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40 ans de l'alunissage
13 juillet 2009 14:33; Act: 13.07.2009 14:45 Print
La voile solaire suisse installée avant le drapeau américain
La Suisse était aussi de la partie sur la lune il y a quarante ans. Des physiciens de l'Université de Berne y ont mené une des rares expériences scientifiques autorisées par la NASA lors de la mission Apollo 11.
Une simple feuille d'aluminium a ainsi connu son heure de gloire devant les téléspectateurs du monde entier. Elle avait été confiée aux astronautes américains par l'équipe de Johannes Geiss, alors directeur de l'Institut de physique de l'Université de Berne, afin de collecter des particules transportées par le vent solaire.
La feuille d'aluminium (à gauche) était conçue pour collecter des particules transportées par le vent solaire.(photo: Keystone)
Les roches prélevées ont montré comment la lune s'est formée
Avec les missions Apollo, la NASA voulait aussi apporter une réponse à la question de la formation de la lune. Les roches prélevées, dont certaines ont été analysées en Suisse, ont montré que l'astre était issu d'une collision entre un corps céleste et la terre.
L'équipe de chercheurs de Johannes Geiss, de l'Université de Berne, faisait partie d'un réseau international chargé d'analyser les échantillons de roches et de sable lunaires. L'équipe bernoise a en particulier pu définir l'âge des formations géologiques et des cratères grâce aux analyses des isotopes.
La rocaille ramenée par Apollo 11 constituait les premiers échantillons en provenance de la lune, explique M. Geiss. A cette époque, aucune météorite lunaire n'avait encore été trouvée. Au total, les cinq missions Apollo ont ramené 382 kilos de roches et de sable.
Leur analyse a permis de montrer que la lune était née de manière spectaculaire. Un corps céleste de la taille de mars aurait percuté la terre, projetant dans l'espace du matériel qui s'y est aggloméré pour former la lune.
Sa surface a d'abord été recouverte d'un océan de magma qui en refroidissant s'est transformé en une croûte et un manteau, un peu comme sur la terre. La lune a encore été active géologiquement pendant deux milliards d'années. Ensuite, sa surface n'a été modifiée que par des chutes occasionnelles de météorites.
Quelques échantillons de sa surface se trouvent toujours à Berne, dans des coffres. Les consignes de la NASA sont sévères, note M.Geiss. Les instituts participants peuvent conserver les pierres aussi longtemps qu'ils en ont besoin pour leurs analyses mais elles doivent ensuite être retournées, avec des quittances pour chaque microgramme prélevé.
Une fois que Neil Armstrong et Edwin Aldrin eurent fait leurs premiers pas sur la lune et installé une antenne de télévision, des millions de téléspectateurs ont pu voir en direct le second planter la fameuse voile solaire suisse dans le sol lunaire. Ce n'est qu'ensuite que les deux astronautes hissèrent le drapeau américain.
Pas prévue sur le premier vol
M. Geiss, 82 ans et toujours actif au sein de l'International Space Science Institute (ISSI) à Berne, se souvient parfaitement des évènements qui ont permis à la petite Suisse de participer à cette première historique. C'est en 1965 que lui et ses collègues ont soumis à la NASA leur proposition de recherches sur le vent solaire, a-t-il expliqué à l'ATS.
A cette époque, on en savait peu sur ces particules chargées s'écoulant dans l'univers en provenance du soleil. Ce n'est qu'au début des années 1960 que les sondes spatiales ont pu prouver l'existence du vent solaire de manière expérimentale. Le champ magnétique terrestre empêche en effet la majeure partie de cette pluie de particules d'arriver jusqu'à notre planète.
Une seule sortie
»Les responsables de la NASA ont décidé que les astronautes n'effectueraient qu'une sortie sur la lune au lieu de deux», explique le physicien. Cela a rendu impossibles de nombreuses expériences prévues. Mais M. Geiss en a profité pour expliquer à la NASA que la sienne pourrait apporter des résultats importants même avec une durée d'exposition d'une à deux heures.
Ce séjour raccourci a eu pour conséquence de mettre la voile suisse en concurrence avec le drapeau américain. Car il fallait à l'évidence que la feuille d'aluminium soit déployée le plus longtemps possible. Finalement, «Houston» a donné la préséance à la science sur la bannière étoilée.
Pour l'expérience, cette décision s'est avérée très importante. Car Armstrong et Aldrin ont connu des problèmes au moment d'installer le mât du «Stars and Stripes». Si la banderole suisse avait été déroulée ensuite seulement, un temps considérable aurait été perdu. Au final, la feuille a recueilli des particules durant 77 minutes.
Quatre autres missions
L'expérience, qui a été renouvelée lors de quatre autres missions Apollo, a été un grand succès scientifique. Il s'est ainsi avéré que le vent solaire atteignait effectivement la lune. «Auparavant, ce n'était pas du tout clair», note M. Geiss.
Pour la première fois également des authentiques matériaux solaires ont été ramenés sur la terre et analysés dans des laboratoires à Zurich et Berne. Les chercheurs ont pu acquérir de nouvelles connaissances, non pas seulement sur le soleil et son évolution depuis des milliards d'années, mais également en astrophysique et en cosmologie.
Les données ont en outre permis de calculer pour la première fois combien il y a de matière ordinaire dans l'univers: un seul atome pour six mètres cubes d'espace. Cet ordre de grandeur est encore valable actuellement.
(ats)
























