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13 septembre 2016 20:17; Act: 13.09.2016 20:40 Print

Facebook filtre notre connaissance du monde

Les internautes qui s'informent sur le réseau social courent le risque d'une information biaisée, selon des experts.

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La décision de Facebook de supprimer la photo d'une petite Vietnamienne nue brûlée avait provoqué un véritable tollé. (Photo: Keystone)

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Dernier exemple en date, la censure par Facebook la semaine dernière de la célèbre photo d'une petite Vietnamienne nue brûlée au napalm, au nom de sa politique contre la nudité des enfants. Critiqué dans le monde entier, le groupe américain a rétabli la photo et promis de tenir compte à l'avenir du «statut d'icône» des clichés historiques. Cette polémique a révélé l'importance prise par Facebook comme source d'information pour une majorité d'internautes dans le monde.

Un sondage international du Reuters Institute montre que 51% des gens dans 26 pays s'informent par les réseaux sociaux, dont 44% par Facebook, et que 12% en ont fait leur première source d'information. En France, un Français sur deux consulte Facebook, surtout sur mobile, et peut y passer plusieurs heures par semaine.

Aucun des 1,7 milliard d'utilisateurs ne voit les mêmes informations dans son «newsfeed» (fil d'actualités), qui compile les messages de ses «amis»: un mélange de commentaires personnels et d'articles partagés, provenant aussi bien de grands médias que de blogs inconnus.

Entre les milliers de messages produits par ses amis, impossible de tout lire: c'est l'algorithme de Facebook qui, pour chacun, classe ceux placés en haut de page. Et donc ceux qui seront vus, car en moyenne l'utilisateur ne lit que 200 des 2000 messages de son fil.

Plusieurs critères

Les utilisateurs ignorent le plus souvent l'existence et les critères de ce tri, qui ont changé sans cesse en 10 ans d'existence. En juin, Facebook a brusquement décidé de privilégier les messages personnels au détriment des partages d'articles, diminuant la place des médias classiques.

Outre la chronologie, l'ordre des posts est déterminé par trois critères clés, explique le réseau: les interactions avec l'auteur et ses posts précédents (nombre de «like», temps de lecture, ouverture des liens, commentaires, partages...), le type de médias (vidéos...) et la popularité du post auprès des autres utilisateurs.

Chaque fois qu'on consulte sa page Facebook, l'algorithme recalcule un «newsfeed» personnalisé: deux personnes ayant les mêmes 400 amis n'auront pas du tout le même fil. Cet ordre personnalisé correspond à ce que les utilisateurs choisiraient en mode manuel, assure Facebook, études à l'appui. Le succès est là.

Sauf que Facebook peut censurer: les contenus contraires à sa charte (pornographie, nudité, violence...) signalés par des utilisateurs sont alors retirés -- oeuvres d'art exceptées. Pour la pédophilie et la propagande terroriste, Facebook intervient de lui-même.

«Grille de valeurs morales»

Un pouvoir qui choque les milieux politiques et culturels. «Qui contrôle Facebook», ont demandé mardi dans une tribune publiée dans Le Monde Manuel Alduy (ex-directeur du cinéma de Canal+) et la députée PS Karine Berger. «Qui vérifie, et, le cas échéant, sanctionne le filtrage de nos expériences par le géant américain? Personne», dénoncent-ils, mettant en cause une «grille de valeurs morales».

Autre critique, une information sans hiérarchie et qui enferme les lecteurs dans leurs convictions. «Beaucoup de gens consultent Facebook sans se rendre compte qu'ils s'informent comme cela. Et personne ne voit la même chose, alors que la page d'accueil du Monde est la même pour tous», relève Alice Antheaume, de l'Ecole de journalisme de Sciences-Po, qui souligne le manque de transparence de l'algorithme.

Son poids sur la façon dont on s'informe pourrait même jouer un rôle à l'approche des élections françaises ou américaines, a-t-elle averti. «Nous avons constaté des confusions dans la hiérarchisation des sources d'information entre les médias et les blogs», renchérit Arnaud Mercier, professeur et spécialiste en communication.

«Nous avons aussi constaté une très forte polarisation des contenus recommandés par Facebook: en cliquant sur certains contenus, au bout de 8 jours, on ne reçoit plus que des articles» de la même tendance.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Olaf Puciato le 13.09.2016 20:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Debout !

    Le peuple dort et mange ce qu'on lui donne à manger. C'est insipide mais il mange. C'est triste mais les gens deviennent incultes. C'est ainsi que l'on maintien le peuple dans une confortable torpeur pour ne pas se poser trop de questions. Lisons plus de livres, misons sur le journalisme d'investigation si nous voulons vraiment savoir ce qu'il se passe de part le monde. Réveillons-nous !!!

  • roger 55 le 13.09.2016 21:04 Report dénoncer ce commentaire

    Et la marmotte...

    Comme si la presse était libre et indépendante... ;-)

  • John le 13.09.2016 22:01 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Daube

    FB c'est de la caque en boîte !

Les derniers commentaires

  • Ggg le 14.09.2016 12:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Fgg

    Info biaisées, certe!! Mais toujours moins pire que les salades qu'on nous raconte à la tv!!

  • NostalGeek le 14.09.2016 12:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    facebook et autres réseaux sociaux

    sont bien sympa, je les utilise pour divers échanges , pour voir des passionnés, des créateurs , de merveilleuses photos (instagram, Pinterest) Mais, de là à imaginer une seule seconde que l'on puisse apprendre et s'informer par ce biais , il faut être sacrément naïf !

  • jdj le 14.09.2016 10:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    1984

    Quand la fiction rejoint la réalité. Pour ceux qui n'ont jamais lu le roman de Georges Orwell, je vous le conseille vivement.

  • kalach447 le 14.09.2016 10:02 Report dénoncer ce commentaire

    pas de

    pas de facebook, pas de twitter, pas d'instagram, pas de whatsapp, pas de telegram, etc ... et pourtant je vis parfaitement heureux

  • Aktos le 14.09.2016 09:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Tant pis pour eux.

    Si des personnes se laissent à ce point dicter leur vision du monde et leurs opinions par une société privée à but lucratif, c'est qu'ils méritent vraiment d'être des moutons.