Massacre à «Charlie Hebdo»

07 janvier 2015 18:07; Act: 12.01.2015 13:41 Print

Charles Poncet: «Ils méritent la peine de mort»

par Jérôme Faas - L'avocat juge que la Suisse est idéalement placée pour plaider devant le Conseil de l'Europe un durcissement de la répression.

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L' avocat genevois Charles Poncet. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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Début octobre, l’homme de loi genevois Charles Poncet publiait une tribune iconoclaste dans «L’Hebdo» portant sur le terrorisme, intitulée: «A Messieurs les assassins». Il y défendait le rétablissement de la peine de mort à l’encontre des auteurs d’actes de terreur. Ce mercredi, quelques heures après le carnage de «Charlie Hebdo», il réaffirme sa position.

Jugez-vous que les événements parisiens de ce matin vous donnent, a posteriori, raison?

Tout d’abord, à chaud, ma première réaction c’est: Ah les salauds! Ils ont tué Wolinski! Wolinski, et ses magnifiques dessins en trois vignettes! Tuer des gens comme cela, c’est abject.
Maintenant, a posteriori, oui, malheureusement, ces événements me donnent raison: il faut que l’on se décide à redevenir capable de punir. Vous avez vu, comme moi, comme tout le monde, la vidéo de ces deux crapules qui achèvent froidement un policier blessé à terre. Comment voulez-vous les rééduquer ? Ils ne méritent que la peine de mort. Si on se limite à l’incarcération, le seul résultat sera de risquer de nouveaux actes terroristes pour les faire libérer. Il faut des peines féroces pour ce genre de criminels, y compris la peine de mort. Et il faut agir vite, car les peines ne peuvent s’appliquer rétroactivement.

Vous avez pourtant vous-même jugé que la peine de mort n’avait pas d’effet préventif.

La peine de mort n’a en effet aucun effet préventif: lors des pendaisons publiques de voleurs au 17e, des tire-laine faisaient les poches de l’assistance! La peine de mort rassure face à des actes de ce genre et cela génère un sentiment de communauté. Si on m’avait dit il y a 25 ans que je tiendrais un jour de tels propos, je n’y aurais pas cru, mais le monde change, et il faut savoir s’adapter.

La tuerie de Charlie Hebdo est-elle à même de faire émerger ce débat dans le champ politique suisse?

C’est encore un tabou, mais tout le monde s’accorde sur le fait qu’une sévérité accrue est nécessaire. Si on continue comme cela, nous aurons bientôt une coalition d’islamistes bien organisés qui partout feront face à des pouvoirs qui sont affaiblis ou indolents, l’Europe y compris. Si on continue à avoir chaque mois 15'000 ou 20'000 musulmans qui débarque à Lampedusa, on aura Marine Le Pen présidente de la République française, entre autres. Il est nécessaire que les forces libérales et sociales-démocrates défendent ensemble un renforcement de la répression et de la lutte contre l’immigration clandestine ou non autorisée.

L’attaque de ce matin vise-t-elle selon vous la seule liberté de la presse, ou sa portée est-elle plus étendue?

Elle va au-delà d’une attaque contre la liberté de la presse. L’Islam et la chrétienté ont toujours été ennemis, sauf entre le 6e et le 10e siècle, où l’Espagne musulmane connut une période de tolérance entre chrétiens, musulmans et juifs. Puis la chrétienté a dominé l’Islam et aujourd’hui, nous vivons en bonne entente. Mais il y a une minorité dévoyée qui ranime le conflit séculaire, en essayant de tuer les symboles de la chrétienté libérale, dont la liberté de la presse fait évidemment partie.

De tels actes peuvent-ils être perpétrés en Suisse?

Je ne pense pas, car on n’y trouve pas de très grandes villes. Vous ne pouvez pas vous fondre dans une mouvance à Genève ou à Zurich aussi facilement qu’à Paris ou à Londres. Par ailleurs, la Suisse ne possède pas de symboles à même d’exciter des islamistes dévoyés.

Pourquoi, alors, y rétablir la peine de mort si le risque d’attaque est faible?

Parce qu’un pays comme la Suisse serait particulièrement bien placé pour prendre l’initiative d’une convention au Conseil de l’Europe, qui inciterait les signataires à introduire des peines d’élimination, y compris la peine de mort s’ils le souhaitent. Notre pays n’a jamais pris part à une guerre. Il est vierge de tout passé colonial. Nous sommes en mesure de défendre un durcissement des positions occidentales sans que l’on nous prête des arrière-pensées.