Arabie saoudite

07 novembre 2017 07:14; Act: 07.11.2017 08:19 Print

Avec sa purge, le prince héritier joue gros

Le prince Mohammed veut éradiquer la corruption dans le royaume. Il a fait arrêter des dizaines de personnalités, dont le prince Al-Walid.

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Le prince Mohammed (32 ans) - fils du roi Salmane (81 ans) - est connu sous ses initiales «MBS». (Photo: Keystone)

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Avec sa purge sans précédent, le prince héritier d'Arabie saoudite fait preuve d'audace avant son accession éventuelle au trône. Il bouscule aussi un vieux système de gouvernance consensuelle au sommet du royaume ultra-conservateur.

Des dizaines de personnalités du monde politique et des affaires, dont le prince et milliardaire Al-Walid ben Talal, ont été arrêtées ce week-end dans ce que les autorités saoudiennes ont présenté comme une vaste purge anticorruption. Des membres de la famille royale comme le chef de la Garde nationale, ont été limogés.

L'opération coup de poing intervient au moment où le prince Mohammed, 32 ans, fils du roi Salmane (81 ans) et connu sous ses initiales «MBS», ne cesse de consolider son pouvoir au milieu de changements économiques et sociaux inédits.

«La structure de la règle dynastique établie lors des dernières décennies est en train de se transformer en un système monarchique plus centralisé», souligne Jane Kinninmont, du centre de réflexion Chatham House, basé à Londres. «MBS chamboule le modèle du gouvernement saoudien», affirme-t-elle à l'AFP.

Les autorités saoudiennes ont salué cette opération-choc comme une initiative audacieuse pour éradiquer la corruption. Mais, pour les analystes, le but de cette purge pourrait avant tout être de dégager la voie au prince héritier, en éliminant toute opposition à son projet de réforme et à sa succession.

«Réécriture unilatérale»

«Les licenciements et les arrestations suggèrent que le prince Mohammed, plutôt que de forger des alliances, étend son emprise pour (...) contrer l'opposition», affirme l'analyste James Dorsey, de la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour.

«Cela soulève des questions sur le processus de réformes, qui repose de plus en plus sur une réécriture unilatérale plutôt que consensuelle du contrat social du royaume.» Les partisans du prince Mohammed le considèrent comme un perturbateur éclairé de l'ordre établi, lui qui poursuit des réformes sociales et économiques pour moderniser le royaume et diversifier ses ressources.

Sa campagne anticorruption intervient en outre après d'autres mesures fortes, notamment un décret autorisant les femmes à conduire à partir de juin 2018 et restreignant les pouvoirs de la police religieuse. «Cette purge anticorruption vise des personnalités qui étaient considérées comme potentiellement opposées aux différents projets de MBS», relève Jane Kinninmont.

«Fuite des capitaux»

Mais, alors que le royaume cherche à attirer les investissements après la crise pétrolière, la démarche pourrait entamer la confiance des investisseurs étrangers, des entreprises locales et, in fine, en l'économie nationale, préviennent des experts.

Elle pourrait par conséquent menacer le plan de réformes «Vision 2030» du prince héritier.

Parmi les personnalités arrêtées figurent ainsi Walid al-Ibrahim, propriétaire de l'influent réseau satellite arabe MBC, le magnat de la construction Bakr Ben Laden et le milliardaire Saleh Kamal. Ces arrestations pourraient à court terme avoir un impact négatif sur l'économie, confirme le cabinet Capital Economics.

Avec l'arrestation du prince Al-Walid, qui a investi des milliards à l'international, la purge pourrait effrayer le secteur privé et «intensifier la fuite des capitaux», avertissent aussi les experts de Mirabaud Securities Genève.

Prise de pouvoir

Sur les réseaux sociaux, les comptes officiels du gouvernement ont rediffusé une interview du prince Mohammed vieille de plusieurs mois, dans laquelle il assurait que ni les ministres ni les personnalités des affaires ne seraient épargnés s'ils étaient reconnus coupables de corruption.

A présent, une grande partie des Saoudiens s'interrogent sur la culture du privilège qui prévalait au sein de l'ancienne génération de la famille royale.

«Il s'agit de remodeler le comportement des élites en choisissant des symboles forts. Le message est que le nettoyage de la maison commence au sommet», a argué sur Twitter Ali Shihabi, directeur de la Arabia Foundation basée à Washington, réputée proche de l'establishment.

Retour de bâton

Les experts mettent toutefois en garde contre un retour de bâton, d'autant que «MBS» cherche à renforcer son emprise sur les services de sécurité.

Il a évincé de la puissante Garde nationale le prince Metab ben Abdallah, fils du défunt roi Abdallah, âgé de 64 ans et un temps considéré comme prétendant au trône. En juin, il a aussi obtenu le départ du ministère de l'Intérieur de l'ancien prince héritier Mohammed ben Nayef.

«Des changements aussi spectaculaires vont forcément rencontrer une résistance», prévient Mme Kinninmont. «Les moyens d'exprimer la critique ou l'opposition étant limités en Arabie saoudite, on se demande inévitablement si l'opposition couve en coulisses.»

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • BarbeBleue le 07.11.2017 08:14 Report dénoncer ce commentaire

    Vous croyez aux miracles ?

    On attend pour voir. Espérons que les femmes y trouverons leur compte

  • Personne le 07.11.2017 08:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Citoyen

    Il faut du courage. Bravo.

  • Abby le 07.11.2017 08:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Intéressant

    Fuite des capitaux après des mesures anticorruption? Que ont-ils à se reprocher pour fuire un régime qui essaie de mettre un peu dordre?

Les derniers commentaires

  • Grog le 07.11.2017 15:42 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le petit bon dieu sans confession..

    Lui même est très loin dêtre net! Et il y a trop de magouilles politiques et financières là derrière!

  • Le Glaude le 07.11.2017 15:35 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Aie aie aie que de moutons ici!

    Et bhaaan ceux qui sont ici à le féliciter sont bien courts desprit, vous ne connaissez vraiment pas se gaillard! Arrêtez de vous égosiller pour rien! Informez vous correctement sur lui au lieu de faire bêtement ces éloges!

  • Kim le 07.11.2017 15:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Arrêtez davancer les yeux fermés!

    Tous applaudissent, mais se gars simpose juste en dictateur cest CQFD! Il vaut pas mieux que les autres, il y a plusieurs manigances derrière tout cela également, bref cherchez vous trouverez!

  • Regula le 07.11.2017 14:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Hypocrisie

    Lobscurantisme ne tue pas, autrement ils seraient tous morts !

    • Achile Talon le 07.11.2017 17:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Regula

      L'obscurantisme ne tue pas, ah! Pour les courants intellectuels et politiques progressistes, héritiers de la philosophie des Lumières, l'obscurantisme est une attitude d'opposition à la diffusion du savoir, dans n'importe quel domaine... Il fut un temps où les livres ont été brûlés, et vous avez raison, l'obscurantisme ne tue pas il génocide.

  • Olivier Costa le 07.11.2017 12:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La purge le jeu du pouvoir

    Le pouvoir dans n'importe quel pays du monde réagit toujours de manière opportune, pour asseoir son pouvoir un zeste de liberté et de belles promesses. Les arrestations sont la cerise sur le gâteau, l'illusion du ménage en haut lieu, il ne s'agit en réalité que de poudre aux yeux. MSB ne faillit pas à la tradition, il ne fait que le conforté, l'enfer et pavé de bonnes intentions.