Genève

20 février 2018 08:41; Act: 20.02.2018 12:00 Print

Du rock à huis clos a fait vibrer Curabilis

par Lucie Fehlbaum - Films, concert, théâtre: l'Office cantonal de la détention inaugure diverses activités socioculturelles pour détenus.

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Eric Linder, co-directeur du festival Antigel, chante ici dans le groupe The Sunfast. (Photo: Etat de Genève)

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Carrières du Salève, Jardin botanique ou église de village: au fil des éditions, le festival Antigel a diffusé sa musique partout où les Genevois ne l'attendaient pas. Partout, mais aussi pour tous: cette année, 25 détenus de Curabilis ont profité d'une heure de rock en live. Vendredi, à 15h, le trio local The Sunfast a fait vibrer les murs du gymnase de l'établissement pénitentiaire, dans une ambiance intense. «Les membres du groupe jouent depuis des années, mais cette expérience était inoubliable», confie Stéphanie Cariage, responsable du projet Antidote, nouveau volet social d'Antigel, qui a organisé l'événement. «A la fin du concert, les détenus se sont tous levés, spontanément. Il y a eu de chouettes interactions, révèle Laurent Forestier, directeur de la communication de l’Office cantonal de la détention (OCD). Cela donne envie de reconduire l’expérience.»

Avant le concert, le groupe «a donné au public des informations sur sa formation ou sur les instruments, précise Stéphanie Cariage. La prison a validé les amplis, vérifié que les décibels ne dérangeaient pas certains détenus sensibles, mais The Sunfast était libre pour les paroles des chansons.»

Depuis sa réforme du concept de réinsertion, présentée en novembre dernier, l'OCD multiplie les collaborations artistiques. Musique avec Antigel, cinéma oriental à l'occasion du festival y relatif, et des pistes pour du théâtre... amener la culture en prison fait partie des objectifs de ce nouveau programme pour sortir de la spirale criminelle. «Une passerelle se crée entre vie dans les murs et vie au-dehors quand les détenus rencontrent des intervenants extérieurs, explique Laurent Forestier. Ces derniers ressortent souvent très touchés.»

Le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) a été pionnier de cette ouverture. Depuis l'an passé, les détenus de la Brenaz, en exécution de peine, visionnent trois films en compétition. Ils forment un jury de 15 personnes et élisent leur favori. «Ils fabriquent un trophée et leur prix fait partie du palmarès officiel du festival, souligne Isabelle Gattiker, directrice du festival.» Habitué à «pousser tous les murs», le FIFDH a démarché l'OCD pour diffuser ses films dans les établissements pénitentiaires. La Clairière a été le premier, il y a deux ans, à organiser des séances, avant la Brenaz. En mars 2018, les femmes de Champ-Dollon composeront leur jury.