Genève

03 juin 2018 19:17; Act: 03.06.2018 19:21 Print

L'Eglise protestante et ses journalistes vont au clash

par David Ramseyer - Des articles critiques et la révélation de propos douteux dressent l'une contre l'autre agence de presse des églises réformées et direction genevoise de l'institution.

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(Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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«Les homosexuels sont une menace pour notre société». Ces paroles de l'animateur d'un des nombreux ateliers organisés lors des 500 ans de la Réforme, en novembre 2017 à Genève, ont été dénoncées dans un article de Protestinfo, l'agence de presse des églises réformées. Selon son rédacteur en chef, la publication de propos qui font tache dans le cadre de la couverture d'un Jubilé jugé très réussi a provoqué une «colère noire» au sein de la direction de l'Eglise protestante de Genève (EPG). «Elle veut faire fermer l'agence», assure Joël Burri.

L'homophobie est condamnée par les uns et les autres (cf. encadré), mais l'enjeu ici, c'est le rôle de Protestinfo. L'EPG a demandé la révision de ses buts et de ses moyens, samedi dernier à Morges (VD), lors de l'assemblée générale de la CER, la Conférence des églises réformées de Suisse romande. Aucune décision n'a pour l'heure été prise.

Une question d'argent?

Selon plusieurs de nos interlocuteurs, le texte controversé a fourni à l'exécutif ecclésiastique genevois le prétexte attendu pour s'en prendre à l'agence, financée à 100% par les églises. En réalité, les désaccords durent depuis longtemps. L'EPG souhaiterait que Protestinfo fasse de la communication «ou qu'on se taise», tonne Joël Burri. «Mais nous produisons de l'information, nous faisons du journalisme», insiste Guillaume Henchoz, co-auteur de l'article incriminé.

Président de l'Eglise protestante de Genève, Emmanuel Fuchs n'a pas voulu s'étendre sur l'affaire. Il note simplement que «dans un monde médiatique qui change beaucoup, il n'y a rien de mal à rediscuter des objectifs et de la mission de Protestinfo.»

L'aspect financier jouerait aussi un rôle dans le débat. Au bout du lac, l'église réformée connaît d'importantes difficultés dans ce domaine. Ceci explique peut-être cela, note le président vaudois de la CER. «Nos collègues genevois ont l'impression de devoir payer pour un organisme qui parfois remet en question l'institution, remarque Xavier Paillard. Mais il est important que les églises conservent une distance critique, y compris vis-à-vis d'elles-mêmes.»