«Serial Killer», «droguée aux faits divers»

20 mars 2017 23:33; Act: 21.03.2017 09:41 Print

Marine Le Pen attaquée de toutes parts lors du débat

La candidate de l'extrême droite a concentré lundi soir les critiques de ses concurrents de droite et de gauche sur son projet pour la France au cours d'un débat inédit à un mois du premier tour.

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Les échanges entre les 5 candidats ont duré près de 3 heures. (Photo: AFP/Eliot Blondet)

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Le premier débat télévisé entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle a donné lieu lundi soir sur TFI et LCI à un affrontement sur les questions de sécurité, de migration et de laïcité, selon un clivage gauche-droite des plus classiques.

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Plusieurs candidats n'ont pas manqué de critiquer l'absence des «petits», seuls les 5 grands ont été invités, mais ils sont quand même tous venus. ««Nous sommes 11 candidats, il y en a cinq ici, cela pose une question démocratique, a affirmé en préambule le candidat des Républicains, premier des cinq invités à s'exprimer pour ce débat d'avant premier tour. Je sais que les sondages ont une grande vertu pour les commentateurs, mais avec cette règle-là, je n'aurais pas pu participer à la primaire de la droite et du centre»», a poursuivi François Fillon. Emmanuel Macron et Marine le Pen lui ont emboité le pas.


Le costume du candidat de droite a évidemment été passé au crible.


Un caricaturiste a imaginé les anciens locataires de l'Elysée réunis pour regarder ce débat. De gauche à droite: Sarkozy, Chirac et Hollande.


Dès le début, le présentateur Gilles Bouleau a oublié le nom de famille de Jean-Luc Mélenchon en le présentant.




Il a fallu attendre près d'une heure pour que ce débat, dont étaient exclus les six prétendants les moins bien notés dans les sondages, sorte du ronron dans lequel il s'était installé. Et c'est la «favorite» des sondages qui a concentré les attaques. Donnée en tête du premier tour le 23 avril, celle qui dirige le parti Front national (FN) a été attaquée sur sa conception de l'immigration, de l'éducation et de la sécurité par les quatre autres candidats invités à débattre sur la chaîne de télévision privée TF1. Juste après que la fille du cofondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, eut fait part de sa volonté de créer «40'000 places de prison» supplémentaires dans le cadre de son programme sécuritaire, le candidat conservateur François Fillon lui a rétorqué que «ce sont des promesses qui ne seront pas mises en oeuvre». «Je propose 16'000 places de prison, ce sera déjà pas mal», a ajouté le candidat de la droite, qui prône le «redressement» de la France avec un programme d'austérité.

Le premier véritable clash a eu lieu entre Benoît Hamon et Marine Le Pen lorsque le premier accuse la seconde d'être «droguée aux pages faits-divers». À la présidente du Front national qui venait d'évoquer une «explosion de l'insécurité, de la violence, des cambriolages», conséquence, selon elle, d'années de «laxisme», et qui s'était notamment dite favorable à «la suppression des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes quand les parents ont fait preuve de carence éducative», Benoît Hamon a vertement répliqué. «Je me disais: que vous soyez une droguée aux pages faits divers c'est une chose, mais vous êtes candidate à la présidence de la République. Et je trouve que ce n'est pas très sérieux», a-t-il lancé. Il a aussitôt été interrompu par Marine Le Pen qui lui a rétorqué: «ça vous oblige à ouvrir les yeux Benoît Hamon».


C'est ensuite Jean-Luc Mélenchon qui s'est attaqué à la candidate du Front national à propos du français à l'école.


Debout derrière des pupitres formant cercle au milieu de gradins, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon échangeaient des arguments convenus sur la laïcité, quand la présidente du Front national a lancé la première véritable attaque contre le candidat d'En Marche ! «Il y a quelques années, il n'y avait pas de burkini sur les plages. Je sais que vous êtes pour, M. Macron», a-t-elle dit. Riposte immédiate de l'ex-ministre de l'Economie : «Je n'ai pas besoin d'un ventriloque (...) Quand j'ai quelque chose à dire, je le dis clairement. Le piège dans lequel vous êtes en train de tomber, Mme Le Pen, par vos provocations, c'est de diviser la société», a-t-il ajouté, avant d'accuser la dirigeante d'extrême droite de faire des Français musulmans des ennemis de la République.


Après un peu plus d'une heure de débat, François Fillon, très en retard sur son temps de parole, s'est insurgé: «C'est juste un débat entre Madame Le Pen et Monsieur Mélenchon?». Quelques instants plus tard, Emmanuel Macron a dû parer une autre attaque, venant de sa gauche cette fois, en la personne de Benoît Hamon, qui l'a sommé de fournir des clarifications sur le financement de sa campagne et ses donateurs, en plein échange sur l'avenir des institutions françaises.

«Je prends l'engagement de n'être tenu par personne, M. Hamon», a répondu l'ancien banquier. «J'en prends l'engagement solennel. Je suis libre. Le financement est transparent.» Lors de cette passe d'arme, Jean-Luc Mélenchon a fait rire l'assemblée avec une punchline: «Il faut bien qu'il y ait un débat dans le PS», en forme de tacle à l'ancien ministre de l'économie qui n'a jamais appartenu à ce parti.


«Pudeurs de gazelles»

Sur les questions de moralisation de la vie publique, avec en arrière fond les affaires judiciaires de François Fillon et Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon n'a pas hésité à mettre les pieds dans le plat «J'ai admiré vos pudeurs de gazelles (...)Ici, il n'y a que deux personnes de concernées et qui ont des choses à se reprocher, Monsieur Fillon et Madame Le Pen, les trois autres n'ont rien à voir. Les électeurs le savent. Et il ne leur est pas interdit de récompenser les vertueux !»


On notera aussi la réponse d'Emmanuel Macron aux accusations de Marine Le Pen: «Je ne vous laisserai pas diffamer». Désormais présenté comme le mieux placé pour battre Marine Le Pen, 48 ans, au second tour le 7 mai, Emmanuel Macron, 39 ans, a accusé sa rivale de chercher «à diviser la société». La candidate anti-Europe et anti-immigration, seule femme en lice, prône la «priorité nationale» et le «patriotisme économique».


Après une pause, les candidats ont abordé les questions économiques. Une occasion pour le candidat du parti socialiste de tacler François Fillon.


Le candidat de la droite a répliqué en s'en prenant au programme de... l'extrême-droite. «Le vrai serial killer du pouvoir d'achat des Français, c'est Madame Le Pen avec la sortie de l'euro. (...) On ne sort pas de la monnaie européenne pour une aventure qui aboutirait à la ruine des emprunteurs et des épargnants.» Dans l'ensemble François Fillon est apparu à l'aise et à l'offensive dans les échanges, loin de ses déboires judiciaires qui ont semé le doute jusque dans son camp sur sa capacité à aller au bout de la course. Parti favori, il a vu sa popularité chuter après des révélations fin janvier sur des emplois fictifs accordés à son épouse Penelope et deux de ses enfants. Il a été inculpé mi-mars pour «détournement de fonds publics», du jamais vu dans une campagne présidentielle en France.


Le public n'a pas toujours été très attentif même si NKM a été moquée pour s'être incrustée dans le champ des caméras.



(cga/afp/ats)