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Egypte
09 février 2012 11:39; Act: 10.02.2012 16:47 Print
L'ère post-Moubarak cherche sa voie
Un an après la chute Hosni Moubarak, l'ex-président est au tribunal, mais l'Egypte cherche sa voie entre militaires contestés, islamistes triomphants et «révolutionnaires» toujours mobilisés.
Le 11 février 2011 Hosni Moubarak tombait, provoquant une explosion de joie place Tahrir. Dans la foulée du soulèvement en Tunisie, 18 jours de manifestations massives auront suffi pour mettre un terme à 30 ans d'un règne sans partage. Dans un bref message télévisé, le vice- président Omar Souleimane annonçait que le raïs remettait ses pouvoirs à un collège de généraux.
Diaporama Violences entre supporteurs en EgypteRegain de violence en Egypte L'Egypte post-Moubarak face à une grave crise économiqueLa dégradation de l'économie égyptienne constitue, un an après la chute de Hosni Moubarak, une lourde menace pour la transition dans le pays le plus peuplé du monde arabe, estiment des économistes.
Avec un taux de croissance estimé autour de 1% à 2%, contre 5 à 7% autrefois, le gouvernement attend du Fonds monétaire international et d'autres bailleurs une aide jugée cruciale pour éviter une explosion sociale.
«Un an après la révolution, l'économie est dans un état anarchique, hors de contrôle», estime Salah Goda, directeur du Centre de recherches économiques du Caire. Les recettes du secteur vital du tourisme ont accusé en 2011 une baisse de 30%, soit un manque à gagner de 4 milliards de dollars, selon des statistiques officielles, jugées par nombre d'opérateurs très en-deçà de la réalité.
Régulièrement dégradée par les agences de notation -la note de Standard & Poor's est passée de B à B vendredi- l'Egypte, au marché intérieur de plus de 82 millions d'habitants, ne fait plus rêver les investisseurs.
Au coeur des inquiétudes, la fonte des réserves en devises de la Banque centrale, qui sont passées de 36 milliards de dollars en janvier 2011 à 16,3 milliards un an plus tard.
Une diminution qui, cumulée avec un déficit budgétaire de 8,7% du PIB --mais en réalité au delà de 10% selon certains économistes-- laisse craindre que le pays ne puisse plus payer ses importations ni maintenir son coûteux système de subventions aux produits de base.
Un dispositif qui permet de garder des prix très bas pour l'essence, le pain ou le gaz domestique, et d'éviter une explosion sociale dans un pays où 40% de la population vit avec deux dollars ou moins par jour. Les nostalgiques de Moubarak ne se résignent pas à sa chute
Pour eux, sa chute fut un choc et son procès une humiliation. Un an après sa démission, les nostalgiques de Hosni Moubarak regrettent toujours l'ancien président égyptien et observent avec amertume les bouleversements politiques dans un pays qu'ils disent ne plus reconnaître.
Leur nombre est difficile à évaluer. Certains se sont auto- proclamés «les enfants de Moubarak» sur les réseaux sociaux, d'autres sont plus discrets mais ne cachent pas que l'ancien raïs leur manque.
Pour Souad Abdel Nabi, une Cairote de 33 ans, c'est l'argument affectif qui prévaut.
«C'est le seul président que j'aie connu. J'ai grandi en le considérant comme un père et oui, je le regrette beaucoup», affirme- t-elle à l'AFP. «On le voyait à la télé parler à tout le monde à l'occasion des fêtes, y compris les paysans. Pour moi c'était quelqu'un de bien».
La jeune femme dit s'être «effondrée» lorsqu'elle a vu l'ancien chef d'Etat âgé de 83 ans devant un tribunal, couché sur une civière.
«Comment a-t-on pu en arriver là? Ca m'a fait beaucoup de peine et je me fâche quand j'entends les gens dire qu'il fait semblant, alors que ça ne lui ressemble tellement pas», soutient l'Egyptienne, qui se plaint de l'insécurité, un sentiment nouveau pour la population, et des manifestations.
