Montreux (VD)

20 avril 2017 18:18; Act: 20.04.2017 18:18 Print

«Pokémon Go a boosté les ventes des jeux 3DS»

par Adrien Iseli - Du 13 au 17 avril, Polymanga a attiré les aficionados de la magie japonaise à Montreux. L'occasion d'une rencontre avec deux des créateurs du géant «Pokémon».

storybild

Shigeru Ohmori et Junichi Masuda.

Sur ce sujet
Une faute?

Shigeru Ohmori, directeur créatif de «Pokémon Soleil & Lune», et Junichi Masuda, producteur de la licence, ont accepté de répondre à nos questions, lors d'une rencontre au salon Polymanga de Montreux.

C'est votre première fois en Suisse?
Shigeru Ohmori & Junichi Masuda: Oui. L'image de la Suisse que nous avons, nous les Japonais, c'est que les gens mangent du fromage tous les jours. On s'est aperçu que ça n'était pas forcément le cas, même s'il y a du fromage partout et que c'est vraiment délicieux. Nous avons vraiment très, très bien mangé depuis que nous sommes ici et le paysage est vraiment magnifique.

Est-ce que cela pourrait être une source d'inspiration pour un prochain jeu «Pokémon»?
Bien sûr. Nous sommes influencés par tout ce que nous voyons, sentons, goûtons, entendons, donc nous sommes toujours au travail, même quand nous avons l'air de nous reposer, parce que nous absorbons énormément de choses. Quand je suis là, je regarde les arbres, les fleurs, les montagnes et je vais tout digérer, tout assimiler et ça va certainement ressortir plus tard de manière créative dans l'univers de «Pokémon».

Combien de personnes ont travaillé sur «Pokémon Soleil»?
Au départ, on était vraiment une petite équipe réduite. Mais sur la fin du jeu, là où le gros de la programmation se fait, on était sur une équipe de 150 personnes à peu près.

Et combien de temps ça a pris pour développer le titre?
Trois ans. Au départ, on est une quinzaine et au fur et à mesure qu'on avance dans le projet et la réalisation du jeu, les équipes gonflent.

Parlez-nous un peu du prochain épisode qui va sortir bientôt. A quoi peut-on s'attendre de nouveau?
Alors, bien entendu, nous sommes toujours en train de préparer la suite, cependant je ne peux pas encore vous révéler quoi que ce soit puisque nous sommes encore en pleine réflexion. Mais nous avons pas mal de bonnes idées qui, je pense, vont surprendre les gens lorsque nous les annoncerons en temps voulu, pour la sortie du prochain épisode.

Et ce sera pour quand?
Pas de commentaire.

Ce sera toujours sur 3DS?
Là non plus, on ne peut pas vous répondre pour le moment.

Y a-t-il quelque chose en préparation sur Switch?
C'est encore un peu tôt pour répondre à propos de la Switch, car nous sommes toujours en train d'étudier la machine. Moi ce qui m'intéresse, lorsque je développe quelque chose, c'est de savoir si la console sera plutôt utilisée de manière nomade ou statique. C'est ce que je suis en train d'étudier pour l'instant. Et puis, bien entendu, il s'est vendu plus de soixante millions de 3DS dans le monde, alors nous attendons de voir combien il se vendra de Switch avant de prendre une décision.

Peut-on parler de concurrence entre «Pokémon Go» et «Pokémon» 3DS?
Pour moi, les deux jeux ne sont pas du tout en concurrence, déjà parce que c'est nous qui réalisons les deux jeux. Je suis moi-même personnellement responsable à la fois de l'interface, de l'identité de l'univers de «Pokémon», ainsi que l'éditeur des musiques de «Pokémon Go», donc il n'y a pas de concurrence entre nous, puisque ce sont deux jeux qui ont été conçus de manière totalement différente et complémentaire. C'est à dire que «Pokémon Go» a été créé pour faire un jeu dans lequel la capture serait l'élément le plus intéressant. Un jeu avec lequel les gens voudraient se rendre dans différents endroits pour capturer des Pokémon plus ou moins rares. Alors que «Pokémon» sur 3DS concerne plutôt des jeux sur lesquels, certes il faut capturer des Pokémon, mais le but le plus profond du jeu est l'élevage et l'entraînement des créatures pour pouvoir en faire des Pokémon plus forts et relever de nouveaux challenges. Je pense que les gens qui ont joué à «Pokémon Go» et qui voudraient plus que de la capture vont pouvoir s'orienter sur les jeux consoles pour apprendre à entraîner les Pokémon, tandis que les gens qui jouent à «Pokémon» sur 3DS et veulent profiter d'un voyage pour aller voir quels sont les Pokémon qui traînent dans telle ou telle région vont aller sur «Go». Donc il y a aucune concurrence entre les deux, au contraire.

