Témoignage

05 juillet 2017 10:28; Act: 05.07.2017 11:48 Print

«L'excision est un cri que l'on n'oublie jamais»

Excisée à 8 ans en Guinée, mariée de force à 13 ans, Diaryatou Bah milite contre les violences et les mutilations sexuelles qui détruisent des fillettes.

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Diaryatou Bah, âgée aujourdhui de 31 ans, a été excisée et mariée de force à 13 ans. Résidant en France, elle y est l'ambassadrice de la campagne de prévention «Excision, parlons-en!». (photo: AFP/Jessica Lopez)

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Diaryatou Bah a été excisée à l'âge de 8 ans en Guinée. Un souvenir horrible qu'elle a décidé de raconter. «On m'a demandé de suivre une femme dans une pièce et on m'a vêtue d'un simple pagne. Personne ne m'a dit ce qui allait se passer, on m'a tenu les bras, les jambes et j'ai été excisée», raconte cette femme de 31 ans, arrivée en France à 17 ans. «Le cri de l'excision, c'est un cri de douleur qu'on ne peut jamais oublier», poursuit Diaryatou. À l'époque, dans son village, «c'était la tradition». «Si une fille n'était pas excisée, ce n'était pas normal», poursuit la jeune femme qui a pris conscience de ce qu'on lui a «enlevé» – clitoris et petites lèvres – en racontant son histoire bien plus tard.

En 2016, l'ONU Femmes dénombrait 200 millions de filles et de femmes ayant subi une forme de mutilation génitale dans les pays les plus concernés (27 pays africains, le Yémen, l'Irak et l'Indonésie). «On peut avoir une famille moderne, indépendante, qui une fois en Afrique va subir le poids des traditions, la pression familiale. Il suffit de dix minutes pour qu'une fille soit excisée et ce traumatisme, elle l'aura toute sa vie», met en garde Diaryatou, «peu rassurée» à l'idée d'emmener sa fille de 18 mois en Guinée.

Une émission télé lui ouvre les yeux

Mariée à 13 ans et demi à un polygame de 30 ans son aîné, elle quitte son pays pour rejoindre ce quasi-inconnu aux Pays-Bas. «À 14 ans, c'est théorique, le mariage, on le connaît par les romans. Je n'étais préparée à rien, ne connaissais rien, la sexualité était taboue», poursuit Diaryatou, qui subit rapidement viols conjugaux, coups, insultes et isolement. Lorsqu'elle a 17 ans, le couple s'installe près de Paris. Souvent laissée seule et sans argent pendant que son mari rejoint d'autres épouses. «Je ne parlais pas français, je n'avais jamais pris le métro, je n'avais pas de papiers, j'étais coupée du monde.»

Un soir, après quatre ans de vie conjugale qui lui en ont «paru quarante», elle tombe sur une émission où témoignent des femmes victimes de violences. À 17 ans, devant son écran, elle note le mot «assistante sociale» pour pouvoir «sortir de l'enfermement». Prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance, elle est installée dans un foyer de jeunes travailleurs, apprend le français et est suivie par une association et une psychologue. En 2005, la carte de séjour lui offre «une nouvelle vie».

«C'est un témoignage de femme qui m'a sauvée»

«C'est un témoignage de femme qui m'a sauvée. Ce que je veux c'est transmettre à mon tour», dit Diaryatou, employée dans une association qui vient en aide aux exclus et aux femmes en fragilité, auteure, en 2006, du livre «On m'a volé mon enfance». Aujourd'hui mère, elle a pardonné et se dit «apaisée»: «Je suis une victime, mais ma famille, comme beaucoup de familles africaines, a hérité de ces traditions. C'est à la racine qu'il faut combattre l'excision, le mariage forcé, par l'éducation pour casser l'ignorance et offrir le choix aux prochaines générations.»

Diaryatou habite en France et est l'ambassadrice de la campagne de prévention «Excision, parlons-en!». Pour les futures campagnes contre l'excision, elle aimerait impliquer davantage les hommes: «Eux aussi doivent s'engager en racontant comment c'est d'être avec une femme qui a été excisée, qui n'a pas de plaisir, qui ne connaît pas son corps», plaide-t-elle.


(20 minutes/afp)