Suisse

26 septembre 2016 09:02; Act: 27.09.2016 09:24 Print

La place financière dope le changement climatique

Les investissements de certaines assurances ou caisses de pension helvétiques favorisent un réchauffement de six degrés. Des activistes veulent que les choses changent.

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Lors de la Conférence de Paris sur le climat, l’année passée, les États membres de l’ONU ont décidé de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré par rapport à l'ère préindustrielle. Les flux financiers internationaux jouent un rôle central dans la réalisation de ce noble objectif. En effet, la mesure dans laquelle les grands investisseurs – banques, assurances ou caisses de pension – investissent leurs fonds de clientèle dans des branches comme l’extraction de pétrole, de gaz et de charbon influe sur les émissions de CO2 et le changement climatique.

Sécheresses dévastatrices

L’étude intitulée «Risque carbone pour la place financière Suisse», publiée l’an dernier, montre le rôle joué à cet égard par la place financière helvétique. Conclusion: avec ses investissements, la place financière suisse favorise un réchauffement planétaire de quatre à six degrés. Les climatologues s’attendent à une hausse de la température de plus de quatre degrés, avec des conséquences notables: villes côtières inondées, sécheresses dévastatrices, conditions météorologiques extrêmes plus fréquentes.

Selon les experts, un changement de cap est toutefois encore envisageable: «Un retrait des secteurs à fort taux d’émission ou un déplacement vers des entreprises du même secteur plus respectueuses du climat serait possible sans conséquences majeures sur le risque et la diversification», affirme Oliver Oehri, l’un des auteurs de l’étude et expert en investissements durables. Selon ses calculs, la seule réallocation des placements dans le secteur gazier et pétrolier au profit d’«entreprises moins polluantes» permettrait de réduire l’empreinte carbonique de la place financière suisse de 30% au total. «Pour l’objectif 1,5 degré, cela ne suffit pas encore, mais c’est un début.»

Le rendement diminuerait de 40%

L’étude a aussi calculé combien coûteraient – pour/à la place financière suisse – les investissements dans des entreprises produisant beaucoup de gaz à effet de serre si les États atteignaient un jour leurs objectifs climatiques grâce à une taxe sur les émissions de CO2 . Les détenteurs de fonds en actions et les membres des caisses de pension devraient alors injecter 6,75 milliards de francs. «Dans le pire des scénarios, le rendement en cas d’éclatement de ce que l’on appelle la «bulle de carbone» pourrait même diminuer de 40%», affirme Oliver Oehri.

Un petit nombre d’acteurs suisses ont identifié le problème. «En retirant les investissements dans des entreprises qui sont responsables d’un rejet massif de CO2, nous pouvons contribuer à la protection du climat», affirme Benjamin Huber, responsable de la gestion environnementale d’Axa Winterthur. Dans le monde entier, le groupe d’assurances a donc décidé de céder ses investissements dans les entreprises qui génèrent plus de la moitié de leurs revenus par le commerce du charbon . Cela représente un désinvestissement de quelque 500 millions d’euros. Axa gère des fonds pour un montant total de 500 milliards d’euros.

«La Suède et la France ont trois longueurs d’avance»

Dans d’autres pays, le «volontariat» et les bonnes intentions ne suffisent plus: à partir de l’année prochaine, dans l’UE, les entreprises cotées en Bourse comptant plus de 500 collaborateurs devront indiquer l’empreinte carbonique de leurs placements dans le rapport de gestion. En France, l’État obligera les caisses de pension et les assurances à divulguer l’empreinte écologique de leurs investissements dès 2017. La Suisse est encore un peu à la traîne. Certes, les entreprises suisses ont elles aussi signé le «Montreal Carbon Pledge», initiative en faveur de la divulgation des investissements dans des secteurs à (forte) émission de CO2, mais «les entreprises suédoises et françaises ont trois bonnes longueurs d’avance en la matière», affirme Oliver Oehri.

Les activistes du mouvement Fossil Free Suisse veulent faire pression. «Se contenter de publier l’empreinte écologique des investissements ne suffit pas», affirme sa porte-parole, la climatologue Jessica Kind. Pour éviter une débâcle financière en cas d’effondrement de la bulle de carbone, la place financière suisse doit se repositionner de façon radicale. Et, si nécessaire, il faudrait se doter d’une réglementation adéquate émanant de l’État. «Le Gouvernement fédéral pourrait, aujourd’hui déjà, décréter l’introduction d’une taxe modérée sur les placements dans des entreprises générant beaucoup de CO2, afin que les acteurs financiers que sont les assurances et les caisses de pension y renoncent», affirme Jessica Kind. La Suisse, qui abrite l’une des plus grandes places financières du monde, doit ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine des investissements respectueux du climat.

Y a-t-il suffisamment de possibilités d’investissements durables?

L’éco-conseiller Oliver Oehri prône quant à lui des solutions pragmatiques: «Si seuls les investissements dans des entreprises à faible taux d’émission étaient encore autorisés, il ne resterait dans le secteur de l’automobile probablement plus que les actions de Tesla. C’est un exemple parmi d’autres.» Vu que les investisseurs se remettraient à craindre la concentration des risques, les prescriptions étatiques ne constituent pas une option viable. Jessica Kind reste pour sa part fidèle à l’idée suivante: «Le retrait des investissements fossiles ouvrirait la voie à de nouveaux marchés porteurs d’avenir: installations solaires et éoliennes, géothermie, ou encore agriculture biologique.»

