Energy Challenge

08 août 2017 09:19; Act: 14.08.2017 08:53 Print

Les remontées mécaniques escroquées?

par Stephanie Sigrist - Un technicien travaillant sur une remontée mécanique a l’impression d’être traité injustement par la centrale électrique. Mais est-ce bien vrai? Dr. Energy attire notre attention sur un vide juridique.

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Afin de transporter une personne de Weggis à Rigi Kaltbad, le téléphérique doit vaincre près de 1000 mètres de dénivelé. Pour cela, il lui faut cependant à peine 0,3 kWh environ. Avec cette énergie, une personne pourrait passer l'aspirateur pendant un quart d'heure. Les remontées mécaniques utilisent de l'électricité pour acheminer les passagers au sommet d'une montagne. Mais, lorsqu'elle les redescend dans la vallée le soir, elle produit de l'électricité, comme dans une centrale, et la réinjecte dans le réseau. Comme les deux cabines sont reliées à un câble, les passagers qui descendent vers la vallée tirent ceux qui montent. Toutefois, une télécabine ne peut pas totalement fonctionner sans moteur électrique car elle doit surmonter la résistance due aux frottements au niveau de la propulsion et d'autres pièces de l'installation. Par ailleurs, selon la nacelle qui transporte le plus de passagers, le moteur électrique fonctionne en mode moteur ou générateur. Pour les trains à crémaillère, le principe de fonctionnement est le même, le câble en moins. Ainsi, la rame descendant dans la vallée envoie de l'électricité sur la caténaire et la rame ascendante la récupère à partir de la caténaire. C'est ce qui permet là aussi à la rame d'être véritablement tirée vers le haut. Pour que cela fonctionne, la propulsion de cette dernière doit être équipée dun moteur asynchrone et dun onduleur. Cela dit, sur les véhicules plus anciens, le système est différent: ces automotrices possèdent des résistances électriques sur le toit. De ce fait, l'électricité produite pendant la descente vers la vallée produit de la chaleur.

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Une faute?

«Je travaille comme technicien dans une entreprise d’exploitation de remontées mécaniques. Certaines de nos installations réinjectent dans le réseau l’électricité de freinage produite pendant la descente vers la vallée, mais notre centrale électrique ne nous rembourse pas cette électricité. En effet, le compteur électrique numérique affiche certes le quadrant, mais il ne déduit pas l’électricité réinjectée. Et lorsque l’on mentionne la loi sur l’injection d’électricité, l’exploitant de la centrale électrique nous refuse cette déduction, arguant qu’elle s’applique uniquement à l’énergie solaire, éolienne ou hydroélectrique. Est-ce bien normal? Nous réinjectons entre 5% et 10% de l’électricité consommée».
Willi, 56 ans, de Brienzwiler (BE)

Pendant la période des vacances, de nombreuses personnes voyagent dans des pays lointains, mais aussi dans notre beau pays. Et lorsque l’on passe ses vacances en Suisse, faire une excursion dans la montagne est incontournable. Pour cela, les vacanciers utilisent volontiers l’une de nos nombreuses remontées mécaniques. Afin d’acheminer les passagers en haut d’une montagne, la remontée mécanique utilise de l’électricité. Mais, lorsqu’elle les redescend dans la vallée le soir, elle produit de l’électricité, comme dans une centrale, et la réinjecte dans le réseau. Et, selon le type de remontée et sa technologie, la quantité d’énergie ainsi produite n’est pas insignifiante.

Que ce soit les téléphériques, les funiculaires, les trains à crémaillère ou les télécabines, il s’agit d’ailleurs de constater que les remontées mécaniques transportent leurs passagers avec très peu d’électricité et battent tous les autres moyens de transport (voiture, bus, avion, etc.) en termes d’efficacité. Voici un exemple en chiffres pour le démontrer: afin de transporter une personne de Weggis à Rigi Kaltbad, le funiculaire doit faire face à près de 1000 mètres de dénivelé. Pour cela, seul 0,3 kilowattheure environ lui est nécessaire. Avec cette énergie, une personne pourrait passer l’aspirateur pendant un quart d’heure. Et lorsque notre passionné de montagne redescend dans la vallée, la remontée mécanique libère à nouveau cette quantité d’énergie. Comme les deux nacelles sont reliées à un câble, les passagers qui descendent vers la vallée tirent en effet ceux qui montent.

Toutefois, un funiculaire ne peut pas totalement fonctionner sans moteur électrique, car il doit surmonter la résistance due aux frottements au niveau de la propulsion et d’autres pièces de l’installation. Selon la nacelle qui transporte le plus de passagers, le moteur électrique fonctionnera d’ailleurs en mode moteur ou générateur. Cela pour détailler la situation technique actuelle.

Les rames sont véritablement tirées vers le haut

Pour les trains à crémaillère, le principe de fonctionnement est le même, bien qu’il manque le câble. Ainsi, la rame descendant dans la vallée envoie de l’électricité sur la caténaire et la rame ascendante la récupère. Ce qui permet là aussi à la rame d’être véritablement tirée vers le haut. Pour que cela fonctionne, la propulsion de cette dernière doit être équipée d’un moteur asynchrone et d’un ondulateur. Cela dit, sur les véhicules plus anciens, le système est différent: ces automotrices possèdent des résistances électriques sur le toit. De ce fait, l’électricité produite pendant la descente vers la vallée chauffe. On le voit bien dans les stations de chemins de fer, où l’air vibre au-dessus du toit des automotrices à cause de la chaleur.

Pour leur consommation énergétique, les CFF possèdent leurs propres centrales électriques. Et en ajoutant les lacs de barrage, ils ont assez de volume pour stocker l’électricité et la repuiser ensuite. Ce n’est pas le cas des exploitants de chemins de fer plus petits, qui travaillent à cet effet en collaboration avec leurs centrales électriques. Dès lors, ils doivent pouvoir disposer d’électricité en quantité suffisante, mais ils sont également tenus, lors des pics d’activité, d’injecter de l’électricité dans le réseau à des conditions équitables. Or, si une remontée mécanique achète uniquement l’électricité la moins chère issue d’une énergie nucléaire ou thermique produite au charbon, elle ne peut pas faire déduire l’électricité qu’elle réinjecte au prix d’une énergie renouvelable.

Jusqu’à présent, ce vide juridique n’a donné lieu à aucun litige
Je me suis un peu renseigné à ce sujet autour de moi, auprès de représentants du secteur économique de l’électricité. La réponse a toujours été la même: les remontées mécaniques sont des clients importants; la plupart achètent plus de 100 000 kilowattheures d’électricité par an et peuvent donc elles-mêmes choisir leurs fournisseurs d’énergie. Et concernant la réinjection d’électricité, tous appliquent le même prix que pour l’achat d’énergie renouvelable.

J’ai bien évidemment aussi cherché à obtenir l’opinion d’un juriste qui est habitué à travailler avec la loi sur l’injection d’électricité. Il m’a confirmé qu’il existe effectivement un petit vide juridique en la matière, qui n’aurait cependant donné lieu à aucun litige jusqu’à présent. En passant, voilà un petit message aux ingénieurs qui font partie de notre lectorat: la pointe de puissance représente une grande partie des coûts énergétiques des trains. Cela vaut donc la peine de mettre en place un management des pics de charge.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine, les remontées mécaniques sont un moyen de transport très économique et efficace. Je recommande donc vivement une excursion estivale dans les montagnes. D’ailleurs, je conseille en général de passer ses vacances en Suisse. Cela permet en effet d’économiser beaucoup d’énergie.