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15 novembre 2017 00:00; Act: 16.11.2017 17:36 Print

Pourquoi les pertes font-elles si mal?

La peur de perdre est ancrée au plus profond de l’être humain, surtout en ce qui concerne l’argent. On devrait pourtant considérer les préjudices financiers comme des vieux téléphones portables.

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Illustration: Marcel Reich

Une faute?

Gardez-vous encore vos CDs, vos DVD ou vos disques de données à la maison? Si oui, vous n’êtes pas le seul. Si on peut encore argumenter que les films faits maison ou les enregistrements du groupe de rock dans lequel vous jouiez quand vous étiez jeune ont une valeur sentimentale, à l’heure actuelle, les supports physiques n’ont plus lieu d’exister. En effet, les clouds, le streaming et les MP3 sont tellement pratiques et ils prennent peu de place. Alors pourquoi garder tout ce barda? Et en passant, combien de vieux téléphones portables traînent encore dans votre armoire?

Rassurez-vous, le but n’est pas de vous donner mauvaise conscience ou d’insinuer que vous souffrez du syndrome de Diogène. Au contraire. La peur de se séparer de ce qui nous appartient est bien connue des scientifiques. Pas seulement des psychologues, mais aussi des médecins.

Une vraie douleur

Ben Seymour, chercheur britannique en neurosciences, a, en effet, pu déterminer que la même zone du cerveau s’active quand on ressent la peur de la perte ou la douleur physique. C’est notre centre émotionnel, ensuite, qui interprète différemment les informations. Perdre quelqu’un ou quelque chose, ça fait donc littéralement mal.

En psychologie, on parle d’«aversion à la perte». Elle se traduit par le fait que les pertes nous marquent plus durablement que les gains. Ce n’est donc pas une surprise si, dans nos processus de décision, nous accordons davantage d’attention à ce que nous risquons de perdre qu’à ce que nous pouvons potentiellement gagner. Aucune importance si les pertes ne sont que supposées. Le simple fait de les imaginer suffit.

Nous tenons à ce qui nous appartient

Faites le test vous-même : Si vous perdez 1000 francs au casino et ensuite remportez la même somme, vous vous souviendrez davantage de la douleur d’avoir perdu que du bonheur d’avoir encaissé de l’argent. C’est pareil si vous investissez. Le risque de perdre 1000 francs compte plus pour vous que la possibilité de gagner la même somme.

Le processus psychologique qui s’applique est simple: dans notre société, perdre est un échec. Et cette perte, cet échec, nous affecte personnellement. A cela s’ajoute ce que les économistes appellent l’effet de dotation: plus longtemps nous possédons quelque chose, plus nous y tenons.

Ce phénomène a été étudié dans les années 1990. C’est ce qu’on a appelé l’expérience «de la tasse à café». Les scientifiques ont offert une tasse à la moitié des participants et leur ont demandé combien ils seraient prêts à la vendre. A l’autre moitié, ils ont demandé combien ils seraient prêts à dépenser pour acheter cette même tasse. Les «propriétaires» ont demandé en moyenne 7 dollars, alors que les acheteurs, eux, ont proposé à peine la moitié.

Considérer les choses dans leur globalité

Chez certains, l’effet de dotation peut aussi s’exprimer en amour. D’aucuns préféreront ne pas avoir de relation, par crainte de souffrir. Mais cette aversion à la perte, si elle peut rendre solitaire, est aussi très mauvaise conseillère en ce qui concerne les finances.

Si on se rend compte que notre portefeuille d’actions plonge dans le rouge, on espérera qu’il repartira à la hausse au lieu de nous séparer des actifs qui plombent le résultat. Difficile, en effet, d’admettre qu’on a fait un mauvais choix. Or, le bon sens voudrait qu’on limite les dégâts. Parfois, on laisse aussi passer une chance de faire une bonne affaire, car la perspective d’une perte à court terme compte plus que celle d’un gain à long terme.

