Ouragan Irma

12 septembre 2017 08:58; Act: 12.09.2017 09:52 Print

«Je ne retournerai pas à Saint-Martin»

Le correspondant local de l'AFP, marqué par le passage d'Irma et ses conséquences apocalyptiques, a décidé de quitter l'île définitivement.


Saint-Martin : comment se reconstruire ?

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Laurent Czerniejewski raconte ses derniers jours sur l'île de Saint-Martin, depuis mercredi, jour de l'ouragan:

«Coupure d'électricité à 5h3O. calfeutrés dans la maison d'un ami sur la route de Pic Paradis (point culminant de l'île, ndlr).

J'ai avec moi mon sac à dos contenant quelques affaires de rechange et mon passeport, un ordinateur portable et mon appareil photo. Deux heures plus tard, lors du passage de l'oeil de l'ouragan, nous avons observé le désastre par les fenêtres. Dehors, l'apocalypse. Voiture détruite, arbres arrachés, le jardin est recouvert de tôles provenant des toits des voisins.

L'enfer

Après le passage de l'oeil, l'enfer reprend. Le sol de la maison se met à bouger. Le vent fait un bruit d'enfer. Le toit est une passoire et nous tentons tous de trouver la position la moins inconfortable pour éviter l'eau. Le passage de l'ouragan semble interminable. Deux heures plus tard, le vent semble se calmer. Nous sortons observer les dégâts. Par chance, contrairement à des centaines de maisons à Saint-Martin, notre toit, en tuiles et pas en tôle, ne s'est pas envolé.

Premier réflexe: vérifier l'état de la maison et la sécuriser pour le passage de José, le second ouragan, dont nous savons qu'il rode dans les parages. Les premiers témoignages de voisins, qui ont perdu leur maison, font état de pillages dans les magasins de l'île.

Nous sommes complètement coupés du reste du monde. Pas de téléphone, pas d'électricité. Impossible de se déplacer. Pour aller où d'ailleurs ? Nous apprenons que le centre de gestion de crise a été déplacé de la préfecture apparemment détruite, jusqu'à la gendarmerie de la Savane. Les rumeurs de pillages s'amplifient, rumeurs vite confirmées par un gendarme que nous croisons. Ce sont des villas isolées, paraît-il, qui sont maintenant la cible des pilleurs.

Nous sécurisons la maison pour la nuit. La famille qui m'héberge, un couple et leurs quatre enfants, sont inquiets. Je n'ai plus de téléphone. Par chance, l'ami qui m'héberge dispose d'un téléphone satellite. Je dispose de quelques secondes pour rassurer ma femme et mon fils, rentrés en métropole quelques jours plus tôt.

Le lendemain, après être allé prendre des nouvelle d'un collègue, lui aussi épargné, je me rends à moto à Baie Nettlé (près de Marigot, le chef lieu, ndlr), où se trouve mon appartement, ce qui me permet d'éviter les embouteillages. Le spectacle est effrayant. Presque toutes les maisons ont été décimées. Des tas de tôles, de branches, de ferraille jonchent les côtés de la route.

Au sommet de la colline d'Agrément, quelques personnes, le téléphone portable levé vers le ciel, tentent de capter le réseau téléphonique. Je traverse Marigot dévasté. Près du cimetière, un catamaran de plusieurs tonnes est posé au milieu de la route. Un voilier a fracassé le mur du cimetière. Un troisième barre la route.

Demi-sardine

Traversée du quartier populaire de Sandy Ground. Il est ravagé. Les habitants s'activent à débarrasser les débris. Les supérettes chinoises, qui font régulièrement l'objet de braquages à main armée, sont pillées. La foule se réunit devant l'une d'elles et, passant sous le rideau métallique, vident le peu de marchandises qui restent.

Je poursuis ma route. Les résidences de la Baie Nettlé ont été balayées par la violence des vagues. Mon appartement est toujours debout, mais tout autour, tout est détruit. Après avoir récupéré mes réserves d'eau et de nourriture, je reprends le chemin de mon abri de Pic Paradis.

