Archéologie à Carouge

29 mai 2012 13:28; Act: 29.05.2012 15:02 Print

Le bois mystère soutenait un pont au Moyen-Age

par Jérôme Faas - La structure découverte à la Fontenette le 30 avril date de l'an 1115. Les blocs romains exhumés alentours appartenaient probablement à un mausolée.

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Mardi 29 mai au matin, la pile de pont datant de 1115 est soigneusement débâchée. La structure en bois a été découverte le 30 avril dans le cadre d'un chantier locatif situé à Carouge, entre la route de Veyrier, la rue de la Fontenette et le passage des Tireurs-de-Sable. Les médias sont conviés à découvrir officiellement cette pile de pont, ainsi que quelque 80 blocs romains, provenant sans doute du mausolée d'un centurion. Cette pile de pont, construite en bois de chêne, constitue la plus ancienne trace d'un pont sur l'Arve. En arrière-plan se trouvent quelques blocs romains. Ils ont été utilisés pour remblayer le lit de l'Arve, probablement au XVIIe ou XVIIIe siècle. Le bois, qui était enseveli sous une couche alluvionnaire, est déjà en train de se dégrader. Une série de madriers en seront prélevés pour être traités. L'emplacement de cet ancien pont est une véritable découverte pour le Service cantonal d'archéologie. La pile de pont découverte, en contact avec la nappe phréatique, est gorgée d'eau. Lorsque celle-ci s'évapore, le bois explose. Les archéologues ont trouvés quelque 80 blocs romains, enterrés à trois mètres de profondeur. Ils pèsent chacun entre 500 et 600 kg. Le Service cantonal d'archéologie formule l'hypothèse que ces blocs proviennent d'un mausolée romain, voire de plusieurs. A l'appui de cette thèse, la découverte en 1805, à 40 mètres, du mausolée du centurion Marcus, donc certains blocs sont exposés devant la amirie de Carouge. L'archéologue cantonal Jean Terrier parle de "découverte stupéfiante". L'archéologue cantonal Jean Terrier juge que la structure de bois exhumée est "exceptionnellement bien conservée". Son service a peiné à la dater, faute de matériel ou d'objets trouvés alentours, qui auraient pu servir d'indices. Le conseiller d'Etat François Longchamp, qui préside par intérim le Département des constructions et des technologies de l'information, a évoqué la responsabilité de l'Etat: "assurer la préservation des découvertes faites à Genève, la recherche et l'étude." Blocs architecturaux en calcaire dégagés durant le terrassement. Eléments en bois d'une imposante structure d'époque médiévale. Eléments en bois d'une imposante structure médiévale, d'une taille de 6 mètres par 12 mètres. Blocs en calcaire découverts lors du terrassement. Vue d'ensemble du chantier. Détail de sculpture sur un bloc en calcaire. Base de colonne et blocs architecturaux découverts durant le terrassement. Base de colonne découverte durant le terrassement. Mise à jour des blocs de calcaire ayant appartenu à un monument d'époque romaine.

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Jusqu'alors, on supposait. Aujourd'hui, on sait: au tout début du Moyen-Age classique, un pont enjambait l'Arve au niveau de l'actuel pont de la Fontenette. La structure en bois découverte le 30 avril au détour d'un chantier locatif, et dont nous vous faisions part dans nos colonnes, date de l'an 1115. Il s'agit d'une pile de pont, c'est-à-dire de ses fondations. «Ce tracé est une découverte totale, s'émerveille Jean Terrier, l'archéologue cantonal. Les premiers ponts mentionnés dans les textes ne datent en effet que du XIIIe siècle.»

Le Service cantonal d'archéologie a peiné à dater ces madriers en chêne. «Aucun objet n'a été retrouvé à proximité, aucun texte ne mentionnait cet ouvrage. S'agissait-il d'un pont gaulois, romain, moyen-âgeux? Rien ne nous permettait de trancher», explique Jean Terrier. C'est le laboratoire de dendrochronologie de Moudon qui a permis de résoudre l'énigme de ces madriers de chêne.

80 blocs d'une demi-tonne

Le scientifique parle de «découverte stupéfiante». Elle l'est doublement. Au-dessus du bois, qui reposait à la limite de la nappe phréatique, s'empilaient quelque 80 blocs de 500 à 600 kg chacun datant de l'époque romaine. Certains d'entre eux sont sculptés. Ils ont été utilisés, probablement entre le XVIIe et le XIX siècle, pour remblayer l'Arve.

Les restes du mausolée d'un centurion

«Nous formulons l'hypothèse qu'ils appartenaient à un, voire plusieurs mausolées», avance Jean Terrier. En 1805, à 40 mètres de cette zone située entre la route de Veyrier, la rue de la Fontenette et le passage des Tireurs-de-Sable, avaient en effet été découverts quelques restes de la monumentale sépulture d'un centurion, Marcus.

Les blocs en question sont aujourd'hui exposés dans l'entrée de la mairie de Carouge. Les nouveaux éléments architecturaux exhumés fin avril, donc des fragments et des bases de colonnes, appartiendraient eux aussi à la dernière demeure de ce haut-gradé romain.

L'immeuble prévu sera construit

Le chantier locatif, qui avait été initialement interrompu fin avril pour cause de nappe phréatique, reprendra ses droits la semaine prochaine. Les blocs calcaires seront sans doute déplacés «au fond du cimetière de Carouge», annonce la conseillère administrative Stéphanie Lammar. Quant aux vestiges du pont, les pièces les plus intéressantes en seront prélevées pour être traitées.

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