Procès de Fabrice A.

19 mai 2017 15:24; Act: 20.05.2017 00:18 Print

Assassinat planifié contre évasion qui a mal tourné

par Julien Culet - Le procès du meurtrier de la sociothérapeute Adeline M. s'est terminé vendredi par les plaidoiries de la défense et de la partie plaignante.

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Le deuxième procès de Fabrice A. s'ouvre lundi matin à Genève. Les juges devront faire table rase des premières audiences, soudainement interrompues il y a huit mois. (Lundi 15 mai 2017) Personne n'a fait recours contre la récusation des juges ordonnée en janvier par la Cour de justice. Résultat: le procès de Fabrice A. reprendra bel et bien de zéro. (mercredi 8 février 2017) La commission d'enquête parlementaire (CEP) a besoin de plus de temps pour rédiger son rapport. (Lundi 23 janvier 2017) Coup de tonnerre dans l'affaire Adeline: les juges du Tribunal criminel de Genève sont récusés. Le procès, suspendu le 6 octobre dernier, doit reprendre à zéro. (13.01.2017) Selon l'ancien chef du service de psychiatrie générale des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) Panteleimon Giannakopoulos, les doutes sur les rapports auraient dû être évoqués puis discutés au procès plutôt que relancer une expertise. D'autant plus que la suspension met encore plus Fabrice A. «dans une position exceptionnelle». (samedi 8 octobre 2016) Les parents d'Adeline, Esther et Jean-Claude, ont décidé de ne pas témoigner suite à la décision du Tribunal de demander une troisième expertise et donc de reporter la suite des débats. (Jeudi 6 octobre 2016) Me Simon Ntah, avocat des parents d'Adeline, parle aux médias. La famille sera là quand le procès reprendra, a-t-il indiqué. L'avocat accepte la décision du Tribunal d'ordonner une nouvelle expertise.(Jeudi 6 octobre 2016) Le procès de Fabrice A. a été suspendu jeudi pour plusieurs mois. En cause, une expertise psychiatrique française qui manquait d'éléments factuels. (Jeudi 6 octobre 2016) Le 12 septembre 2013, Fabrice A. a réalisé le fantasme qui l'habitait, ont indiqué devant le Tribunal criminel de Genève les psychiatres qui l'ont expertisé. (Mardi 4 octobre 2016) Me Simon Ntah, avocat des parents d'Adeline, parle aux médias televisuels devant le palais de justice pendant une suspension d'audience Ce dessin montre les parents d'Adeline, gauche, et Jean-Claude, droite, et Juan Poy, centre au fond, compagnon d'Adeline dans la salle d'audience du palais de justice Me Yann Arnold, gauche, et Me Leonardo Castro, droite, les avocats de Fabrice A. reviennent au palais de justice après une suspension d'audience, lors l'ouverture du procès devant le Tribunal criminel. (Lundi 3 octobre 2016) Olivier Jornot, procureur général de Genève, arrive au palais de justice. Dans son acte d'accusation, il retient la préméditation. Fabrice A. a dupé son monde et rusé pour obtenir toutes les informations nécessaires à son plan d'évasion, puis à l'élaboration de son projet de meurtre. Celui-ci visait à satisfaire un fantasme sexuel. Il est parvenu à acheter un couteau, qui a servi à égorger sa victime, âgée de 34 ans. Fabrice A., au premier jour de son procès. Selon Olivier Jornot, Fabrice A. a dupé son monde et rusé pour obtenir toutes les informations nécessaires à son plan d'évasion, puis à l'élaboration de son projet de meurtre. Celui-ci visait à satisfaire un fantasme sexuel. Il est parvenu à acheter un couteau, qui a servi à égorger sa victime, âgée de 34 ans. Sous le regard de deux policiers de la police genevoise, des personnes arrivent au palais de justice pour l'ouverture de son procès de Fabrice A. devant le Tribunal criminel. (Lundi 3 octobre 2016) Les parents d'Adeline, Esther et Jean-Claude, arrivent au palais de justice pour l'ouverture de son procès de Fabrice A. (Lundi 3 octobre 2016) Le fourgon transportant Fabrice A. arrive au palais de justice pour l'ouverture de son procès devant le Tribunal criminel. (Lundi 3 octobre 2016) Ce dessin montre Fabrice A. Son procès s'ouvre devant le Tribunal criminel de Genève. Il devra répondre de l'assassinat de sa sociothérapeute, Adeline. Il risque l'internement à vie. (Lundi 3 octobre 2016)

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Une faute?

