Affaire Ramadan

09 novembre 2017 16:20; Act: 09.11.2017 16:22 Print

«Il était dans un rapport de séduction constant»

par Maria Pineiro - Deux ex-élèves du collège de Saussure, dont la présidente du parti socialiste genevois, relatent des rapports malsains entre Tariq Ramadan et ses étudiants.

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(Photo: Keystone/Daniel Hambury)

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«Il était beau gosse, le savait et en abusait», affirme Carole-Anne Kast, présidente du parti socialiste genevois et ancienne du collège de Saussure à l'époque où Tariq Ramadan y enseignait. Aujourd'hui, elle tient à s'exprimer à visage découvert car elle a été «heurtée» de constater qu'on tente de décrédibiliser les témoignages des jeunes femmes faisant état de relations sexuelles avec lui. Carole-Anne Kast précise qu'elle n'a jamais eu l'islamologue en tant qu'enseignant: «C'était mon doyen de volée. Dans ce cadre, j'ai eu de gros conflits avec lui.»

«Il était constamment dans un rapport de séduction, mais pas forcément sexuel», précise-t-elle. A l'époque, Tariq Ramadan était jeune. «La différence d'âge avec les élèves était mince et il jouait là-dessus en faisant copain-copine», indique l'actuelle cheffe des socialistes.

Il voulait connaître ses élèves en dehors des cours

Léa*, elle, a eu l'islamologue comme maître de classe. Elle décrit un mode de fonctionnement qui la mettait mal à l'aise. «Tariq Ramadan se présentait comme un enseignant ouvert sur les rapports avec les élèves, il disait qu'il fallait connaître les jeunes en dehors de l'école pour les comprendre. Il a tenu à voir chacun d'entre nous individuellement pour un café.» A posteriori, Léa estime qu'il voulait les cerner, identifier leurs faiblesses pour mieux en abuser.

En classe, Léa décrit un homme qui fascinait et captivait tout le monde: les filles parce qu'il était beau, les garçons parce qu'il était brillant. «Moi, il me faisait peur.»

Un pervers narcissique

Pour Carole-Anne Kast, les premiers contacts avec le doyen se sont déroulés de manière bienveillante. «Puis, comme son attitude n'avait pas prise sur moi, il est devenu dictatorial. Ensuite, cela a été la guerre totale avec lui, pendant trois ans, avant qu'il ne quitte l'établissement pendant mon année de maturité.» Elle décrit des relations exécrables avec un groupe de six élèves «qui n'étaient pas sensibles à son charisme. Il a eu avec moi un comportement de pervers narcissique. Il était très manipulateur. Tariq Ramadan était un enseignant clivant, soit on l'adorait, soit on le détestait».

Après plusieurs clashs et des renvois «pour raisons disciplinaires», elle a fini par se plaindre à la direction du collège de Saussure. «Je ne sais pas s'il a été remis à l'ordre, mais en tous cas, il a arrêté de chercher à me punir sans cesse.» Collégienne à l'époque des faits à caractère sexuel qui sont reprochés à l'ancien enseignant genevois, elle affirme pour sa part qu'à l'époque elle n'a jamais été au courant ni n'a entendu de rumeurs à ce propos le concernant, tout en les considérant totalement crédibles aujourd'hui «avec le recul».

Des filles fragiles

L'expérience directe de Léa avec Tariq Ramadan ne comporte pas de plan drague non plus. Par contre, elle a été le témoin privilégié des agissements de l'enseignant auprès d'une amie très proche. «Il l'appelait le soir chez elle pour discuter, puis il lui a proposé de passer un week-end avec lui dans son chalet à la montagne. J'ai réussi à l'en dissuader, mais elle était prête à y aller.»

Léa précise que les parents de son amie étaient divorcés et que sa mère était peu présente au domicile. Elle a également eu vent d'une rumeur au sujet d'une relation longue entre Tariq Ramadan et une élève qui habitait en foyer. «Il choisissait des filles fragiles, en manque de repères et avec un besoin d'attention fort», estime-t-elle. Et de conclure: «Nous étions naïves à l'époque.»

*Nom connu de la rédaction