Canton de Lucerne

19 juin 2017 19:32; Act: 19.06.2017 19:32 Print

Oui, le suicide de Malters est lié à la perquisition

Le procureur a requis lundi des peines pécuniaires avec sursis contre le commandant de la police lucernoise et le chef de la police criminelle.

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Le chef de la police criminelle Daniel Bussmann entre au tribunal ce 19 juin 2017. (Photo: Keystone)

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Le procureur estime qu'il y a un lien direct entre l'intervention de la police et le suicide d'une forcenée en mars 2016 à Malters (LU). Les avocats de la défense nient en bloc.

Le procès du commandant de la police Adi Achermann et du chef de la police criminelle Daniel Bussmann s'est ouvert lundi matin devant le tribunal de district de Kriens (LU). Ils sont accusés d'homicide par négligence. Les audiences se déroulent à Lucerne en raison de l'intérêt public et médiatique.

Les deux prévenus ont justifié leur décision d'intervenir en force. La femme était armée d'un revolver et refusait tout contact, selon le chef de la police criminelle. Il en a conclu que la forcenée pourrait tirer sur des policiers.

Antécédents

La forcenée était considérée comme dangereuse en raison d'antécédents dans le canton d'Argovie. Le psychologue présent sur place n'a pas pu lui conseiller de stratégie à suivre, a encore expliqué Daniel Bussmann. Le policier a tenté de contacter l'avocat de la femme, mais il n'a pas rappelé.

La plus grande crainte du chef de la police criminelle était que la forcenée se barricade et qu'il mette ainsi ses hommes en danger. Il a alors décidé d'intervenir en force.

Le commandant de la police a déclaré que son implication dans cette décision n'a été que minime, mais qu'il a été d'accord avec le chef de la police criminelle. Il n'aurait jamais donné son approbation si des variantes n'avaient pas été évaluées.

Il partait du principe que les négociations avec la forcenée étaient dans l'impasse. Après leur inculpation en janvier, les deux policiers avaient affirmé avoir agi au mieux et qu'ils procéderaient de la même manière si une situation analogue se présentait.

Le plan de la police était de téléphoner à la femme afin de l'attirer près de la porte d'entrée de l'appartement. Il était prévu de tirer un feu d'artifice dans la forêt toute proche afin de couvrir le bruit des policiers qui enfonçaient la porte.

La porte cède

Mais le plan a raté. La porte a cédé prématurément alors que les policiers installaient un système hydraulique pour la faire sauter. En entendant le bruit, la femme s'est réfugiée dans la salle de bain. Là, elle a tué son chat et s'est suicidée.

Adi Achermann a analysé toutes les alternatives consciencieusement, a argumenté son avocat Beat Hess. Il n'avait pas le choix et devait entrer de force dans l'appartement, a-t-il ajouté. Le risque que l'opération échoue était ténu.

«Le risque zéro n'existe pas». Autrement il faut interdire toute intervention délicate, a-t-il tranché.

Pour le procureur extraordinaire chargé de l'affaire, l'Argovien Christoph Rüedi, il ne fait aucun doute qu'il y a un lien direct entre l'intervention et le suicide. L'ouverture prématurée de la porte a été un «malheur», mais la police aurait dû prendre ce risque en compte.

La femme ne représentait pas un véritable danger, selon le procureur. D'après une retranscription des discussions entre les négociateurs et la femme, elle a répété à plusieurs reprises qu'elle ne voulait blesser personne, sauf si elle y était contrainte.

Pas la bonne solution

Les négociateurs et le psychologue de la police présent sur place ont estimé que la décision d'intervenir en force n'était pas la bonne solution. Le psychologue a demandé de repousser l'intervention.

«Les prévenus ont vu les choses autrement», a déclaré le procureur. Si la police n'était pas intervenue en force et que les négociations s'étaient poursuivies, la femme ne se serait pas suicidée, a-t-il ajouté.

Ce ne sont que des hypothèses, a rétorqué l'avocat de Daniel Bussmann. Il n'est notamment pas prouvé que la forcenée souffrait de schizophrénie paranoïde au moment de son suicide et qu'elle était donc incapable de discernement.

Plainte du fils

L'affaire remonte au 8 mars 2016. La police a voulu effectuer une perquisition à Malters pour saisir une installation de culture de chanvre à l'intérieur d'une maison. La mère de l'homme suspecté de gérer cette plantation occupait alors l'appartement de son fils.

La femme a refusé de laisser entrer la police et elle s'est retranchée dans l'appartement pendant 17 heures. Elle a tiré des coups de feu en l'air. La police a finalement donné l'assaut.

Son fils était alors en détention préventive. Il a porté plainte pour abus de pouvoir et homicide par négligence.

Les deux policiers n'ont pas été suspendus. Toutefois, depuis avril 2016, ils ne peuvent plus participer à des opérations délicates ou à des engagements importants. Ils ne sont plus désignés de piquet sur les plans de travail. Ces mesures ont été prises par le conseiller d'Etat Paul Winiker, chef du département de justice et police.

(nxp/ats)