27 février 2007 13:23; Act: 27.02.2007 13:30 Print

Le mari de la pianiste en avait fait une star en pillant les autres

Londres - L'époux d'une pianiste britannique célébrée comme un trésor national vient d'avouer l'impensable: il avait utilisé les enregistrements d'autres pianistes pour assurer à sa femme mourante la reconnaissance de la critique.

Une faute?

Depuis des semaines, l'histoire de Joyce Hatto, décédée en juin dernier à 77 ans, agitait le petit monde de la musique classique.

Cette ancienne pianiste de concert, qui avait mis fin à sa carrière en 1976 en raison d'un cancer, avait ensuite enregistré en studio, en dépit de la maladie, 104 œuvres de Chopin, Brahms, Liszt, Beethoven, Schubert, ou encore Rachmaninov, produites par son mari William Barrington-Coupe sous le petit label «Concert Artist».

Louanges unanimes

Dans les deux dernières années de sa vie, les louanges avaient été unanimes. «C'est la plus grande pianiste vivante, dont presque personne n'a entendu parler», avait même affirmé un critique. Ses disques, difficiles à trouver, étaient devenus un «must».

A sa mort, la presse britannique avait salué un «trésor national» (Times), une femme «à l'énergie surhumaine» (The Independent).

Interprétations dupliquées

Mais son mari, âgé de 76 ans, vient d'avouer dans une lettre, dont le contenu a été dévoilé lundi par le magazine spécialisé Gramophone, que cette reconnaissance tardive tenait autant à ses talents qu'à ceux de sa femme.

Pour lui donner l'illusion d'une grande fin, après une carrière selon lui «injustement sous-estimée», il avait dupliqué les interprétations d'autres pianistes et les avait fait passer pour celles de sa femme, qui selon lui n'en a jamais rien su.

D'abord, raconte Gramophone, William Barrington-Coupe voulait simplement «couvrir ses grognements de douleur» quand elle jouait. Il avait alors recherché les pianistes dont le son et le style ressemblaient le plus à ceux de son épouse, et inséré des petits extraits de leurs enregistrements pour couvrir ses bruits.

Au fur et à mesure, il avait emprunté des passages de plus en plus longs, et appris à manipuler les sons.

Logiciel

Le pot-aux-roses a été découvert début février, quand l'ordinateur d'un lecteur de Gramophone a identifié grâce au logiciel iTunes un CD de Liszt par Joyce Hatto comme étant un disque du pianiste hongrois Lászlo Simon, produit par BIS Records.

D'autres vérifications ont suivi, qui ont montré que deux enregistrements Rachmaninov attribués à Joyce Hatto étaient ceux du russo-israélien Yefim Bronfman.

Un expert saisi par Gramophone a également découvert qu'un disque d'Hatto jouant des œuvres de Leopold Godowsky, un pianiste polonais naturalisé américain, avait été manipulé pour en modifier le son. En rétablissant le son original, il est apparu que la bande était identique à celle du pianiste italien Carlo Grante.

Regrets

Après avoir dans un premier temps nié l'évidence, le mari a finalement craqué, dans une lettre à Robert von Bahr, responsable de BIS Records. «Il regrette profondément ce qui s'est passé. Il pense qu'il a agi stupidement, malhonnêtement, et de manière illégale», a rapporté Gramophone.

BIS records n'a pas l'intention de porter plainte, «vu les circonstances». Et le mari refuse à ce jour d'en dire plus, pour établir notamment ce qui dans les œuvres de Joyce Hatto est finalement original.

«Je suis fatigué, je ne suis pas très bien. J'ai arrêté l'affaire, détruit les stocks. Je veux juste un peu de paix», a-t-il expliqué à Gramophone.

(ats)