Rio Tinto

20 mars 2010 09:56; Act: 20.03.2010 10:07 Print

Le procès s'ouvre sous haute surveillanceLe procès s'ouvre sous haute surveillance

Bien que partiellement à huis clos, le procès qui s'ouvre lundi à Shanghai de quatre employés du géant minier Rio Tinto sera suivi de près par le monde diplomatique et les hommes d'affaires étrangers, soucieux de voir si la Chine tient ses promesses de justice transparente.

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(photo: Keystone)

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Pendant trois jours, Stern Hu, un Australien qui dirige le bureau de Rio Tinto à Shanghai, et trois de ses collaborateurs chinois vont être jugés pour espionnage industriel et corruption par un tribunal de la métropole de l'est de la Chine.

Les audiences consacrées aux accusations de corruption seront ouvertes au public mais pas la partie ayant trait aux secrets commerciaux qu'ils auraient obtenus par des moyens illégitimes, au grand dam des autorités australiennes, intervenues auprès du gouvernement chinois pour que leurs responsables consulaires puissent assister à l'ensemble des débats.

Jeudi, le Premier ministre australien Kevin Rudd a averti que «le monde observerait» cette affaire hautement sensible, qui a tendu les relations sino-australiennes mais aussi jeté un grand froid chez les entreprises étrangères présentes en Chine.
Le procès va effectivement «être vu comme une mise à l'épreuve du jeune système légal chinois», a commenté Joerg Wuttke, président de la Chambre de Commerce de l'Union Européenne en Chine. «La transparence, c'est important», a-t-il ajouté.

Les employés de Rio Tinto ont été interpellés en juillet, alors que les sidérurgistes chinois menaient d'âpres négociations sur le prix du minerai de fer avec des géants miniers étrangers, dont Rio Tinto. Les négociations avaient finalement capoté.
Leur procès se tient alors que le même processus de discussions annuelles, s'annonçant encore une fois très difficiles, est en route.
Il va aussi coïncider avec la présence à Pékin du patron du groupe anglo-australien Tom Albanese, qui participe à un forum économique fermé à la presse internationale, dans l'enceinte d'accueil des hôtes officiels de la Chine.

Chaque année, aux alentours du printemps, les sidérurgistes asiatiques négocient avec les groupes miniers, principalement Vale, Rio Tinto et BHP Billiton, le prix du minerai de fer, matière première de l'acier.
Pour la juriste Ann Kent de l'Université nationale d'Australie, la concomitance est frappante: «Cela semble une coïncidence extraordinaire».
«Cela suggère peut-être un 'donnant-donnant': on pourrait laisser vos responsables s'en tirer (avec une légère peine) si vous nous donnez ce que nous voulons».

En attendant, Canberra marche sur une corde raide entre pressions et diplomatie, peu enclin à s'aliéner un important partenaire commercial, gros acheteur de ses ressources naturelles.
Pour sa part, Pékin ne voit pas matière à «politiser» ce dossier: «Les droits et intérêts des personnes impliquées seront pleinement respectés», a assuré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Qin Gang.
Initialement, ces quatre personnes avaient fait l'objet de la grave accusation de vols de secrets d'Etat. Mais les charges ont été réduites en «vol de secrets commerciaux», au soulagement de Rio Tinto, qui a affirmé ne pas être au courant d'éventuels délits commis par ses employés.

Ces derniers sont aussi accusés d'«avoir usé de leur position pour obtenir des bénéfices pour des tiers et d'avoir sollicité ou accepté à plusieurs reprises des pots-de-vin», selon l'agence officielle Chine Nouvelle.

Selon le site internet de la Cour suprême, la première accusation peut se traduire par au moins trois ans de prison en cas de lourdes pertes et la deuxième par au moins cinq ans pour des dossiers importants.

(afp)