Mer de Chine méridionale

25 janvier 2017 06:47; Act: 25.01.2017 07:31 Print

Pékin capable de riposter face aux Etats-Unis

Les tensions entre les Etats-Unis de Trump et la Chine augmentent. Et Pékin aurait de quoi repousser la première puissance militaire mondiale, jugent des experts.

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Un bateau américain en mer de Chine méridionale. (Archive) (Photo: Keystone)

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Les Etats-Unis du président américain Donald Trump haussent le ton avec la Chine: ils veulent lui empêcher l'accès à des îlots de mer de Chine méridionale. La zone maritime, revendiquée en quasi-totalité par Pékin face à d'autres nations (Philippines, Vietnam, Brunei, Malaisie) est sensible. La Chine y agrandit des îles qu'elle contrôle afin d'affirmer sa souveraineté. Les Etats-Unis, eux, y font régulièrement croiser leurs navires de guerre pour défier Pékin.

«Si ces îles sont en fait dans les eaux internationales et ne font pas à proprement parler partie de la Chine, nous ferons en sorte de défendre les (intérêts) internationaux pour qu'ils ne soient pas sapés par un autre pays», a averti lundi Sean Spicer, nouveau porte-parole de la présidence américaine. Au début janvier, le probable futur secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson avait assuré que l'accès de Pékin à ces îles ne serait «plus permis».

Le tueur de porte-avions

Mais l'armée chinoise compte sur un effet de dissuasion. «La Chine sait qu'elle ne peut pas remporter un conflit conventionnel frontal avec les Etats-Unis», indique à l'AFP Valérie Niquet, de la fondation pour la recherche stratégique, un centre de réflexion basé à Paris. «Pékin cherche donc à développer les capacités qui pourraient lui redonner une liberté de manoeuvre, en poussant Washington à hésiter devant une intervention potentiellement coûteuse en Asie», observe-t-elle.

Dans son arsenal, Pékin dispose notamment de 61 sous-marins, dont quatre nucléaires lanceurs d'engins, 19 destroyers et 54 frégates, selon l'institut international pour les études stratégiques (IISS) de Londres.

Face aux avertissements américains, Pékin gonfle les muscles. Sa marine a annoncé lundi la mise en service d'un nouveau joyau: le destroyer Xining, surnommé «le tueur de porte-avions» et capable de viser bateaux, sous-marins et chasseurs.

La Chine possède par ailleurs des missiles antinavires (DF-21, DF-26) permettant «un déni d'accès crédible» à l'US Navy, assure une source proche des activités militaires chinoises.

Plus de 20 ans de retard

Face à la dizaine de porte-avions américains, Pékin n'en possède cependant qu'un seul: le «Liaoning», un modèle d'occasion de l'ex-URSS. Le second, 100% chinois, est en cours de construction. Le Liaoning a mené son premier exercice à tirs réels en décembre, avant une sortie en mer de Chine méridionale.

«Tout cela n'est peut-être pas suffisant pour détruire une marine moderne hostile. Mais assez, dans une certaine mesure, pour lui contester l'accès», indique à l'AFP Noboru Yamaguchi, de l'université internationale du Japon.

Si la Chine a accompli de nets progrès en deux décennies, elle affiche cependant face aux Etats-Unis, au budget militaire trois fois supérieur (près de 600 milliards de dollars), un net retard.

«La plupart des analystes l'évaluent à 20 ou 30 ans», estime James Char, de l'université de technologie de Nanyang, à Singapour. «Et les Américains augmentent eux-mêmes constamment leurs capacités», souligne-t-il.

Partage des connaissances

Autre talon d'Achille de l'armée chinoise, elle n'a plus vraiment combattu depuis 1979 (guerre Chine-Vietnam) et maîtrise mal les techniques modernes, pointent de nombreux experts occidentaux. Par ailleurs, si l'Occident a l'OTAN pour partager des expertises entre forces armées, la Chine ne dispose pas d'un canal similaire.

Forte de 2,3 millions d'hommes, l'armée chinoise subit un amincissement constant depuis 30 ans. Objectif: avoir «une armée moins nombreuse, mais plus technique», souligne Valérie Niquet.

Une nouvelle «force de fusées» a été créée en 2016, afin de gérer l'arsenal nucléaire. Son bijou: le missile intercontinental DF-41, d'une portée de 14'000 km et qui pourrait emporter jusqu'à 12 têtes nucléaires. Il est actuellement en tests, mais des photographies de son prétendu déploiement ont opportunément fuité sur Internet ces derniers jours. De l'avis de nombreux experts, il occupe une place majeure dans la capacité d'interdiction de Pékin face à Washington. «Le DF-41 permettra à la Chine d'être davantage respectée», tonnait mardi le quotidien officiel Global Times.

«Tout cela impose à Pékin un jeu d'équilibre très délicat pour ne pas aller trop loin dans la menace et provoquer une intervention américaine» aux conséquences incalculables, observe Valérie Niquet.

(nxp/ats)