Affaire Skander Vogt

09 janvier 2014 11:10; Act: 09.01.2014 17:26 Print

Un condamné et huit acquittés

Le verdict dans l'affaire Skander Vogt est tombé jeudi après-midi: huit prévenus sur neuf ont été acquittés. Seul le surveillant sous-chef a écopé de 60 jours-amende à 50 francs avec sursis.

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Un collectif a organisé une manifestation jeudi 9 janvier 2014 devant le tribunal cantonal vaudois où doit être lu le verdict dans l'affaire Skander Vogt. Dans la nuit du 10 au 11 mars 2010, le corps sans vie de Skander Vogt est extrait d'une cellule du quartier de haute sécurité de la prison de Bochuz (VD). L'émission «Zone d'ombre» de la TSR revient sur cette nuit tragique en proposant notamment des images des caméras de la prison. A 0h53, Skander Vogt met le feu à des textiles dans sa cellule afin de protester contre le refus de la direction de lui fournir une radio. A 1h05, après avoir ouverts une première porte de sécurité, deux gardiens utilisent une lance à eau pour éteindre le feu à travers les grilles d'une deuxième porte. Cette manoeuvre provoque une «fumée opaque et toxique qui envahit le couloir». La RTS propose aussi des extraits des conversations entre la prison et la gendarmerie vaudoise afin d'expliquer la lenteur des secours. Présents sur place, des ambulanciers patientent en attendant les policiers d'élite du canton (DARD), le détenu étant considéré comme dangereux. Skander Vogt est inconscient et toujours dans sa cellule plus d'une heure après avoir provoqué un incendie. A 2h31, les ambulanciers, un médecin urgentiste patientent toujours dans le couloir devant la cellule de Skander Vogt. Vers 2h35, la directrice de piquet ordonne aux gardiens de rentrer dans la cellule pour faire sortir Skander Vogt. Craignant que le détenu ne simule un évanouissement, les gardiens prennent encore quelques minutes pour s'équiper de boucliers de protection et de casques. Il est alors 2h44 quand le corps de Skander Vogt est sorti de sa cellule. soit 1 heure et 51 minutes après le début de l'incendie. Malgré les efforts des ambulanciers et du médecin, Skander Vogt ne pourra pas être réanimé... Dans son reportage, la RTS revient sur le parcours de Skander Vogt. Celui-ci est né le 6 mars 1980 en Tunisie dans une famille aisée. Son père est Suisse. Il est ingénieur en mécanique. Sa mère est Tunisienne. Elle est cadre supérieur dans une banque. Skander a une soeur, Senda, qui a 4 ans de plus que lui. Le futur s'annonce prometteur pour Skander, relève la RTS. Le malheur frappe toutefois les enfants deux fois lorsque Skander a 3 ans. Leur mère meurt d'une leucémie. Leur père les abandonne... Les enfants sont confiés à des parents proches avant de partir en Suisse.

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Le Tribunal du Nord vaudois a condamné jeudi un surveillant sous-chef à une peine pécuniaire avec sursis pendant deux ans. Il a été reconnu coupable d'avoir mis en danger la vie du détenu Skander Vogt, mort asphyxié dans sa cellule de la prison de Bochuz (VD). Les huit autres prévenus ont été acquittés.

Le cadre de service durant la soirée du 10 au 11 mars 2010 a écopé de 60 jours-amende à 50 francs avec sursis pendant deux ans, comme l'avait requis le procureur. Il a été condamné pour tentative d'exposition, soit la mise en danger de mort de quelqu'un.

Pas à la hauteur

«Sa culpabilité ne saurait être minimisée», a déclaré la présidente du tribunal lors de la lecture du jugement à Renens. «Il n'a pas été à la hauteur et n'a pas réagi de manière adéquate aux signaux d'alerte».

Son attitude a dénoté de nombreux manquements. Le tribunal lui reproche essentiellement d'avoir découragé les deux autres gardiens qui, s'étant rendu compte que les chances de survie du prisonnier s'amenuisaient et que les possibilités de simulation n'étaient plus guère vraisemblables, voulaient entrer dans la cellule.

«Au mépris du bon sens», le cadre s'est contenté de se réfugier derrière l'application d'une directive rigide qui exige la présence du Groupement d'intervention de la police (DARD) pour déplacer un prisonnier. «Un simple coup de fil à la directrice de piquet aurait permis de débloquer la situation», a poursuivi la présidente.

Attitude menaçante

A sa décharge, le surveillant sous-chef s'est retrouvé à gérer «une situation particulièrement stressante», alors que les menaces de Skander Vogt, qui avait bouté le feu à son matelas, laissaient présager le pire. Enfin l'impact de cette nuit sur la vie du prévenu lui a causé de «grandes souffrances», ainsi qu'à son entourage.

Les huit autres accusés ont été acquittés. Le personnel médical a été mis hors de cause. «Il a eu une attitude adéquate et professionnelle». Et la directrice de piquet ne disposait pas d'éléments d'information suffisants.

De bonne foi

Les deux gardiens contre lesquels le parquet avait requis une condamnation ont été libérés de toute charge. Ayant compris la situation, ils ne se sont pas accommodés de l'issue fatale. Ces agents ont proposé à leur supérieur d'ouvrir la cellule, ce que ce dernier a refusé, a relevé la Cour.

«On ne peut leur reprocher de ne pas avoir insisté davantage. Ils partaient de bonne foi du principe que leur chef suivait la situation et qu'il interviendrait tôt ou tard».

Des carences flagrantes

Le tribunal a eu des mots durs pour fustiger le système pénitentiaire, et le quartier de haute sécurité de Bochuz en particulier. Cette division servait de «dépôt à des détenus dont on ne savait que faire», a relevé la présidente qui a souligné «les graves carences» dans la formation des gardiens à l'époque.

La Cour s'est dite «consternée» par l'absence de formation et d'équipement adéquats pour faire face aux feux de cellule. Les matelas étaient de véritables «bombes à combustion» et tant les agents de détention que le personnel médical l'ignoraient.

Responsabilité reconnue

Avocat de la soeur de Skander Vogt, Nicolas Mattenberger, qui avait demandé l'homicide par négligence contre le cadre et trois gardiens estime positif le fait qu'il y ait «eu une condamnation et qu'on reconnaisse une responsabilité». Il décidera ultérieurement s'il fera appel ou non. Le Ministère public s'est dit satisfait de ce jugement nuancé.

(20 minutes/ats)

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