Energy Challenge

31 août 2017 09:00; Act: 07.09.2017 08:45 Print

Les tomates de la région pas toujours plus écolos

par Stephanie Sigrist - Les fruits et légumes suisses n'affichent pas nécessairement un meilleur bilan énergétique que les produits importés. C'est la saisonnalité qui fait toute la différence.

storybild

Manger local, c'est bien. Mais il faut le faire intelligemment. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

Sur ce sujet
Une faute?

Les Suisses attachent de plus en plus d'importance à une alimentation saine. Cela est attesté, entre autres, par une étude de la plate-forme de services Eat.ch publiée en décembre dernier: on y apprend que c'est l'alimentation saine qui enregistre la plus forte augmentation. «Parallèlement à la tendance pour les plats thaïlandais et suisses, celle des mets santé est aussi clairement identifiable», affirme ainsi Dominic Millioud, directeur de Eat.ch pour la Suisse. «C’est pourquoi l'année dernière, notre sélection de restaurants du secteur «Alimentation saine» a connu une augmentation presque 20% plus rapide que celle concernant les pizzerias traditionnelles ou les établissements de burgers ou de kebabs».

Cette croissance sensible s'est notamment traduite par une offre plus importante de salades, de wraps et de soupes. La nutritionniste Diana Studerus estime d’ailleurs que nous prenons tous les jours jusqu’à 400 décisions - conscientes ou non - relatives à notre alimentation. Ce processus de décision intègre de nombreux facteurs comme le nombre de calories, la teneur en matières grasses, le temps de préparation ou encore le prix. Mais un point reste souvent négligé: l'évaluation de la durabilité des aliments. Cela recouvre par exemple la biodiversité et la conservation de la qualité des sols dans la production agricole, tout comme les aspects sociaux et le bilan énergétique. Ce dernier point est développé plus en détail ci-dessous.

La nourriture végétarienne est généralement plus respectueuse de l'environnement

«L'énergie grise des aliments correspond à la quantité d'énergie nécessaire au parcours du produit. Elle se trouve par exemple dans le besoin en chauffage et en électricité, dans la fabrication et la transformation des denrées alimentaires, dans le carburant consommé pour le transport, dans l'emballage du produit, ainsi que dans le besoin en électricité et en chaleur pour le stockage, la vente et la préparation», explique Matthias Stucki, directeur du groupe de recherche sur les écobilans à la Haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW). Or, les produits d'origine végétale sont généralement beaucoup plus respectueux de l'environnement que la viande, les œufs ou le lait.

Dans le cas des fruits et légumes, le bilan énergétique est influencé par les facteurs suivants: «Lorsque la production a lieu dans des serres chauffées, l'énergie de chauffage représente la part la plus importante», explique Stucki. Par conséquent, le bilan énergétique des tomates, concombres ou autres légumes produits en Suisse durant la basse saison en serres chauffées par des énergies fossiles sera pire que celui des mêmes légumes en provenance d'Europe du Sud. Dès lors, comme le transport par camion a un impact moins important que le chauffage des serres, les consommateurs soucieux de l'environnement devraient miser sur des légumes de saison cultivés en plein air.

Acheter des fruits et légumes lorsqu’ils sont de saison

A noter cependant qu'en été et en automne, la production de tomates ne requiert pas d’énergie de chauffage. Les tomates domestiques présentent donc un meilleur bilan énergétique que celles d'importation. «Les fruits et légumes de la région sont particulièrement respectueux de l'environnement lorsqu'ils sont consommés de saison», confirme M. Stucki. De tels tableaux saisonniers sont disponibles par exemple chez WWF Suisse.

D'après M. Stucki, il convient par ailleurs également de prendre en considération pour le calcul la consommation de carburant nécessaire au transport, l'énergie pour créer l’infrastructure des serres, la production énergivore d'engrais et la consommation énergétique incontournable au maintien de la chaîne du froid en cas de produits réfrigérés. Les producteurs alimentaires ne sont pas les seuls à contribuer au bilan énergétique des aliments: les consommateurs jouent également un rôle important, par exemple lors du choix du moyen de transport pour se rendre au magasin ou au marché, de celui du lieu des achats ou de par leur façon de stocker et d'utiliser les biens alimentaires.