Quand on pense à la prévoyance, notre réflexion subit les mêmes biais. Si on se focalise sur le trou que représente le paiement des primes sur notre compte en banque, alors on ne fait rien. Mais il faudrait considérer les choses dans leur ensemble et adopter une vision tournée vers l’avenir. Surtout, il est important de garder la tête froide. Et ne pas hésiter à se séparer des vieux téléphones portables.



(CP)

Les commentaires les plus populaires

  • Jean Marais le 13.11.2017 11:45 Report dénoncer ce commentaire

    Réflexion

    C'est Jean Cocteau qui disait:les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer une image.

  • Neko le 13.11.2017 13:18 Report dénoncer ce commentaire

    CD dépassé ? Et puis quoi encore?

    Les cd, non seulement je les ai, mais j'en achète encore! Ben oui, pas de peur de perdre, mais l'amour de la musique sur un support physique qui permet de profiter du packaging et d'une excellente qualité d'écoute !

  • Robin des Bois le 13.11.2017 12:57 Report dénoncer ce commentaire

    Qui peut encore se le permettre ?

    Bla, bla, bla... Tout ceci n'est qu'un discours bien ciblé. Aujourd'hui, la prévoyance (3a, 3b, etc) n'est faite que pour les riches et cadres sup. La classe moyenne n'a plus les moyens d'y souscrire ! Dans ce contexte, je préfère être cigale que fourmi et après, il y aura les PC (prestations complémentaires). Malheureusement, celles-ci seront à la charges de tous... Désolé !

Les derniers commentaires

  • fabi le 17.11.2017 08:29 Report dénoncer ce commentaire

    L'argent responsable de tous les maux

    Les pertes ne feraient pas si mal que ça si on avait les moyens financiers de les remplacer facilement et de se payer des assurances horriblement chères pour s'assurer d'une retraite paisible. C'est pas plus compliqué que ça. Pourquoi chercher midi à 14 heures ?

  • Kalypso le 16.11.2017 12:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ah !

    Oui les pertes menstruelles sont, paraît-il, douloureuses ...

  • Minie Souris le 16.11.2017 10:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Peur peur toujours peur, et le plaisir ? D'evoluer

    Et que faites vous de la PEUR de perdre ses certitudes. Qui va avec la peur d'evoluer. Et qui nous fait mal vieillir ? Quant aux objets souvenir, peut-etre ont-ils la faculte de raviver nos 5 sens, toucher, vue, odorat, qui ont tendance a s'emousser. Il vous reste a trouver un sponsor, pour philopher la dessus.

  • Véronique le 16.11.2017 08:06 Report dénoncer ce commentaire

    C'est tout l'inverse

    Je suis tout à fait comme ça, mais récemment, en voyage dans une grande ville touristique, j'ai vécu une expérience différente. Dans la rue, il y a eu ce vieux qui m'a vraiment touché. Je me suis surprise à chercher dans mes poches et mon porte-monnaie ce que je pouvais lui donner. Quand j'ai donné, j'ai vraiment donné avec mon coeur et je n'ai pas ressenti avoir perdu quelque chose, au contraire, j'ai été rassurée...de pouvoir faire quelque chose. Oui, quand on PEUT avec son coeur, ça donne un sentiment de sécurité solide et profond. C'est différent que la bonne conscience.

  • Le fauché le 15.11.2017 15:59 Report dénoncer ce commentaire

    Oui oui...

    Prenons un autre exemple. Un gentil Trader me propose des gains mirobolants en bourse, suivie d'une vie de château. Pour investir, je dois hypothéquer ma maison. Si je perds en bourse, je perds ma maison et me retrouve à la rue. La sagesse recommande donc de renoncer à une vie de château et assurer celle déjà existante dans la petite maison. C'est pas une question de peur mais de sagesse. Ou en tant que grenouille ne pas vouloir être plus grosse que le boeuf.