«A chaque fois qu'on l'aide, il nous utilise. A chaque fois qu'un sentiment arrive, il le rejette. Fabrice A. ne changera pas.» Vendredi matin, la plaidoirie de Me Simon Ntah, avocat de la famille d'Adeline, est allée dans le sens de l'internement à vie requis jeudi par le procureur général Olivier Jornot. Il rejoint également le magistrat pour dire que «toutes les circonstances aggravantes de l'assassinat sont remplies».

Homicide odieux et planifié

Ainsi, pour le représentant de la famille de la sociothérapeute tuée en septembre 2013, Fabrice A. a commencé en janvier de la même année à écrire dans un fichier d'ordinateur «tous les éléments qui ont été réalisés neuf mois plus tard». Ensuite, en juillet 2013, alors qu'Adeline revenait de son congé maternité, l'accusé se serait focalisé sur une chose: l'égorger avant de rejoindre son ex-compagne en Pologne, à qui il voulait aussi s'en prendre.

«Je n'ai jamais vu une situation pareille, dans laquelle la victime était interchangeable. Elle ne lui avait rien fait. Dans toutes les affaires, il y a une explication.» Pour Me Ntah, la seule chose qui a fait qu'Adeline ait été choisie par Fabrice A. est l'attirance qu'il lui portait. C'est ainsi qu'il a décidé qu'elle lui permettrait de réaliser le rêve qu'il portait depuis 15 ans: égorger une femme. «Tuer pour rejoindre une femme qu'il va tuer. C'est un mobile parfaitement odieux. Vous avez l'assassinat», a lancé l'avocat à la Cour.

La défense plaide l'espérance

«Ne privez pas Fabrice A. de tout espoir de pouvoir évoluer. Il en a le souhait, n'éteignez pas la mèche.» Me Yann Arnold avait quant à lui la tâche de défendre l'accusé. Dans sa plaidoirie, il a estimé que «l'internement simple répond aux besoins de sécurité publique. Il est inutile et illégal de prononcer un internement à vie». D'après lui, cette dernière mesure, réclamée par Olivier Jornot, contrevient aux principes de la Cour européenne des droits de l'Homme, qui proscrit la perpétuité perpétuelle, totale.

L'avocat de la défense a aussi appelé les juges à rejeter la qualification d'assassinat car Fabrice A. aurait prémédité sa fuite et non le meurtre d'Adeline. Et l'homme de loi estime que son client a planifié plusieurs scénarios mais qu'ils comportaient «de nombreuses inconnues. Si la fuite n'a pas été préparée méticuleusement, l'homicide encore moins.» C'est en voyant la victime pianoter sur son téléphone que le prévenu aurait «paniqué» et vu ses espoirs d'évasion «s'évanouir», provoquant le drame. De plus, pour Me Arnold, «si l'égorgement démontre une cruauté, son comportement ne révèle pas d'autre cruauté», car il n'y aurait pas eu d'autres actes de violence.

Réduction de peine?

Enfin, la défense s'oppose à la prison à vie requise par le procureur général. L'avocat a demandé de prendre en compte le passé de l'accusé, dont la mère «ne lui montrait aucune chaleur humaine» et le père, violent et alcoolique, «lui demandait de lui arranger un coup avec une de ses copines adolescentes». Il s'est aussi basé sur l'expertise psychiatrique suisse qui jugeait la responsabilité de son client légèrement diminuée. Et, selon Me Arnold, Fabrice A. devrait avoir une réduction de peine en raison de la durée de la procédure, plus de trois ans et demi, qui violerait le principe de célérité.

Le verdict est prévu mercredi prochain à 17h.