Le lendemain, la nouvelle du renforcement de José en ouragan de catégorie 2 nous ravage. Comment affronter une nouvelle fois des vents aussi violents, avec les déchets qui jonchent les rues?.

Tant bien que mal, en nous rationnant, nous prévoyons un abri de repli, avec de la nourriture et de l'eau. Un verre d'eau le matin, une poignée de riz à midi, accompagné d'une demi-sardine en boite. Les enfants ont faim. Nous avons soif. Mais nous avons vite compris que les secours que nous attendons n'arriveront pas avant le passage de José. L'inquiétude grandit.

Dans la soirée, soulagement : nous apprenons que José va passer très au nord de Saint-Martin. Malheureusement, il devrait nous apporter pas mal de pluie. Or, le toit de la maison, s'il est encore entier, est une passoire. Moral à zéro. Mais l'espace d'un instant, nous captons le réseau téléphonique. Rapide message rassurant à la famille restée en métropole. Puis perte du réseau.

Nouvelle remise en état de la maison. J'apprends dimanche dans la soirée, que certains quartiers sont vite devenus malsains. Les renforts devraient arriver demain. Toute la journée, nous observons le balai incessant des hélicos qui reviennent probablement de Quartier d'Orléans et se dirigent vers l'hôpital. Combien de victimes ? Le fait qu'aucun chiffre officiel ne soit donné me glace le sang.

Prison

Je tente de prendre des nouvelles de mes amis. Tous ont survécu à Irma, mais nombreux sont ceux qui ont perdu leur maison et tout ce qu'ils possédaient. La famille qui m'héberge parvient à se faire évacuer vers la Guadeloupe.

Quant à moi, j'ai appris la veille que certains ont réussi à partir en avion. Je n'ai plus rien. Mon appartement à disparu, plus de téléphone, j'ai une bouteille d'eau avec moi et un morceau de pain. Je tente de rallier à pied l'aéroport de Grand Case pour rejoindre la Guadeloupe puis la France, où ma famille m'attend. Je parviens à passer les différents barrages, et arrive à l'aéroport où des centaines de personnes attendent un avion. Pour moi, une fenêtre s'ouvre et j'en profite égoïstement.

Lorsque les roues de l'ATR quittent la piste de l'aéroport de Grand Case, où je suis arrivé il y a à peine deux ans, j'ai le sentiment de m'évader d'une prison. En prenant de la hauteur, je découvre un spectacle que probablement, en métropole, les téléspectateurs voient depuis plusieurs jours sur leur écran.

Je suis maintenant à l'aéroport Pointe-à-Pître. Saint-Martin est derrière moi.

Je n'émerge toujours pas du cataclysme et de l'angoisse dans lesquels nous avons été plongés.

Je n'ai plus rien à Saint-Martin. Plus de logement, plus de boulot. Mais tous mes amis sont en vie.

Je ne retournerai pas à Saint-Martin.»

(20 minutes/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Melany le 12.09.2017 09:24 Report dénoncer ce commentaire

    Ils fichent le camps comme des cafards !

    Hé oui, Monsieur le correspondant, tant qu'il y avait à sucer (du fric entre autres) un petit quelque chose de ce milieu paradisiaque pour les gens riches, personne ne vous en aurait délogé ! Mais là, maintenant que la population locale aurait peut être bien besoin de vous pour aider on ne vous y reverra plus !! Cette attitude du rat qui quitte le navire me désole !

  • Senketsu le 12.09.2017 09:08 Report dénoncer ce commentaire

    Encore un réfugié économique

    Il n'a plus de boulot? Pourtant il y en a du travail sur l'île. Il croit qu'elle va se nettoyer et réparer toute seule?

  • Laurent Czerniejewski le 12.09.2017 09:09 Report dénoncer ce commentaire

    Au lieu de faire son boulot et d'aider..

