Energy Challenge

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09 mai 2017 12:53; Act: 19.05.2017 15:28 Print

«La seule huile qui a de l’avenir, c’est celle d’olive»

par Stephanie Sigrist - La baisse massive des prix du pétrole et la popularité grandissante des énergies renouvelables annoncent-elles la disparition des combustibles fossiles?

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«La seule huile qui a de l’avenir, c’est l’huile d’olive», caricature le philosophe économique norvégien Anders Indset. Depuis fin 2013, il conseille aux compagnies pétrolières norvégiennes de se réinventer. «En matière d’approvisionnement énergétique, une demande pour de nouveaux modèles économiques est en train d'émerger. Et les compagnies pétrolières feraient bien de se renouveler tant qu’elles disposent de ressources financières suffisantes», prévient Anders Indset. Selon le philosophe, la chute des prix du pétrole et la baisse de la demande s’expliquent par l’apparition de nouvelles formes d’énergies nettement moins polluantes que les combustibles fossiles tels que le pétrole et le gaz naturel.

«Si cette affirmation est provocante, il existe bel et bien des signes indiquant une perte d’importance du pétrole à l’échelle mondiale», commente Daniel Huber, professeur de management de l’innovation à la Haute école spécialisée bernoise et membre du comité de Swissfuture. L’un de ces signes serait la baisse des prix du pétrole. Mais l’émergence des énergies renouvelables contribue également à faire chuter les ventes.

Des alternatives plus respectueuses

«En Suisse, le pétrole est principalement utilisé pour le chauffage, le transport et dans l’industrie chimique», explique Daniel Huber. Dans ces deux premiers domaines d’application, différentes alternatives plus respectueuses de l’environnement sont apparues au cours des dernières années. Et elles sont désormais abordables pour le plus grand nombre. En outre, les Suisses accordent de plus en plus d’importance à leur consommation d’énergie.

Pour le système de chauffage des bâtiments, nombreux sont les propriétaires suisses qui choisissent par exemple les sondes géothermiques et les panneaux solaires plutôt que le fuel. Les nouveaux bâtiments sont aussi nettement mieux isolés, ce qui fait baisser la consommation de chauffage, indépendamment de l’énergie utilisée. Par ailleurs, toute la façade extérieure d’une maison peut théoriquement être utilisée pour produire de l’énergie électrique. La technologie nécessaire existe déjà ou est en cours de perfectionnement. A long terme, les bâtiments produiront globalement plus d’énergie qu’ils n’en consomment, ce qui devrait faire baisser les prix.

Tesla contribue à crédibiliser les voitures électriques

«Dans le secteur du transport, on constate également une augmentation de la popularité des véhicules plus écologiques», explique Daniel Huber. Grâce à l’entreprise Tesla, les voitures électriques s’imposent comme alternatives sérieuses aux véhicules à moteur essence ou diesel. C’est le début d’un bouleversement majeur de l’industrie automobile, que le scandale Volkswagen n’a fait qu’accélérer. Cette évolution conduit également au remplacement de l’huile minérale.

Dans le trafic maritime et aérien, cette dernière continue cependant de jouer un rôle important. «En théorie, il est déjà possible de faire marcher des avions à l’hydrogène. Mais il faudrait pour cela modifier les procédés de construction aéronautique; les avions devraient être plus volumineux», affirme le professeur en management de l’innovation. D’un point de vue purement technique, construire des avions à hydrogène est donc possible.

En chimie organique, le pétrole est loin de disparaître

Toutes ces évolutions n’adviendront évidemment pas du jour au lendemain. Selon Daniel Huber, nous surestimons systématiquement ce qui sera possible dans cinq ans, tout en sous-estimant massivement les changements qui auront eu lieu d’ici dix ans ou plus. Cela s’applique également au remplacement du pétrole: abandonner totalement celui-ci comme source d’énergie dans les années qui viennent est impensable. Mais, à long terme, son utilisation pourrait tomber à seulement 20% de la consommation actuelle, estime l’expert en management de l’innovation. «En chimie organique, le pétrole continuera cependant d’être utilisé comme matière première», explique-t-il.

«Le modèle économique consistant à vendre de l’énergie en litres, en mètres cubes ou en kWh devrait à l’avenir se raréfier. A long terme, nous disposerons très probablement de plus d’énergie que nécessaire. La question de la gestion de l’énergie remplacera alors celle de sa vente», prévoit Daniel Huber. Il serait donc stratégique pour les compagnies pétrolières ainsi que pour les fournisseurs de gaz et d’électricité de repenser leurs modèles économiques et leurs offres.

Il est impossible de déterminer avec exactitude quand ces changements auront lieu. «Annoncer une date précise manquerait de sérieux. Ce serait plus de la provocation qu’autre chose», conclut Daniel Huber.