Canton de Genève

13 juin 2018 20:20; Act: 13.06.2018 20:49 Print

«Il s'agit d'un homme usé par six ans de détention»

La défense du meurtrier présumé de Semhar a abattu ses dernières cartes mercredi, plaidant l'acquittement au bénéfice du doute.

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L'avocate du meurtrier présumé a dénoncé une enquête paresseuse. (Photo: Keystone)

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Devant le Tribunal criminel de Genève, la défense du meurtrier présumé de Semhar, 12 ans, a tenté mercredi de remonter le courant en faisant son possible pour convaincre les juges de l'innocence de leur client. Elle a notamment dénoncé les failles abyssales d'une enquête menée exclusivement à charge.

Vincent Spira et Yaël Hayat ont plaidé durant plusieurs heures, développant leurs arguments et demandant l'acquittement du prévenu, un chauffeur de taxi de 42 ans d'origine éthiopienne. Les traces ADN de l'accusé retrouvée sur le corps de la jeune adolescente ne sont pas, pour les avocats, des preuves irréfutables de culpabilité.

Le prévenu entretenait en effet une liaison depuis plusieurs mois avec la mère de Semhar. Il vivait dans l'appartement où a été violée et étranglée la victime. Il se serait en plus chamaillé avec la jeune fille la veille du meurtre. Il est donc normal que l'on retrouve son ADN un peu partout, a expliqué Me Hayat.

Un alibi bancal

L'avocate a admis que l'alibi du prévenu n'était pas des plus solides. Elle a cependant demandé au tribunal de croire l'accusé, lorsqu'il affirme avoir attendu Semhar au pied de son immeuble, dans son taxi, durant 36 minutes, avant de repartir pour retrouver au restaurant la mère, la soeur et le petit frère de la victime.

Le père de Semhar n'a pas un alibi plus consistant, a insinué Me Hayat. L'avocate a aussi demandé que son client ne soit pas jugé sur les apparences. Depuis l'ouverture de son procès, il y a dix jours, l'homme est apparu impassible et impénétrable. Or, «il n'y a pas de portrait-robot de l'innocent».

L'avocate a dénoncé une enquête paresseuse, orientée à chacune de ses étapes. Selon elle, d'autres hypothèses n'ont pas été explorées, car le coupable idéal avait été trouvé.

Renforcer l'accusation

Le même doute doit s'emparer des juges concernant les violences et les abus sexuels que le prévenu aurait commis sur d'anciennes compagnes, a noté Me Spira. Pour l'avocat, ce volet du dossier ne tient pas non plus la route. L'accusé a eu des relations tout à fait normales avec d'autres femmes.

Les trois anciennes amantes qui lui reprochent de les avoir violées et battues ne figurent dans cette affaire que pour renforcer les accusations par rapport au meurtre de Semhar, a-t-il affirmé.

La défense a aussi rejeté les conclusions des expertises psychiatriques qui comportent des préjugés sur l'accusé. L'un des experts qui s'est penché sur la personnalité du prévenu a ainsi estimé qu'un innocent ne réagira pas comme lui l'a fait. «Il s'agit d'un homme usé par six ans de détention», a rappelé Me Spira.

(nxp/ats)