Egypte

09 février 2012 11:39; Act: 10.02.2012 16:47 Print

L'ère post-Moubarak cherche sa voieL'ère post-Moubarak cherche sa voie

Un an après la chute Hosni Moubarak, l'ex-président est au tribunal, mais l'Egypte cherche sa voie entre militaires contestés, islamistes triomphants et «révolutionnaires» toujours mobilisés.

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Le 11 février 2011 Hosni Moubarak tombait, provoquant une explosion de joie place Tahrir. Dans la foulée du soulèvement en Tunisie, 18 jours de manifestations massives auront suffi pour mettre un terme à 30 ans d'un règne sans partage. Dans un bref message télévisé, le vice- président Omar Souleimane annonçait que le raïs remettait ses pouvoirs à un collège de généraux.

Pour le président américain Barack Obama, l'Egypte «ne sera plus jamais la même». Le cybermilitant Waël Ghonim exulte sur twitter: «Le criminel a quitté le palais!»

L'armée promet dans l'enthousiasme de respecter les «demandes légitimes» du peuple et de mettre le pays sur les rails de la démocratie, les partis fleurissent dans une atmosphère de fierté nationale retrouvée.

Les laïcs grands perdants

Fascinés, les Egyptiens suivent par millions à la télévision la première comparution en août devant un tribunal de l'ancien autocrate, 83 ans, allongé sur une civière, accompagné de ses deux fils, Alaa et Gamal.

En novembre, le pays se rend en masse aux urnes pour élire ses députés, après des décennies d'élections acquises d'avance au parti présidentiel.

Les ennemis jurés de M. Moubarak, les Frères musulmans, en sortent vainqueurs avec près de la moitié des élus. Ils règnent aujourd'hui sur l'Assemblée mais au côté de rivaux surprise, les fondamentalistes salafistes, qui ont engrangé près de 25% des sièges.

Le camp laïque - libéral ou de gauche - fait, lui, figure de grand perdant.

L'euphorie est retombée

«Le système a sacrifié Moubarak pour pouvoir se maintenir», au risque de voir les islamistes prendre aujourd'hui l'avantage, estime Rabab al-Mahdi, professeur de sciences politiques à l'Université américaine du Caire.

«Mais sous la pression des manifestants il y a aussi eu des concessions: des procès se tiennent et des changements de gouvernement ont eu lieu, une date limite (fin juin) a été fixée pour une présidentielle, et la loi sur l'état d'urgence a été partiellement levée», ajoute-t-elle.

«L'objectif de l'armée était d'éviter d'avoir à donner le pouvoir aux islamistes. Mais aujourd'hui l'évolution politique pourrait bien se jouer sur la base d'un compromis entre militaires et Frères musulmans», estime un diplomate occidental sous couvert de l'anonymat.

Dans la rue, l'euphorie est largement retombée. L'économie est en panne. Les touristes, comme les investisseurs, se font rares. Les réserves de la Banque centrale s'épuisent, laissant craindre pour le maintien du coûteux système de subventions aux produits de base - pain, essence, gaz domestique etc -.

Longtemps réticent, le pouvoir a finalement repris le chemin du Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt de 3,2 milliards dollars.

La tête de Tantaoui réclamée

Les «révolutionnaires» retournent aujourd'hui leur colère contre le pouvoir militaire accusé de perpétuer l'ancien régime et de vouloir maintenir les privilèges de l'armée.

Les militaires qui s'honoraient de ne pas avoir ouvert le feu sur la foule pour protéger Hosni Moubarak ont perdu beaucoup de leur aura avec la répression meurtrière de manifestations ces derniers mois.

Et les manifestants qui réclamaient hier le départ de M. Moubarak demandent aujourd'hui la tête du chef du Conseil suprême des forces armées, le maréchal Hussein Tantaoui.

La police, honnie sous M. Moubarak, ne fait pas mieux: sa passivité lors des affrontements après un match de football à Port- Saïd (nord) le 1er février - 74 morts - a terni davantage sa réputation.

Les chrétiens coptes (6 à 10% de la population) observent eux avec anxiété l'évolution du pays. Deux églises ont brûlé en mai au Caire et une manifestation de cette communauté a été durement réprimée en octobre.

Pour célébrer la chute de M. Moubarak, des organisations d'étudiants et de jeunes militants pro-démocratie ont lancé pour samedi des mots d'ordre rappelant ceux de 2011 à la même époque: appels à la grève et à la désobéissance civile. L'armée a annoncé mercredi qu'elle allait se déployer à travers le pays pour assurer la sécurité.

(ats)

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