«Racine carrée»

12 septembre 2013 22:56; Act: 12.05.2015 17:39 Print

Stromae: «Je ne vends pas une vie parfaite»

par Julien Delafontaine - Le maître de l'electro-chanson fait un tabac avec son 2e disque. Il cloue ainsi le bec a ses détracteurs. Interview.

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L’artiste de 28 ans a planché une année et demie sur son nouveau disque. (Photo: dr)

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Le Belge a été découvert avec le tube «Alors on danse», en 2009. Il est de retour au sommet des charts avec «Formidable» et «Papaoutai», extraits de son nouveau disque, «Racine carrée».

Stromae, comment est né votre album «Racine carrée»?
J’ai dû digérer tout ce qui s’était passé après la sortie de «Cheese». Cela a pris beaucoup plus de temps que ce que je pensais. Il m’a fallu une année et demie pour accoucher de «Racine Carée».

Vous étiez dans quel état d’esprit au moment de son écriture?
J’étais angoissé car je n’avais plus fait de musique durant toute la période de frénésie de mon premier disque. J’étais en même temps heureux de retrouver la solitude.

Elle vous avait manqué?
En tournée, on est une grande famille qui vit tout le temps ensemble. Quand tout cela s’arrête, c’est étrange comme sensation. Comme si j’avais le droit d’être à nouveau moi. Je retrouve mon grenier, l’ancienne chambre de ma mère, et je peux pleurer, rire, écrire sans avoir à composer avec le regard des gens.

Malgré votre succès, vous écrivez des textes mélancoliques...
Ce sont des cris de joie mélancoliques. On ne va pas s’inventer une vie que l’on n’a pas. Dans mes albums, je n’ai pas envie de vendre une sorte de vie parfaite que l’on devrait avoir. Mes textes reflètent l’espèce d’adolescent attardé que je suis qui découvre que la vie n’est pas toute blanche ou toute noire.

Vos titres sont donc autobiographiques?
Le seul qui l’est vraiment, c’est le morceau «Bâtard». Les autres sont de la fiction ou de la mythomanie.

Vous avez lancé la promo de votre album en jouant un alcoolique dans la rue pour le clip de «Formidable». Que gardez-vous de cette expérience?
Jouer le naze à Bruxelles c’était pas facile. Je pensais que ce serait plus un jeu que cela ne l’a été. Quand je suis arrivé au bout des 25 minutes de tournage, j’avais envie de pleurer. J’avais honte de moi. J’étais exactement dans le même état qu’un lendemain de veille. Le soir j’ai eu un second contrecoup. Là je me suis rendu compte que le métier d’acteur n’est vraiment pas facile. Cela m’a fait bien du bien de me mettre en danger et de sortir de mon petit confort avec cette expérience remuante. Mais entre nous, je n’ai rien inventé. J’ai joué un personnage comme Jacques Brel l’a fait bien avant moi. Si cela a peut-être choqué c’est que cela ne se fait plus aujourd’hui car le culte de la personne est plus important que l’interprétation du métier de chanteur.

A ce propos, vous réagissez comment aux critiques qui vous surnomment le Brel 2.0?
C’est un honneur que l’on me fait alors que pour lui c’est plutôt la honte. Si j’étais lui, je n’aimerais pas être comparé à moi. J’ai 28 ans, j’ai sorti que deux albums… Pour sa descendance et ses fans je ne trouve cette comparaison très classieuse. On ne compare une œuvre comme la sienne à une crotte de nez comme la mienne. Notre seul point commun c’est que je suis Belge, que je suis maigrichon et que je bouge dans tous les sens.

Vous avez sorti «Formidable» et «Papaoutai» simultanément. Pourquoi ce choix?
Cela me surprend lorsque l’on me dit que c’est étonnant d’avoir deux morceaux dans les charts. Garder au chaud des morceaux car on pense qu’ils ont un fort potentiel c’est comme avouer que l’on ne pourra pas faire mieux après. Je n’adhère pas à cette idée.

Vous vous attendiez à l’énorme succès que rencontre votre 2e disque?
Absolument pas. Surtout qu’après «Cheese», on n’a pas arrêté de me dire qu’il y aurait plus rien. Mais moi j’ai préféré voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. J’ai pensé: «Ben c’est déjà cool ce qui m’est arrivé. Si cela n’arrive pas une deuxième fois, ton petit ego aura mal et pis quoi ?» Cela m’a permis de travailler sans arrière-pensée.

A vos débuts on vous présentait comme un rappeur qui touchait à l’electro...
C’est dôle car mes albums se trouvent dans tous les rayons des magasins: rap, chanson, electro, urbain. Moi je fais juste de la musique avec les ingrédients qui m’intéressent. Comme une soupe, soit elle te fait vomir, soit tu arrives à la boire quand tu la goûtes.

Vous avez l’image d’un artiste accessible. Quel est votre rapport à la célébrité?
Stromae est un projet pour lequel beaucoup de personnes travaillent. Moi, mon métier c’est d’être le porte-parole de ce projet. Je ne mérite pas plus la starification que mon entourage qui bosse dans l’ombre.
Stromae «Formidable»

Stromae
«Racine carrée», déjà dans les bacs.