Danemark

15 janvier 2014 08:13; Act: 15.01.2014 08:32 Print

Un magazine aide les toxicos à acheter leur dose

Le magazine danois «Illegal!» emploie des toxicomanes pour les aider à s'acheter de la drogue, dans l'espoir de les éloigner de la prostitution ou du crime.

Une faute?

Depuis son lancement à l'automne, ses ventes ont doublé. «Illegal!» a été lancé en septembre 2013 à Copenhague par Michael Lodberg Olsen, un travailleur social qui n'ignore pas que ses vendeurs utilisent leur paie probablement pour acheter leur dose. Le magazine «a deux objectifs: nous voulons aider à décriminaliser les toxicomanes et nous voulons leur donner des opportunités de travail pour faire baisser le crime et la prostitution», confie à l'AFP M. Lodberg Olsen.

L'un des titres de couverture du dernier numéro donnait le ton: «La meilleure alternative à (offrir une fellation) dans la rue». Des journalistes professionnels rédigent le contenu du magazine, qui paraît six fois par an, et y abordent uniquement des questions tournant autour de la drogue, comme la dépénalisation de la consommation de drogue au Portugal.

A travers ses campagnes menées en faveur de la légalisation des drogues, M. Lodberg Olsen milite pour que la dépendance aux stupéfiants devienne une priorité pour les responsables de la santé plutôt que pour le système judiciaire. Dans son numéro de lancement, «Illegal!» affirmait qu'un toxicomane qui se procure ses doses en ayant recours au vol coûte 500'000 couronnes (82'7000 francs suisses) par mois à la société.

Beaucoup d'héroïnomanes

«Un iphone vendu 5000 couronnes (827 francs suisses) dans le commerce se monnaye 500 couronnes (82 francs suisses) dans la rue. Un toxicomane doit voler pour 10'000 couronnes (1650 francs suisses) de marchandises pour gagner 1000 couronnes (165 francs suisses)», explique-t-il. «Beaucoup de ceux qui vivent de la vente d'Illégal! sont des héroïnomanes», explique M. Lodberg Olsen.

Selon lui, un héroïnomane dépense en moyenne entre 300 (50 francs suisses) et 600 (100 francs suisses) couronnes par jour pour se droguer. Il a besoin de vendre entre 15 et 30 numéros par jour pour financer ses doses. Le magazine est vendu 30 couronnes (5 francs suisses), sur lesquelles 20 couronnes (3,3 francs suisses) reviennent au vendeur. Les consommateurs de cocaïne eux dépensent plutôt entre 4000 (662 francs suisses) et 7000 couronnes (1158 francs suisses) par jour, il n'est donc pas imaginable pour eux de s'acheter leurs doses en vendant le magazine.

Mais faire en sorte que des accros aux drogues dures persévèrent dans leur nouveau métier de vendeur du magazine... est plus facile à dire qu'à faire. Mikael a 44 ans. Il s'est mis à consommer de l'héroïne en prison, à l'âge de 19 ans avant de se tourner vers la méthadone, un puissant analgésique relativement bon marché. Il a essayé de vendre le magazine, mais en vain. «J'ai abandonné. C'était difficile de vendre», dit-il à l'AFP à l'extérieur d'un café à but non lucratif destiné aux toxicomanes.

Changement de culture

Par le passé, le quadragénaire a aussi essayé de vendre le magazine de rue de la ville de Copenhague, vendu par des sans domicile fixe, mais il a arrêté car il trouvait cela «dégradant». De nombreux vendeurs toxicomanes ont bien du mal à se tenir à une routine. Par un après-midi nuageux dans les rues de Vesterbro - un quartier sordide mais en cours de réhabilitation situé derrière la gare principale de Copenhague, qui abrite la plus grande plaque tournante de drogue en Scandinavie - pas un seul vendeur du magazine «Illegal!» en vue.

«Ils sont beaucoup moins stables que les autres sans abris. C'est un changement de culture pour les toxicomanes. Ils ont l'habitude de commettre des délits pour obtenir l'argent pour leur prochain fix», affirme M. Lodberg Olsen. Son engagement en leur faveur date de son installation à Vesterbro, quand il a été frappé de les voir traités, selon lui, comme des parias. Pendant un temps, le travailleur social a conduit une camionnette dans laquelle les toxicomanes venaient se piquer en lieu sûr, une initiative pionnière puisque la ville a ouvert l'an dernier des «salles de shoot», destinées à la consommation de drogue.

Aujourd'hui, sa nouvelle initiative, le magazine, emploie 40 vendeurs et la diffusion s'est envolée de 5000 à 10'000 exemplaires, pour le deuxième numéro. «Cela va prendre plusieurs années avant de parvenir à mettre en place un réseau solide à Copenhague, afin que les habitants de la ville sachent en gros où et quand acheter le magazine», pense-t-il. Environ la moitié des vendeurs sont des immigrés d'Europe de l'Est. La plupart de ceux-là ne consomment pas de drogue. Mais ils ont été embauchés par Illegal! après que le magazine de Copenhague destiné aux sans abri a refusé de les employer au motif qu'ils n'étaient pas des citoyens danois.

(afp)