Affaire Semhar (GE)

12 juin 2018 12:15; Act: 12.06.2018 20:19 Print

Le procureur demande la perpétuité et l'internement

par Maria Pineiro - Dans son réquisitoire, le Ministère public a souligné la détermination du prévenu et son manque absolu d'empathie.

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Le meurtre de Semhar en août 2'012 a fortement ému l'opinion publique. (Photo: Keystone/Magali Girardin)

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«La culpabilité, c'est comme un puzzle, ce n'est pas parce qu'il manque des pièces qu'on ne voit pas l'image», a déclaré le procureur Joël Schwarzentrub. Dans l'affaire du viol et du meurtre de la petite Semhar, «il n'y a pas d'absolue certitude», a-t-il renchérit. Pour autant, le magistrat a demandé à la Cour de prononcer la culpabilité du prévenu et de lui infliger la prison à vie assortie de l'internement. Car s'il manque des pièces, l'image apparaît tout de même, a souligné le représentant du Ministère public.

Dans un réquisitoire long de presque deux heures, Joël Schwarzentrub s'est employé à démontrer qu'au fil du temps, le prévenu, un chauffeur de taxi éthiopien de 42 ans, est devenu de plus en plus violent avec ses compagnes successives jusqu'à son arrestation après le meurtre de Semhar. Violence domestique, séquestration, viol conjugal, actes de cruauté. Le tableau dépeint fait froid dans le dos et démontre une «gradation dans la gravité des faits reprochés», a souligné le procureur.

Le mensonge au coeur du personnage

Mais surtout, le prévenu «ment, le mensonge est au coeur du personnage». Autre aspect qui a pesé sur toute la procédure et le procès, le chauffeur de taxi «ne reconnaît rien», ni dans l'affaire du viol et du meurtre de la fille de 12 ans ni dans les affaires de violences conjugales.

Pour le procureur, la culpabilité est établie, malgré certaines pièces manquantes. «L'hypothèse de l'intervention d'un tiers est exclue», affirme-t-il. Le prévenu a changé plusieurs fois de version. Ses explications ne sont pas logiques compte tenu du contexte et de sa personnalité. Il y a des incohérences. Surtout, son profil «ADN Y» a été retrouvé à des endroits clés du corps de Semhar, comme le cou, les poignets, les ongles ou le centre du slip.

Sadique sexuel et psychopathe

Le magistrat a requis la contrainte sexuelle plutôt que le viol pour des questions de droit suisse. Il a par ailleurs retenu l'assassinat, soit le meurtre avec circonstances aggravantes. A cet égard, il a relevé que le prévenu avait profité de la proximité qu'il entretenait avec sa future victime, qu'il lui a fallu de longues minutes face-à-face avec Semhar pour lui infliger la mort par strangulation, qu'il n'avait fait montre d'aucune empathie. Joël Schwarzentrub a relevé le fait que les expertises qualifiaient le prévenu de« sadique sexuel et de psychopathe», d'où sa demande d'internement.

Mardi après-midi, le cour va entendre les plaidoiries des parties plaignantes.