    Au lieu de faire son boulot et d'aider les gens sur place, ce Monsieur fui et assume... Bravo

Les derniers commentaires

  • un téléspectateur le 13.09.2017 00:51 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    l'État toujours l'État

    le côté hollandais après la belle Irma se sont tous mis au travail s'aidant les uns et les autres, ouvrant les routes pour le commencement du nettoyage côté français on attend Macron qui montrera comment on tien un manche de pelle . ne vous battez pas il va manquera trois pelles.. la CGT va prendre les choses en main. reportage sur TV 5

  • Beber le 12.09.2017 23:18 Report dénoncer ce commentaire

    Pfff ces commentaires...

    Hahaha trop marrant tous ces donneurs de leçons qui n'ont pas idée de ce qu'a vécu ce monsieur, mais qui se sentent aptes à le condamner et le traiter de fuyard peureux...bien tranquilles derrière leur écran dans un des pays les plus sûrs au monde. Vous êtes risibles, il y a des gens habitant depuis des décennies là bas qui ont tout perdu, et qui partent. Je suis persuadé que 99% d'entre vous auraient fait pareil, quitte à revenir ensuite. Comment voulez vous aider quand vous n'avez plus de toit, d'eau, d'argent, d'école, de route, de bouffe ? C'est d'abord l'affaire des pouvoirs publics.

    • mais voui le 13.09.2017 13:24 Report dénoncer ce commentaire

      @Beber

      Faux, les gens nés de familles en familles là bas ne vont pas partir par contre le parisien ou autres qui s'est exilé à St-Martin va repartir dans la capitale .... faut réfléchir avant de commenter

  • Alex b le 12.09.2017 23:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Si triste

    De tout mon coeur, courage à la population. C est vraiment peu dire et j aimerais être plus concrète. Je pense très fort à vous, vous vous en sortirez !!!

  • Nemo le 12.09.2017 21:56 Report dénoncer ce commentaire

    Courage, fuyons!

    Bravo Monsieur le Correspondant! Exemplaire! Plutôt que de vous retrousser les manches, vous tournez le dos à l'île. Lorsqu'on on ne peut plus siroter son Ti'punch tranquille en scrutant l'horizon dans l'espoir d'y voir un Rayon vert. vaut effectivement mieux partir pour des horizons plus cléments; les locaux vous en sont reconnaissants.

    • Osiris7710 le 12.09.2017 23:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Nemo

      Bravo jolie remarque ce Monsieur a meilleur temps de rester à Paris!

  • Marc le 12.09.2017 17:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vrai français

    C'est bien français ça, on profite et quand un problème arrive on fuit au lieu d'assumer et de reconstruire son lieu de vie. Qu'il ne viennent pas nous bassiner avec ses liberté d'information car là en fuyant c'est lui qui nous prive d'information.

    • ben pac le 12.09.2017 20:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Marc

      j'espère pour votre équilibre mental que c'est un gage! Gage que vous avez écrit depuis chez-vous bien tranquille!

    • Osiris7710 le 12.09.2017 23:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Marc

      Bravo pour la remarque ce Monsieur à part se plaindre et de profiter à la première occasion de partir, c'est un joli exemple de courage et de solidarité !

    • Beber le 12.09.2017 23:42 Report dénoncer ce commentaire

      @Marc

      Pauvre mec ! D'abord quel que soit le choix de ce Monsieur c'est le sien et cela n'a rien de spécifiquement français. Et je suis persuadé que tout suisse que vous soyez, vous auriez fait le même choix dans le même état de dénuement total. Vous n'avez plus RIEN, votre épouse et vos gamins vous attendent en Suisse...et vous restez, pour la beauté du geste ?! Car votre présence est inutile hein, à ce stade de destruction c'est d'abord une affaire de professionnels, au moins dans un premier temps. Réflechissez avant de stigmatiser, bon sang !