Genève

17 avril 2018 07:13; Act: 17.04.2018 12:42 Print

Une coopérative veut casser les prix de la PPE

par Maria Pineiro - La (Codha) veut proposer des logements à la vente moins chers que les prix du marché.

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La Codha veut éviter l'augmentation des prix dans le temps. (Photo: vm)

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Proposer des appartements en propriété par étage (PPE) à des tarifs autour de 15% meilleur marché que ce qui se pratique actuellement? C'est le projet que développe depuis 2012 la Coopérative de l'habitat associatif (Codha) sous l'acronyme PSBL, à savoir propriété sans but lucratif. La coopérative participative qui compte quelque 3000 membres veut investir un segment qui lui est pour l'heure étranger.

Ces principes et valeurs, la Codha entend les faire vivre dans un nouveau contexte. Ainsi, exit la marge du promoteur: «Elle se monte généralement à 18%. Si on la supprime ou on la diminue drastiquement, les appartements sont plus abordables», explique Guillaume Kaeser, membre du comité. Mais cet avantage n'est pas totalement gratuit. Les terrains resteraient en mains de la coopérative qui les louerait à la copropriété via un droit de superficie de 99 ans. La Codha serait également administratrice de la copropriété, ce qui permettrait de faire vivre de petites communautés. Des espaces communs seraient imposés : «Quand bien même je suis persuadé que ce sera la volonté de nos membres», nuance Guillaume Kaeser. Enfin, pour ne pas participer à l'augmentation des prix dans le temps, une valeur primordiale de la Codha, la revente des appartements serait strictement encadrée et la plus-value interdite.

Des doutes quant à la pertience

La réflexion a été entamée il y a six ans sous l'impulsion d'une coopératrice. Elle a connu bien des soubresauts, notamment d'un point de vue idéologique. Pour une partie des membres de la coopérative, faire de la promotion et vendre de la PPE ne fait pas, et ne doit pas faire, partie des missions de la Codha. Il y a une semaine, lors d'une réunion d'information qui a réuni une cinquantaine de personnes, plusieurs interventions ont émis des réserves quant à la pertinence de s'aventurer sur des terrains inconnus. Néanmoins, le comité s'appuie sur un sondage mené auprès de 900 membres: 60% soutiennent le projet.

Du côté du Département de l'aménagement, du logement et de l'énergie la réception est positive: «Nous soutenons l'accès de la classe moyenne à la propriété. La diversité des acteurs dans le domaine est une excellente chose», affirme Pauline de Salis, secrétaire générale adjointe.

«Ce projet est une tromperie»

Un enthousiasme que ne semblent pas partager les milieux immobiliers. Pour Christophe Aumeunier, secrétaire général de la chambre immobilière, «ce projet est une tromperie, les coopérateurs ne sont jamais pleinement propriétaires. Le prix de vente sera moins cher, mais l'amortissement coûtera davantage, notamment à cause du droit de superficie, dont les nouvelles normes s'établissent à 66 ans plutôt qu'à 99 ». Et d'enfoncer le clou: «Ce que veulent les Genevois, c'est l'accès à la propriété. C'est pour cela que la Codha veut s'engouffrer dans ce segment, parce que les coopératives, cela ne marche pas!» S'agissant de la durée des droits de superficie, le DALE rassure: la norme ne changera pas.

Guillaume Kaeser admet que le coup de sonde du côté de promoteurs s'est avéré peu concluant. «Ils n'étaient pas chauds. C'est normal, puisque nous les concurrencerions sur un terrain sur lequel ils sont seuls», analyse-t-il. Pour l'heure, rien n'est encore conclu. La coopérative doit formaliser un certain nombre de données puis faire passer son idée devant une assemblée générale.