Démission de Berlusconi

12 novembre 2011 22:20; Act: 12.11.2011 23:26 Print

La «success story» s'achève dans la débâcleLa «success story» s'achève dans la débâcle

Silvio Berlusconi, c'est fini. Le cavaliere a quitté le gouvernement samedi. Retour sur un parcours hors-norme.

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Silvio Berlusconi (au centre), est né le 29 septembre 1936. Il est l'ainé de Luigi Berlusconi et Rosa Bossi. En 1954, Berlusconi obtient le certificat de fin d'études à Milan. En 1961, il est diplômé en droit à l'Université de Milan. Avec sa thèse de diplôme, il a remporté un prix de plus de 2 millions de lires remis par l'agence de publicité Manzoni. Après une courte expérience de courtier dans l'immobilier, Berlusconi fonde en 1961 avec le constructeur de Pietro Canali sa première entreprise, la Cantieri Riuniti Milanesi Srl. En 1978, il rejoint la Propaganda Due (P2), à l'origine une loge maçonnique, qui a été accusée dans les années 1970 de préparer un complot contre des hommes politiques de l'époque. En 1985, Berlusconi et sa première femme Carla Dall'Oglio divorcent. En 1990, nouveau mariage avec l'actrice Veronica Lario. Ils auront trois enfants. En mai 2009 Lario a demandé le divorce. Entre 1963 et 1978, Silvio Berlusconi a fondé plusieurs compagnies de construction - certaines ayant des investisseurs suisses. En 1982, il achète les chaînes de télévision Italia 1 et Rete 4 en 1984. C'est le début de la fondation de Mediaset, le groupe de médias du groupe Berlusconi Fininvest, les principaux opposants de la RAI. Depuis 1986, Berlusconi est le propriétaire du Milan AC. En 2004, une loi régissant les conflits d'intérêt l'a obligé à démissionner de la présidence du club. Malgré sa proximité avec le chef de l'Italiano Partito Socialista, et le Premier ministre Bettino Craxi, qui l'ont soutenu dans la construction de son empire médiatique, Berlusconi n'est pas engagé politiquement à cette époque. Ce n'est qu'en 1993 qu'il crée le mouvement Forza Italia, un parti qui cherche avant tout à rassembler les électeurs du centre et de centre-droit. La campagne électorale est coûteuse, mais Berlusconi utilise son pouvoir médiatique. Les élections législatives de 1994 ont été un énorme succès de Forza Italia. Après l'élection, Berlusconi a formé un gouvernement avec l'Alliance nationale de Gianfranco Fini et Umberto Bossi de la Ligue du Nord. Dès la fin de l'année Bossi quitte le gouvernement et Berlusconi se retrouve minoritaire. Silvio Berlusconi a été et est impliqué dans de nombreuses procédures judiciaires pour corruption, fraude fiscale ou comptabilité frauduleuse. Certains estiment qu'il s'est lancé en politique pour éviter la prison. En 2001, Berlusconi remporte les élections pour la deuxième fois, encore grâce à son pouvoir médiatique. Avant les élections d'avril 2006, les associations du patronat italien ont critiqué la politique d'ouverture économique des cinq dernières années qui avaient conduit à une croissance quasi-nulle. Berlusconi perd les élections contre la coalition de gauche menée par Romano Prodi. Fin Novembre 2006, Silvio Berlusconi, s'effondre lors d'un discours. L'incident a eu lieu à Montecatini Terme en Toscane, lors d'un congrès des jeunes de son parti. En Février 2008, Silvio Berlusconi connaît un drame personnel, «Mamma Rosa», sa mère, meurt à Milan à l'âge de 97 ans. Peu après sa soeur, Maria Antonietta, décède à son tour. Lors des élections législatives d'avril 2008 Berlusconi forme une alliance de centre-droit avec le Popolo della Libertà, la Lega Nord et le Movimento per l'Autonomia. L'alliance obtient une large majorité à la Chambre et au Sénat. Le 8 mai, Silvio Berlusconi retourne pour la troisième fois en 14 ans, dans le Bureau du Premier ministre. Mi-Décembre 2009, nouvel incident: Le premier ministre est agressé en plein centre de Milan par un homme avec un objet dur - une réplique de la cathédrale de Milan -. En tant que Premier ministre, Belusconi contrôle à moitié la RAI, télévision publique italienne, mais aussi concurrente de son entreprise: Mediaset. En avril 2010, il se brouille avec son ancien allié Gianfranco Fini. le 14 décembre, malgré une motion de défiance à son encontre, le Parlement lui renouvelle sa confiance. Le 12 novembre 2011, Silvio Berlusconi a annoncé sa démission. Son départ a fait le bonheur de nombreux manifestants, qui ont hué l'ex-chef du gouvernement.

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Après avoir édifié un empire tentaculaire, Silvio Berlusconi a gouverné dix ans durant l'Italie, une «success story» qui s'est achevée samedi avec un départ sous les huées et les insultes d'un Cavaliere usé jusqu'à la corde par ses scandales sexuels et ses démêlés judiciaires.

Né le 29 septembre 1936 dans une famille de la petite bourgeoisie milanaise, il hérite de son père, employé de banque, un sens aigu des affaires qu'il met en oeuvre dès l'adolescence en monnayant son aide à ses camarades de classe.

Ego démesuré

Intelligent et imaginatif, il est aussi doté d'un ego démesuré et veut toujours être au centre de l'attention: «C'est le genre de personne qui veut être la mariée à tous les mariages ou le mort aux enterrements», résume avec ironie le commentateur politique Sergio Rizzo.

