Genève - procès

30 septembre 2014 20:21; Act: 30.09.2014 21:37 Print

Il tente de faire assassiner sa riche épouse

La tentative d'assassinat d'une riche épouse, sur fond d'affaire Madoff, occupe le Tribunal criminel de Genève depuis mardi après-midi.

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La victime de la tentative d'assassinat, planifiée par son mari banquier, arrive avec son avocat Marc Bonnant, à droite, au palais de justice, mardi. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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Un financier de 57 ans, un entrepreneur de 48 ans, un peintre en bâtiment de 33 ans et un homme de main de 29 ans comparaissent devant leurs juges depuis mardi, à Genève.

Le procès s'est ouvert avec l'interrogatoire de l'homme de main, accusé d'avoir tenté de tuer la victime pour 400'000 francs. Les faits remontent au 19 février 2012, à 22h48. La quadragénaire, qui rentre de vacances, est déposée devant sa propriété de Chêne-Bougeries par un taxi. Alors qu'elle passe le portail, elle est agressée par ce Kosovar, 1,96 mètre pour plus de 100 kilos.

Agression de dix minutes

«Je savais que la victime rentrait de voyage et qu’elle arriverait chez elle vers 23 h», a raconté le Kosovar de 29 ans. L’homme l’attend dans sa luxueuse propriété de Chêne-Bougeries, tapi dans l’ombre. «Lorsqu’elle est arrivée, je l’ai attrapée par derrière, je lui ai donné des coups de poing au visage et je l’ai blessée à la gorge avec mon couteau. Puis je l’ai étranglée.» Il explique avoir reçu pour mission d’assassiner cette femme et de voler des objets dans sa maison, afin de faire passer l’homicide pour un cambriolage qui aurait mal tourné. L'homicide avait été projeté depuis le mois de juin 2010 par le mari.

Voûté, la tête baissée, le prévenu marmonne des regrets. «Elle hurlait et se débattait, poursuit l’agresseur. Lorsque j’ai vu son sang, je n’ai pas eu le cœur à la tuer. Elle avait l’air troublée». «Oui, certainement légèrement froissée», ironise Me Bonnant, l’avocat de la victime. L'agression durera dix minutes. La femme finira par s'évanouir.

Gros héritage

La police soupçonne le mari, dans la maison avec leurs deux enfants au moment de l'agression. Ce gérant de fortune a perdu de l'argent dans la crise et l'affaire Madoff, en 2008. Les époux sont en procédure de divorce.

L'héritage de la femme est estimé à plus 23 millions de francs. L'enquête prend un tour décisif en mai 2012, quand le Kosovar tire un coup de feu contre des individus dans un bar genevois.

Cousin dédouané

Mardi après-midi, le tueur à gages est revenu, en albanais, sur ses déclarations concernant l'implication des différents protagonistes. Il s'est montré brouillon, a mis en cause la qualité de la traduction.

Le Kosovar a affirmé que son cousin n'était pas au courant de sa mission criminelle. Or cet homme est accusé de l'avoir convaincu en 2011 de tuer la victime sur demande de l'entrepreneur, ami du mari, et de l'avoir conduit sur place le soir du crime.

«Personne ne m'a dit d'arrêter ma mission», a-t-il affirmé au tribunal, faisant référence à un prétendu contre-ordre du mari et de l'entrepreneur. Il avait fait chou blanc lors de deux tentatives précédentes.

Ce procès, qui doit durer jusqu'au 10 octobre, réunit des ténors du barreau genevois. Me Marc Bonnant défend la victime. Yaël Hayat et Jacques Barillon sont les avocats du mari. Du côté des trois Kosovars, l'entrepreneur est défendu par François Canonica, le recruteur par Robert Assaël et l'homme de main par Claudio Fedele.

(mag/ats)