Genève

16 mai 2018 22:37; Act: 17.05.2018 10:16 Print

Un entrepreneur libanais a payé le voyage de Maudet

par Jérôme Faas - Le conseiller d'Etat PLR a joui d’un séjour tous frais payés à Abu Dhabi en 2015. Il a reversé le prix du vol standard aux Eglises.

storybild

(Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

«J’ai sans doute été imprudent.» Pierre Maudet a admis avoir mal jaugé le contexte quand il a accepté de se faire offrir par un tiers une partie d’un voyage de quatre jours à Abu Dhabi (EAU), en novembre 2015, pour voir le Grand Prix de F1. Il s’y était rendu avec sa femme, ses trois enfants et deux amis proches, son chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne et un entrepreneur genevois, Antoine Daher. Mercredi, durant un entretien avec «20 Minutes», «Le Temps» et la «Tribune de Genève», le conseiller d’Etat a répondu à toutes les questions posées et livré les éléments de l’affaire jusqu’alors restés dans l’ombre, dont l’identité du donateur.

Package vol-logement-billets

Pierre Maudet insiste sur les circonstances qui ont présidé à l’organisation de ce voyage, «prévu depuis juin 2015». Ses deux amis et lui ont l’habitude de partir en vacances ensemble. Ils prennent en charge l’organisation chacun leur tour. Cette fois, c’est Antoine Daher qui endosse ce rôle. «En octobre, il me signale qu’il a accès à des packages vol-logement-billets, gratuits, via une connaissance sur place.» Le PLR est gêné: «Le principe, c’est que je paie mes déplacements privés.» Il cherche donc sur internet le prix d’un vol en classe éco pour lui et sa famille: 4000 francs. Puis, avant son départ, il fait un don d’un montant équivalent aux églises catholique et protestante, 2000 francs chacune, versements dont il produit les justificatifs.

L'identité du donateur dévoilée

S’il se doute bien qu’il aura accès au Grand Prix, il affirme qu’il ne savait pas, avant de s’envoler, qu’il voyagerait finalement en classe business et logerait dans un hôtel de luxe, l’Emirates Palace. «C’était imprudent de ma part, mais nous étions dans un cadre amical. Je ne me suis donc pas posé la question.» Dans sa tête, l’organisateur reste son ami proche. Raison pour laquelle, d’ailleurs, il ne lui demande pas le prix du séjour. «Les packages ont été offerts par Saïd Bustany à Antoine, qui nous en a fait profiter.» Saïd Bustany, libanais comme l’ami de Pierre Maudet, est entrepreneur dans le secteur portuaire et installé aux Emirats depuis une trentaine d’années. «Il n’a pas d’activité sur Genève ni l’intention d’en avoir, il est bientôt à la retraite, indique le conseiller d’Etat. Il ne savait même pas qui j’étais.» Sur place, constatant l’absence de toute sollicitation, l’élu achève de se rassurer.

«J'aurais été mieux avisé de refuser»

«Rétrospectivement, j’aurais été mieux avisé de refuser ce voyage, concède-t-il. J’ai relativement peu de loisirs. J’étais mal à l’aise avant de partir, mais pas au point d’annuler.» La question de la contrepartie ne lui a pas effleuré l’esprit, «car dans le cercle amical, on s’invite les uns les autres régulièrement.» Il ne connaît pas le prix du package, qui n’est pas traçable, «et c’est ça le problème. Mais pour moi, ce n’était pas un cadeau mais une prise en charge de mon ami Antoine. Le fait d’être entre amis ne pas fait prendre la mesure des changements intervenus sur ce voyage.»