Son orgueil a sans doute pris un coup le 23 octobre, lorsque Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont échangé en public des sourires moqueurs à ses dépens. Une humiliation pour celui qui se considère comme «le meilleur président du Conseil de l'Histoire d'Italie».

Jeune homme au physique avantageux, Silvio Berlusconi travaille comme animateur de boîtes de nuit et sur des bateaux de croisière, où il chante et raconte des histoires drôles. Un talent auquel il recourt encore dans ses meetings politiques.

Vendeur d'aspirateurs

Vendeur d'aspirateurs à la fin des années 50, il obtient en 1961 une licence en droit, puis emprunte de l'argent à la banque de son père pour fonder une société immobilière.

Commence alors une irrésistible ascension qui soulève des interrogations quant à l'origine de sa fortune, sur laquelle il est toujours resté flou.

Mais c'est surtout dans la télévision, qu'il révolutionne, que s'exprime le génie créatif de ce grand communicateur: il est en phase avec le public et n'hésite pas à saupoudrer ses programmes de femmes dénudées pour lui plaire.

La holding de la famille Berlusconi, Fininvest, comprend trois chaînes de télévision, des journaux, les éditions Mondadori, mais aussi, cerise sur le gâteau pour ce fan de football, le Milan AC, équipe championne d'Italie en 2011.

Fortune colossale

Ces succès en affaires permettent à Silvio Berlusconi d'accéder au statut enviable de plus grosse fortune d'Italie pendant dix ans, avant que les aléas boursiers ne le privent de ce primat, même s'il reste toujours parmi les cinq premiers du classement.

En 1994, le Cavaliere (titre honorifique décerné par la présidence de la République) se lance dans la politique. En quelques semaines, il monte Forza Italia (Allez l'Italie!), un parti formé essentiellement de cadres de la Fininvest.

Il remporte les élections d'avril 1994 mais, lâché par ses alliés, son gouvernement s'écroule au bout de sept mois. En 2001, il reconquiert le pouvoir qu'il conserve jusqu'en avril 2006, un record depuis l'après-guerre.

Usé par ces cinq années, il est battu d'extrême justesse aux élections, mais il prend une revanche éclatante deux ans plus tard et s'installe aux commandes pour la troisième fois.

Problèmes judiciaires à l'avant

Très vite, ses problèmes personnels, notamment judiciaires, occupent le devant de la scène, et on lui reproche de se servir de son poste pour faire passer des lois lui permettant d'échapper à la justice ou de défendre sa fortune.

Habile à se poser en victime dans ses divers procès pour corruption et fraude fiscale, M. Berlusconi a été condamné à plusieurs reprises en première instance mais jamais définitivement.

Très soucieux de son apparence, cet homme de petite taille semble éternellement bronzé grâce à une épaisse couche de fond de teint se mariant avec la teinture de ses cheveux. Il a aussi recours sans complexe à la chirurgie esthétique: lifting, implants capillaires, paupières retouchées...

Fier de son apparence («Je m'aime, je m'aime, je m'aime», répète-t-il tous les matins devant son miroir), il affirme en juin 2005 avoir dû «user de tous ses talents de playboy» pour convaincre la présidente finlandaise Tarja Halonen de renoncer à la candidature d'Helsinki au profit de Parme pour le siège d'une institution européenne.

Divorce fracassant

Son goût assumé pour les jeunes et jolies femmes, dont des call-girls, finit par lui valoir au printemps 2009 une fracassante demande de divorce de la part de sa seconde épouse, excédée par ses écarts.

Et aussi un procès pour prostitution de mineure et abus de pouvoir pour avoir fait libérer, en automne 2010, la jeune Marocaine «Ruby», accusée de vol et qui avait participé chez lui à des fêtes torrides baptisées «bunga-bunga».

Ces scandales au parfum sulfureux contribuent à altérer l'image du Cavaliere, qui apparaît de plus dépassé et déconnecté de son époque: entouré de courtisans, il ne semble pas réaliser que ses plaisanteries sexistes ou homophobes ne font plus rire.

Cinq enfants

Père de cinq enfants issus de deux mariages et plusieurs fois grand-père, Berlusconi continue à multiplier les conquêtes, qui s'épanchent à tout va dans les revues à scandales de la péninsule.

Cette posture de Don Juan sur le retour a fini par lasser, tout comme ses gaffes à répétition ridiculisant l'Italie, des déclarations sur Barack Obama, «jeune, beau et même bronzé» à la photo de 2002 le montrant, hilare, faisant des cornes dans le dos du chef de la diplomatie espagnole, Josep Piqué.

Un comportement paradoxal pour un homme d'affaires qui a bâti son empire et sa carrière politique précisément sur la connivence avec le public. Mais le verdict est sans appel: la popularité de l'ex-chouchou des sondages s'est effondrée à 22%.

Une chute à la mesure des passions extrêmes que ce personnage hors du commun déchaîne chez ses compatriotes, de l'adulation inconditionnelle à la haine viscérale: en décembre 2009, un déséquilibré lui jette une reproduction miniature de la cathédrale de Milan en plein visage, lui fracturant le nez et deux dents.

Une énième épreuve pour cet hyperactif dormant peu qui a été victime d'un malaise en novembre 2006 et s'est fait poser un stimulateur cardiaque aux Etats-Unis. Eprouvé par son rythme de vie effréné, il a souvent été immortalisé par les photographes en train de somnoler sur les bancs du Parlement.

Toutefois, Silvio Berlusconi ne se voit pas en retraité: «Peut-être que je donnerai un coup de main dans les campagnes électorales, j'ai toujours été très bon à ça», a-t-il confié cette semaine. La saga Berlusconi est encore loin d'être terminée.

(afp)

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