Harcèlement

14 février 2018 19:50; Act: 14.02.2018 23:14 Print

Agressées dans un lieu saint, elles brisent le tabou

Avec le hashtag #MosqueMeToo (mosquée moi aussi), des musulmanes dénoncent le harcèlement ou les agressions sexuelles dont elles ont été victimes lors du pèlerinage à La Mecque.

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Né après l'explosion du scandale Harvey Weinstein, le hashtag #Metoo (moi aussi) avait permis à une foule d'internautes, anonymes ou célèbres, de dénoncer le harcèlement ou les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Quelques mois après l'apparition de ce mouvement, un nouveau hashtag est apparu sur les réseaux sociaux, rapporte Franceinfo.

Lancé le 5 février par Mona Eltahawy, une journaliste et féministe américano-égytienne, #MosqueMeToo (mosquée moi aussi) relate les agressions que subissent les femmes musulmanes lors du pèlerinage à La Mecque, où affluent chaque année près de 2 millions de fidèles. «J'ai partagé mon expérience d'agression sexuelle pendant le hadj en 1982 alors que j'avais 15 ans dans l'espoir que cela aiderait les femmes musulmanes à briser le silence et le tabou qui entourent leur expérience de harcèlement ou d'agression sexuelle pendant le hadj ou dans des lieux sacrés», a-t-elle écrit sur Twitter.



L'appel de la journaliste a fait mouche: plus de 6000 tweets ont été publiés dans la foulée. Ils décrivent des actes d'autant plus crapuleux qu'ils surviennent dans des lieux saints, où les pulsions sexuelles ne sont pas censées avoir cours.

«Une de mes amies s'est fait peloter durant le hadj et quand elle a fait des histoires, ses camarades de hadj lui ont demandé de laisser tomber»



«J'ai aussi été harcelée à La Mecque et à Médine pendant le hadj quand j'avais une vingtaine d'années. C'était dégueulasse et ça m'a déroutée. Je l'ai dit à mes parents tout de suite, mais je n'ai pu donner les détails que l'année dernière»


«Les gens pensent que La Mecque est l'endroit le plus sacré pour les musulmans, donc personne n'y ferait rien de mal. Totalement faux»

«Marianne» raconte que c'est un témoignage publié le 2 février sur Facebook par une jeune Pakistanaise qui a allumé le feu. Dans une publication inaccessible depuis, Sabica Khan racontait s'être fait pincer les fesses «d'une façon très agressive» lors du pèlerinage à La Mecque. «Je me suis sentie terriblement violée, incapable de parler. Je savais que cela ne me servirait à rien d'en parler, parce que personne ne me croirait, sauf peut-être ma mère», a raconté la jeune femme.

C'est ce récit qui a mis la puce à l'oreille de Mona Eltahawy, qui a eu l'idée de lancer le hashtag. #MosqueMeToo. Le mouvement est loin d'être massif et a provoqué la colère de certains internautes, qui y voient un prétexte pour «salir l'islam». Editorialiste au «Guardian», Aisha Sarwari estime que si ce hashtag ne prend pas, c'est que la pression sociale est encore plus grande lorsqu'il s'agit de religion: «Les femmes musulmanes comme les autres femmes souffrent d'harcèlement, mais quand cela arrive dans un contexte religieux, on leur demande de se taire au nom d'une cause plus grande. C'est à la fois injuste et oppressant», a-t-elle estimé sur Twitter.



(joc)