurs de la construction de son imaginaire.

Adolescent, Helmut rêvait de devenir caméraman de cinéma ou à défaut photographe. En 1936 il est placé comme apprenti chez une photographe reconnue, Yva. Il s'initie au portrait, au nu et à la photographie de mode avant de fuir Berlin à 18 ans.

Dans les années 1960, Newton révolutionne la photographie de mode alors qu'il travaille pour les magazines «Elle» et «Vogue» à Paris notamment. Son style bien à lui se révèle, fait de fantaisie, de provocation et d'humour. Des mises en scène impeccables, des photos sans retouche.

Le secret d'une bonne photo

«Une bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode. A un portrait, à une photo souvenir, à un cliché de paparazzi», disait Newton.

«Chaque photo raconte une histoire», a souligné Jude Newton, lors de la présentation de l'exposition. Les références cinématographiques et artistiques abondent. Une jeune femme en bottes blanches se fait pourchasser par un avion (1967), clin d'oeil à «La Mort aux trousses» d'Alfred Hitchcock.

Les «Grands Nus»

Les «Grands Nus» des années 1980 sont particulièrement saisissants. Ils lui ont été inspirés par des photos d'identité judiciaire de terroristes réalisées par la police allemande. Les femmes nues dans des poses guerrières toisent le spectateur.

Témoignage d'une modèle

Le «porno chic»

Newton développe ce qu'on a appelé le «porno chic» mettant en scène de grandes bourgeoises dénudées au bord d'une piscine ou dans des hôtels de luxe. Il disait avoir «toujours» dans le coffre de sa voiture des chaînes et des menottes pour ses séances de photos «sado-maso». Prothèses et plâtres s'invitent dans ces mises en scène pour semer le trouble.

«Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût qui n'est que la normalisation du regard», expliquait-il.

(afp)