Iran

03 janvier 2018 11:15; Act: 03.01.2018 11:24 Print

«La vie est vraiment dure»

Alors que l'Iran est frappé par des manifestations, plusieurs personnes témoignent de la situation à Téhéran.

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Le chef de la CIA a nié toute implication de son agence dans les manifestations qui secouent l'Iran. (Dimanche 7 janvier 2018) Le guide de la révolution iranienne, Ali Khamenei, que l'on voit sur un portrait brandi par une manifestante, a décidé ce dimanche d'interdire l'enseignement de l'anglais à l'école primaire. (7 janvier 2018) Des partisans du gouvernement iranien ont défilé samedi pour la quatrième journée consécutive. (Samedi 6 janvier 2018) Dix personnes ont perdu la vie dimanche soir lors de heurts entre manifestants et forces gouvernementales. (1er janvier 2018) Des étudiants iraniens fuient les gaz lacrymogènes à l'université de Téhéran lors d'une manifestation pour protester contre les mauvaises conditions économiques. (Samedi 30 décembre 2017) Des heurts ont opposé les étudiants de l'université de Téhéran et la police. (Samedi 30 décembre 2017) En fin d'après-midi, des centaines de personnes ont manifesté ailleurs dans le quartier de l'université, scandant des slogans hostiles au pouvoir. Elles ont également été dispersées par la police anti-émeutes. (Samedi 30 décembre 2017) Manifestation pro-gouvernement près de la grande mosquée Imam Khomeini à Téhéran. Des dizaines de milliers de supporters du régime ont manifesté dans plusieurs villes du pays après deux jours de manifs anti-gouvernement. (Samedi 30 décembre 2017) Manifestation pro-gouvernement près de la grande mosquée Imam Khomeini à Téhéran. Des dizaines de milliers de supporters du régime ont manifesté dans plusieurs villes du pays après deux jours de manifs anti-gouvernement. (Samedi 30 décembre 2017) Des femmes chantent des slogans à la gloire du régime lors d'une manifestation pro-gouvernement à Téhéran. (Samedi 30 décembre 2017) Des manifestants sont visés par des gaz lacrymogènes à Téhéran. (Samedi 30 décembre 2017) Dans la nuit, l'internet a été coupé sur les téléphones portables au moins à Téhéran. Des millions d'Iraniens consultent l'internet sur ces téléphones. (Samedi 30 décembre 2017)

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Même si Téhéran est peu touchée par les manifestations contre le pouvoir qui agitent depuis jeudi plusieurs villes d'Iran, les habitants de la capitale se plaignent de leur situation économique. Ils réclament des actes au gouvernement.

«La vie est vraiment dure, les prix élevés nous étranglent. Mon mari est fonctionnaire, mais son salaire est loin d'être suffisant pour que nous puissions joindre les deux bouts», explique Farzaneh Mirzaie.

Cette femme de 42 ans et mère de deux enfants explique que la plupart des membres de sa famille travaillent dans une fabrique de tapis à Kashan, à 250 km au sud de Téhéran, mais qu'ils ont tous perdu leur emploi récemment. «Le propriétaire de l'usine ne pouvait plus se permettre d'acheter du fil pour fabriquer ses tapis et il a viré tout le monde. Comment vont-il survivre?», se demande-t-elle.

Cette histoire est symptomatique des difficultés économiques que traverse l'Iran. Le pays tente de se remettre de longues années de mauvaise gouvernance et de sanctions économiques internationales paralysantes.

Dimanche soir, le président Hassan Rohani a réagi aux manifestations, qui ont fait 21 morts et conduit à l'arrestation de centaines de personnes, en expliquant que les Iraniens devaient avoir le droit de s'exprimer, mais sans recourir à la violence. «Il dit que c'est possible pour les gens de manifester mais nous avons peur de parler. Même là, j'ai peur de vous parler», assure Sarita Mohammadi, une enseignante de 35 ans.

«Seule façon de se faire entendre»

Beaucoup de Téhéranais sont néanmoins rebutés par la violence des manifestants qui ont attaqué des banques, des bâtiments administratifs et des symboles du régime. Sara, une étudiante de 26 ans vêtue du traditionnel tchador, adhère à la ligne gouvernementale selon laquelle les protestations sont «guidées depuis l'étranger». Mais elle a le sentiment qu'elles ont été provoquées par «les difficultés économiques des gens».

«Je ne suis pas du tout pour les manifestations dans lesquelles les biens publics sont vandalisés», abonde Shiva Daneshvar, femme au foyer de 55 ans. «Si certains cassent des fenêtres, nous devrons payer (leur réparation) plus tard.»

Pourtant, chacun comprend la frustration en germe au sein de la société iranienne. «Je pense que les gens n'aiment pas vandaliser et incendier les lieux, mais c'est leur seule façon de faire entendre leur voix», justifie Nasser Khalaf, 52 ans, employé d'une compagnie pétrolière, qui dit avoir deux fils au chômage.

Epreuves vaines

Certains estiment que la nation n'a pas été récompensée après avoir enduré des décennies de difficultés: la révolution de 1979, huit ans de guerre avec l'Irak dans les années 1980 et les sanctions internationales, partiellement levées après l'accord sur le nucléaire iranien de 2015.

«Après 40 ans (de République islamique, ndlr), ils ont réalisé que toutes ces épreuves (...) étaient vaines», estime Arya Rahmani, une infirmière de 27 ans. «Je travaille, mais je vis dans la crainte d'être renvoyée demain».

Trump «dans son palace»

Le soutien affiché du président américain Donald Trump aux manifestants fait sourire à Téhéran. Ces tweets sont «inutiles», lâche Arya. «Trump vit dans son palace et moi ici, je suis arrêtée. Que peut-il faire?».

«Cela aurait été mieux qu'il ne soutienne pas les protestations», surenchérit Nasser. Il estime également que le soutien aux manifestants de la part de groupes d'opposition basés à l'étranger n'est pas une bonne chose.

Beaucoup d'Iraniens nourrissent une profonde méfiance envers Trump après sa décision de leur interdire l'entrée aux Etats-Unis, à l'instar d'autres pays musulmans, dans un décret visant à prévenir l'entrée de «terroristes» selon Washington.

«Le gouvernement devrait améliorer la situation des gens à un niveau tel que Trump n'oserait plus dire quoi que ce soit», relève Mirzaie, femme au foyer, qui déplore notamment que l'Iran ne parvienne pas à exploiter tout son potentiel économique. «Notre pays vaut de l'or», assure-t-elle. «Mais nous ne tirons vraiment pas profit de ce qu'on a.»

(nxp/ats)