Pédophilie

01 février 2011 16:31; Act: 02.02.2011 08:06 Print

Accusé d'abus sexuels sur 122 enfants

Un travailleur social bernois est accusé d'avoir abusé sexuellement de 122 enfants ou personnes handicapées dans neuf établissements.

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Gabriele Berger, la chef des enquêtes spéciales de la police judiciaire bernoise, s'est exprimée mardi devant la presse. (Photo: Keystone)

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Les crimes ont principalement été perpétrés au sein d'institutions dans lesquelles ce Bernois de l'Oberland âgé de 54 ans a travaillé ces 29 dernières années. Près des trois quarts sont prescrits.

Selon l'enquête ouverte en mars 2010 dans le canton d'Argovie, l'accusé, qui se décrit lui-même comme pédophile, a sévi dans les neuf établissements qui l'ont employé. La plupart se situent dans le canton de Berne, deux se trouvent en Appenzell, un en Argovie et un autre dans le sud de l'Allemagne, ont indiqué mardi devant les médias les représentants du Ministère public et de la police bernois.

«Très coopératif»

Interrogé plus d'une cinquantaine de fois depuis son interpellation suite à l'ouverture d'une enquête après une dénonciation de deux victimes, l'homme s'est montré «très coopératif», selon le communiqué du Ministère public. Il a avoué avoir abusé de 114 victimes, alors que dans huit autres cas il s'agit de tentatives.

Les victimes sont en grande majorité des jeunes hommes handicapés, physiquement ou mentalement. Parfois aussi des femmes. L'accusé s'est également attaqué à des enfants de membres du personnel de certains établissements. La victime la plus jeune était âgée d'une année à l'époque des faits.

Il sera renvoyé devant la justice pour abus sexuel et actes d'ordre sexuel commis sur des personnes incapables de discernement ou de résistance. C'est l'affaire d'abus sexuel la plus grave qu'a eu à mener la police bernoise. Au plan suisse non plus, on ne connaît pas de cas de pédophile accusé d'autant de crimes.

Plusieurs fois par jour

Prémédités, les abus ont essentiellement eu lieu à l'intérieur des foyers, durant la nuit ou au moment des soins corporels, ainsi qu'à domicile ou à la piscine. L'homme touchait les parties intimes de ses victimes après avoir attendu d'être seul avec elles. Des rapports sexuels oraux et des attouchements anaux ont eu lieu plusieurs fois. Une même victime pouvait être abusée à plusieurs reprises au cours d'une même journée.

Dans 18 cas, des photos et des films ont été réalisés. Selon les résultats de l'enquête, aucun matériau n'aurait été posté sur internet. Afin que personne ne puisse se rendre compte de ses actes, l'homme avait souvent des habits de rechange avec lui.

L'affaire a commencé en mars 2010, quand deux pensionnaires d'une institution pour handicapés l'ont dénoncé. A son grand soulagement, l'accusé a été arrêté à son domicile dans l'Oberland bernois début avril 2010. Après avoir avoué, le travailleur social a révélé d'autres cas semblables dans lesquels il était impliqué. La plupart sont aujourd'hui prescrits. Trente-trois d'entre eux seront poursuivis.

Echappé de justesse à la justice

L'accusé n'a pas d'antécédent judiciaire pour délits d'ordre sexuel. Il s'en est toutefois fallu de peu. L'homme a en effet été mis hors de cause suite à une enquête menée en 2003 après la dénonciation d'une jeune fille handicapée de 13 ans contre un assistant travaillant dans la même institution que lui.

Vu le grave handicap de la jeune fille, la véracité de ses déclarations avaient dû être relativisée, ont expliqué les autorités judiciaires bernoises. On avait alors estimé que le témoignage du prévenu concernait l'autre assistant social, lequel avait ensuite été condamné à une peine privative de plusieurs années de liberté, ont-elles précisé.

Malgré les vastes investigations, les soupçons envers l'actuel prévenu n'avait pu être étayés à l'époque. Sur la base des résultats de l'enquête, en accord avec le Ministère public, le service de juges d'instruction Berne-Mittelland avait dès lors décidé de ne pas le poursuivre. En raison des nouveaux éléments mis à jour, le cas va être réinstruit.

Victimes contactées

Les neuf institutions pour personnes handicapées ont toutes été avisées à la mi-janvier. Depuis mardi, toutes les victimes ou leurs représentants légaux sont contactés de manière personnelle. Les 31 personnes dont le cas ne tombe pas sous le coup de la prescription ont déjà été informées, les autres le seront ces prochains jours.

En raison du grand nombre de personnes concernées, une commission spéciale a été mise en place. Plus de 30 équipes de la police de sûreté ont été mobilisées. En tout, ce sont pour l'heure près de 100 collaborateurs des autorités pénales qui travaillent sur cette affaire.

(ats)