Panama papers

07 décembre 2017 15:31; Act: 07.12.2017 18:09 Print

Le lanceur d'alerte n'était pas Genevois

par Maria Pineiro - Après une année d'enquête, le Ministère public a classé l'affaire d'une fuite de données du cabinet genevois de Mossack Fonseca.

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La succursale genevoise de Mossack Fonseca a subi un vol de données au printemps 2017. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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«Il n'était pas le fameux John Doe», le lanceur d'alerte à l'origine des Panama papers, ont asséné Me Thomas Barth et Romain Jordan. Leur client, informaticien au sein de la succursale genevoise du cabinet Mossack Fonseca, avait été arrêté à Genève en mai 2016. La justice le soupçonnait alors d'avoir volé 40 gb de données informatiques à son employeur, alors empêtré dans le scandale des Panama papers à la suite d'un vaste piratage.

Après une année et demie d'enquête, le Ministère public a classé l'affaire le 4 décembre, faute de preuves. Une conclusion due notamment à la non-coopération du cabinet d'avocats.

Logiciel malveillant

Les deux hommes de loi, satisfaits de ce classement, sont revenus sur les faits. Leur client Monsieur F. a été licencié pour raisons économiques en mai 2016 par Mossack Fonseca après 16 années de collaboration. Quelques jours avant l'annonce de cette séparation à l'intéressé, son ordinateur a commencé à transmettre des données confidentielles à un serveur situé en Malaisie. Cette fuite d'information a stoppé durant les vacances de l'employé, puis recommencé à son retour. Il n'en fallait pas plus pour que Mossack Fonseca ne soupçonne son informaticien de vol de données.

La société porte plainte. L'homme est arrêté et emprisonné durant un mois. Libéré, son passeport lui est retiré et il ne peut quitter le territoire, «ce qui est particulièrement embêtant, puisque le prévenu est d'origine espagnole», a indiqué Me Barth. L'enquête menée par les services spécialisés de la police genevoise conclut que le logiciel a un lien avec d'autres attaques, elles-mêmes liées au Kazahkstan.

Manque d'information

Surtout, les investigations permettent de démontrer que la maison-mère de Mossack Fonseca avait également subi les assauts du même logiciel à peine un mois avant les problèmes genevois. Elle n'en avait pas informé ses différentes succursales à l'international.

Enfin, le cabinet panaméen n'a jamais donné suite aux demandes de collaboration de la justice genevoise. «De fait, les enquêteurs, n'ont pu établir de preuves à l'encontre de notre client», a déclaré Romain Jordan.

Frais de procédure

Malgré le classement de la plainte, les avocats feront recours, car le Ministère public a estimé que les frais de procédure, à hauteur de 20'000 fr, sont à la charge de l'informaticien. La justice estime qu'il ne s'est pas correctement occupé du parc informatique dont il avait la charge. Le Ministère public a indiqué que «les risques pris par le prévenu avaient créé fautivement les conditions propices à la survenance du piratage.» De même, l«a gestion imprudente des ressources informatiques avait par ailleurs notablement compliqué les investigations.»

Me Barth et Jordan ont également insisté sur les conséquences négatives pour leur client de son emprisonnement durant un mois. Ils ont indiqué que l'informaticien, longtemps en arrêt de travail, n'avait pas d'emploi à l'heure qu'il est.