Oliver Oehri plaide plutôt pour la transparence et le marché libre: «Avec les nouvelles possibilités offertes par l’analyse des données, nous pouvons aujourd’hui déterminer en très peu de temps le bilan CO2 des investissements pour l’ensemble de l’activité commerciale.» Au cas où l’on aurait besoin de réglementations allant dans le sens d’une plus grande transparence, ces directives devraient alors être valables, toujours selon Oliver Oehri, pour toutes les sociétés financières. «Ensuite, les clients pourraient décider s’ils veulent encore placer leur argent dans les coffres de celles-ci.»

(pam)

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Les commentaires les plus populaires

  • Patrick le 26.09.2016 16:18 Report dénoncer ce commentaire

    La Banque Suisse

    Que penser de la Banque Nationale Suisse qui investi lourdement dans le pétrole de schiste aux USA? Peut-être que nous pourrions déjà commencer par là, vu que la banque appartient aux cantons?

  • Yan Razz le 26.09.2016 12:07 Report dénoncer ce commentaire

    La tête dans le sable...

    Un gros bisous à tous ceux d'entre vous qui ont voté NON hier à économie verte, bercés par les sornettes d'économie suisse qui vous a bien mystifié avec ces multinationales suisses qui seraient déjà des modèles. Pour les prochains scrutins essayons de creuser encore un peu plus le trou dans lequel nous nous enfonçons chaque jour un peu plus.

  • Alain Deloin le 26.09.2016 10:10 Report dénoncer ce commentaire

    Et alors??

    Hier, les Suisses ont rejeté largement la protection de notre planète.. Nous nous sommes offert le droit de ne rien changer. Et tant pis pour nos enfants. Alors, laissons nos banquiers continuer à s'en mettre pleins les poches et préparons nous aux 6 degrés. La démocratie à parlé!

Les derniers commentaires

  • Climatosceptique le 30.09.2016 11:50 Report dénoncer ce commentaire

    La fausse religion réchauffiste...

    Assez de balivernes ! les variations climatiques sont naturelles, des cycles en grande partie due à l'activité solaire, pas à la production de CO2 anthropique.

    • Bruno Bonnaz le 30.09.2016 20:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Climatosceptique

      Pour le réchauffement... admettons...mais pour le reste...genre la pollution CO2 l'utilisation exagérée de produits chimiques, d'organismes génétiquement modifiés, la surconsommation...surexploitation, etc...vous admettrez qu'on est déjà au top niveau...

  • Franz le 29.09.2016 13:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Délire

    Si le délire continue, on va bientôt tous nous équiper d'un flatulomètre pour taxer nos émissions. Alors boycottez le cassoulet et les choux ou exercez-vous à péter en cachette!

  • Bruno Bonnaz le 29.09.2016 06:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L'équilibre

    AXA ne gère que 500 milliards d'Euro? Bon on se rassure...il y a encore une bonne cinquantaine de compagnies d'asssurances en Suisse, sans compter l'AVS! Espérons qu'elles s'en sortent...avec si peu de moyens...arrêtons de geindre, payons nos primes avec le sourire...il faut être solidaire en ces périodes difficiles... Et puis...elles encouragent les pollutions ailleurs...chez nous cela reste bien propret... Heureusement que personne ne pense à taxer les mouvements d'argent des fonds de placement...cela serait indécent! Bon assez discuté...au boulot jusqu'à 65 et 67 ans, il faut aider!

  • Jean Luc le 29.09.2016 00:01 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et ?

    Et alors, vous voulez que vos rentes soient diminuées de 40%....4 a 6 degré de plus et on aura même plus besoin de chauffage ou de se déplacer dans les îles en hiver....

    • Marc M le 29.09.2016 19:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Jean Luc

      Vous avez oubliez le début de la phrase "si on taxait la pollution.. Alors les placements des pollueurs baisseraient jusqu'a 40%". Quand à la diminution des frais de chauffage, c'est exact mais on ne gagne que 7% par degré, les conséquences négatives sont bien pire. Une bonne isolation fait gagner bien plus sans effet secondaires négatifs.

  • shelby le 28.09.2016 17:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Aiguille dans 1 botte de paille

    Commancez déjà par exiger de la Chine, du Japon d arreter ou de mieux contrôler toute la pollution qu ils déversent dans l air, la terre, l eau.. le mal doit être pris a la racine... à côté de tout ces pays pollueurs la Suisse qui a une popullation tellement inférieur n est qu une aiguille dans une botte de paille... alors arrêter de profiter cette pollution venue principalement d ailleurs pour taxer davantage les occupants de notre pays !!! Que font ils eux, pour diminuer tout ce smog qui les envahies... ??? Notre pays est si petit par rapport aux autres, oui on peut faire mieux, mais seul à réagir autant péter dans un violon !!!

    • cause à effet le 29.09.2016 08:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @shelby

      Et l'appareil avec lequel vous postez votre commentaire il vient d'où d'après vous? Vous avez parfaitement raison il faut soigner le mal à la racine alors balancez don votre portable pour commencer...

    • Bruno Bonnaz le 29.09.2016 12:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @shelby

      La Suisse n'est pas une aiguille mais une poutre dans l'économie mondiale...ce qu'on ne peut pas faire chez nous...et bien on le fait justement à l'étranger...et après vous vous permettez juger les pays étrangers! Un peu comme le gars qui nettoie son allée de villa et pousse tout dans la rue et gueule que la rue...justement c'est sale et que la voirie ne fait pas son boulot...Suisse quoi!