Pour le président américain Barack Obama, l'Egypte «ne sera plus jamais la même». Le cybermilitant Waël Ghonim exulte sur twitter: «Le criminel a quitté le palais!»
L'armée promet dans l'enthousiasme de respecter les «demandes légitimes» du peuple et de mettre le pays sur les rails de la démocratie, les partis fleurissent dans une atmosphère de fierté nationale retrouvée.
Les laïcs grands perdants
Fascinés, les Egyptiens suivent par millions à la télévision la première comparution en août devant un tribunal de l'ancien autocrate, 83 ans, allongé sur une civière, accompagné de ses deux fils, Alaa et Gamal.
En novembre, le pays se rend en masse aux urnes pour élire ses députés, après des décennies d'élections acquises d'avance au parti présidentiel.
Les ennemis jurés de M. Moubarak, les Frères musulmans, en sortent vainqueurs avec près de la moitié des élus. Ils règnent aujourd'hui sur l'Assemblée mais au côté de rivaux surprise, les fondamentalistes salafistes, qui ont engrangé près de 25% des sièges.
Le camp laïque - libéral ou de gauche - fait, lui, figure de grand perdant.
L'euphorie est retombée
«Le système a sacrifié Moubarak pour pouvoir se maintenir», au risque de voir les islamistes prendre aujourd'hui l'avantage, estime Rabab al-Mahdi, professeur de sciences politiques à l'Université américaine du Caire.
«Mais sous la pression des manifestants il y a aussi eu des concessions: des procès se tiennent et des changements de gouvernement ont eu lieu, une date limite (fin juin) a été fixée pour une présidentielle, et la loi sur l'état d'urgence a été partiellement levée», ajoute-t-elle.
«L'objectif de l'armée était d'éviter d'avoir à donner le pouvoir aux islamistes. Mais aujourd'hui l'évolution politique pourrait bien se jouer sur la base d'un compromis entre militaires et Frères musulmans», estime un diplomate occidental sous couvert de l'anonymat.
Dans la rue, l'euphorie est largement retombée. L'économie est en panne. Les touristes, comme les investisseurs, se font rares. Les réserves de la Banque centrale s'épuisent, laissant craindre pour le maintien du coûteux système de subventions aux produits de base - pain, essence, gaz domestique etc -.
Longtemps réticent, le pouvoir a finalement repris le chemin du Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt de 3,2 milliards dollars.
La tête de Tantaoui réclamée
Les «révolutionnaires» retournent aujourd'hui leur colère contre le pouvoir militaire accusé de perpétuer l'ancien régime et de vouloir maintenir les privilèges de l'armée.
Les militaires qui s'honoraient de ne pas avoir ouvert le feu sur la foule pour protéger Hosni Moubarak ont perdu beaucoup de leur aura avec la répression meurtrière de manifestations ces derniers mois.
Et les manifestants qui réclamaient hier le départ de M. Moubarak demandent aujourd'hui la tête du chef du Conseil suprême des forces armées, le maréchal Hussein Tantaoui.
La police, honnie sous M. Moubarak, ne fait pas mieux: sa passivité lors des affrontements après un match de football à Port- Saïd (nord) le 1er février - 74 morts - a terni davantage sa réputation.
Les chrétiens coptes (6 à 10% de la population) observent eux avec anxiété l'évolution du pays. Deux églises ont brûlé en mai au Caire et une manifestation de cette communauté a été durement réprimée en octobre.
Pour célébrer la chute de M. Moubarak, des organisations d'étudiants et de jeunes militants pro-démocratie ont lancé pour samedi des mots d'ordre rappelant ceux de 2011 à la même époque: appels à la grève et à la désobéissance civile. L'armée a annoncé mercredi qu'elle allait se déployer à travers le pays pour assurer la sécurité.
(ats)






