Est-ce que «Pokémon Go» a fait augmenter les ventes des jeux 3DS?
Oui, je pense. Déjà «Pokémon Go» et «Pokémon Lune & Soleil» sont sortis l'année dernière, pour les 20 ans de la licence «Pokémon» au Japon. Et comme «Pokémon» fête ses 20 ans, «Pokémon Go» a permis à des adultes qui jouaient à «Pokémon» dans les années 90 de revenir dans l'univers de «Pokémon» et donc de le redécouvrir. Et peut-être que, par cette nostalgie et par le bonheur de retrouver un univers qu'ils avaient connu plus jeunes, ils ont ensuite voulu continuer l'aventure et ils ont acheté «Lune & Soleil». On a analysé pas mal de comportements d'achat parmi les utilisateurs et on s'est rendu compte qu'effectivement, «Pokémon Go» avait permis à des adultes qui avaient joué à «Pokémon» il y a longtemps de revenir sur «Pokémon Lune & Soleil». Donc ça a vraiment créé une très bonne harmonie entre les générations.

Comment faites-vous pour garder les joueurs devenus adultes dans un univers aussi enfantin que «Pokémon»?
Notre solution c'est tout simplement qu'il n'y en a pas. Quand on crée «Pokémon», on ne le crée pas pour les enfants ou pour les adultes. On n'a pas de cible en tête, on est vraiment sur la production d'une forme de divertissement la plus universelle possible. On essaie de faire en sorte que le jeu soit intéressant à la fois pour les petits et pour les grands, en proposant à la fois quelque chose de très facile à prendre en main, d'humoristique, mais aussi pourvu d'une certaine profondeur pour les gens qui veulent vraiment aller au fond des choses. Donc il n'y a absolument pas de volonté de notre part d'aller vers une génération plutôt qu'une autre. Lorsque je crée un jeu «Pokémon», c'est dans le but d'avoir un jeu le plus universel possible pour que les gens ne se sentent pas rejetés et puissent y jouer sans se dire 'c'est pas de mon âge'. Pour être plus précis, je dirais même qu'il y a l'aspect «Pokémon» et la mécanique du jeu. C'est à dire qu'au niveau de l'aspect, «Pokémon» a l'air un petit peu enfantin graphiquement, justement pour permettre aux enfants d'entrer sans trop de crainte dans l'univers de «Pokémon», alors qu'au niveau des mécaniques de jeu - comme avec le football par exemple - plus vous y jouez plus vous allez comprendre certaines techniques et certaines tactiques et prendre de plus en plus d'intérêt dans la maîtrise de jeu.

Comment se passe le processus de création d'un Pokémon?
Il n'y a pas de processus fixe. Il y a des équipes de designers qui vont avoir des idées, par exemple s'ils sont allés au zoo et qu'ils ont vu un animal qui leur a plu. Il y a aussi les battle planners qui sont responsables de l'équilibre du jeu et du déroulement des combats, qui vont nous dire que pour équilibrer le jeu il faudrait avoir un Pokémon de tel type afin de relancer l'intérêt des combats. Les idées peuvent venir de n'importe quel département de développement. On va réunir toutes les équipes et on va établir ce qu'on veut faire, la direction qu'on veut prendre et le type de Pokémon dont on va avoir besoin, etc... C'est ainsi que, après de nombreux tests d'équilibrage, le Pokémon va être affiné, que ce soit par les équipes de développement ou les équipes de design qui vont affiner son look par rapport à ses capacités par exemple. Ce qui prend du temps, c'est le perfectionnement du design de la créature. Si, par exemple, le Pokémon a une bouche, on va se demander ce qu'il mange. Si c'est un Pokémon qui a des rochers sur lui, il va falloir qu'il vive dans un environnement rocailleux. Donc, à chaque fois, on va se poser des questions comme ça pour affiner de plus en plus son style de vie et cela va nous permettre de créer le Pokémon le plus plausible possible et c'est ce qui prend beaucoup de temps.

Et combien de temps ça prend pour finaliser l'un de ces créatures?
Pour avoir un Pokémon complet, cela prend à peu près six mois. Ça dépend des designs bien entendu, et si c'est le Pokémon qui est en couverture du prochain jeu, cela peut prendre jusqu'à un an. Tout simplement parce que le Pokémon qui est en couverture, c'est un Pokémon qui sera important dans l'histoire, donc en plus de son design et de ses capacités, il va falloir mettre en place une histoire autour de lui et donc, cela va prendre davantage de temps.