Affaire Ramadan

09 novembre 2017 11:41; Act: 09.11.2017 15:20 Print

Le Département n'était pas systématiquement alerté

par Maria Pineiro - Trois anciens cadres de collèges genevois témoignent de leur gestion des cas de relations sexuelles entre profs et élèves.

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(Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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Une faute?

La direction du collège de Saussure, informée de soupçons quant à des relations sexuelles entre Tariq Ramadan et deux jeunes femmes n'avait pas donné suite ni signalé le cas au Département de l'instruction publique (DIP). Pour le directeur de l'époque, cité par la «Tribune de Genève», sans plainte de l'élève ou de ses parents, il n'y avait pas lieu d'enclencher une procédure.

Une faute professionnelle

Une position que ne partage pas le DIP. Il rappelle qu'entretenir des rapports sexuels avec un ou une élève est «constitutif d’une faute professionnelle» s'agissant du corps enseignant. «Sur le plan administratif, les sanctions peuvent aller jusqu'à une révocation décidée par le Conseil d'Etat. Sur le plan pénal, seul le pouvoir judiciaire est compétent», précise le département qui rappelle que ces règles n'ont pas changé depuis les années 90. La conseillère d'Etat de l'époque, Martine Brunswig Graf, indique encore qu'en cas de soupçons ou de rumeurs il s'agit «d'établir les faits de la façon la plus rigoureuse possible» (voir encadré).

Des directives claires, mais appliquées avec souplesse dans les années 90 semble-t-il. Nos sources nous ont bien confirmé que la dénonciation des cas était obligatoire. Un cadre du collège à la retraite affirme néanmoins que les soupçons ne débouchaient pas automatiquement sur une enquête. De même, dans son école, concernant les relations avérées et consenties entre enseignants et élèves majeures, deux à sa connaissance en 30 ans, seule une a été dénoncée au département, dénonciation qui a abouti à la mise à pied de l’enseignant. En cas de récidive, la dénonciation était automatique, précise-t-il. Un autre ancien chef d'établissement du post-obligatoire se montre nuancé quant à la question: «Si l'enseignant a un lien d'autorité vis-à-vis du jeune c'est gênant. Mais il ne faut pas monter tout de suite et sans réflexion l'affaire en épingle.»

Règles de prudence

Les trois cadres interrogés relèvent la difficulté de trier entre rumeurs, jalousies, volonté de nuire et faits véridiques. La règle numéro un semble avoir été la prudence vis-à-vis de soupçons ou d'accusations qui pouvaient se révéler dévastateurs. Ils indiquent avoir toujours eu le souci premier de protéger leurs élèves. «Il ne faut pas juger des faits de la fin du siècle dernier à l'aune de l'époque actuelle», affirme l'ex-directeur d'un collège de la rive gauche. «A l'époque, nous avions beaucoup plus de latitude vis-à-vis du département», renchérit le cadre cité précédemment.