Genève

29 avril 2015 13:41; Act: 29.04.2015 15:28 Print

Tronc commun pénalisant pour les plus faibles?

Une orientation tardive peut conduire les élèves les plus faibles à un parcours de formation plus chaotique à leur sortie de l'école obligatoire.

Une faute?

Ce constat a été dressé par Joëlle Latina, adjointe scientifique à la Haute Ecole de gestion de Genève, dans sa thèse doctorale en socio-économie, rendue publique mercredi par le «Pôle de recherche national Lives».

La doctorante, qui avait comme codirecteurs de thèse les professeurs José Ramirez et Yves Flückiger, a pu avoir accès aux données administratives du canton de Genève concernant près de 44'000 élèves, entrés à l'école secondaire obligatoire entre 1993 et 2004.

Si la grande majorité des élèves, à cette époque, a été orientée dès l'âge de 12 ans, les adolescents de trois établissements scolaires ont eu droit à une orientation plus tardive, à 13 ans, car un tronc commun avait été mis en place pour la première année de cycle. Cette expérience a été abandonnée en 2011.

Résultat inattendu

En comparant ces deux types de scolarisation, Mme Latina a découvert que le maintien du tronc commun jusqu'à 13 ans n'est pas forcément favorable aux élèves les plus faibles dans la perspective de leur parcours futur. Ces derniers ont plus de risques de changer de voie de formation que les adolescents placés dans une filière à moindres exigences dès l'âge de 12 ans.

«Nos résultats suggèrent que retarder l'orientation peut réduire la linéarité des transitions ultérieures, particulièrement pour les étudiants à basse performance», relève Mme Latina dans sa thèse de doctorat.

Selon la chercheuse, deux théories peuvent être invoquées pour expliquer pourquoi la trajectoire de formation est davantage marquée par des ruptures et des changements quand les élèves peu portés sur l'école restent plus longtemps aux côtés de camarades plus performants.

La première veut que les individus aient tendance à se comparer à ceux qui les entourent et partagent les mêmes aspirations. Ce phénomène pourrait pénaliser les élèves aux résultats médiocres, qui n'auraient pas les moyens de leurs ambitions, et devraient changer de voie une fois confrontés à l'échec.

La deuxième théorie avancée par Mme Latina est celle dite «des caractéristiques du statut» qui avance que la confiance que les individus ont ou non en leurs propres compétences est influencée par les croyances communément admises sur le groupe auquel ils sont rattachés.

Les élèves orientés précocement dans une voie préprofessionnelle ont ainsi tendance à se rabaisser et les élèves orientés plus tard à se surestimer. «Pour les élèves ayant choisi la voie académique sans posséder tout le potentiel nécessaire, cette perception faussée aboutirait à plus d'erreurs d'aiguillage.»

(ats)